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Les restaurants immersifs, ces lieux où on vient aussi pour déguster l’ambiance
Totale immersion (1/5)•Au cœur de la jungle ou dans les profondeurs de l’océan, de plus en plus d’établissements proposent à leur clientèle des expériences à 360°Clio Weickert, avec Claire Frayssinet
L'essentiel
- «Immersif » par-ci, « immersif » par-là, depuis quelques années, ce concept est mis à toutes les sauces, que ce soit pour des divertissements, des loisirs, mais aussi des expériences de la vie quotidienne ou professionnelle.
- Cet été, 20 Minutes essaye de percer les secrets du tout immersif qui a envahi nos vies à travers une série d’articles.
- Aujourd’hui, plongeons dans un temple japonais, au fond de l’océan ou au cœur de la jungle tropicale… De plus en plus de restaurants plongent leurs clients dans de véritables expériences immersives.
Une végétation luxuriante qui ruisselle du plafond, des paysages de forêts tropicales projetés sur les murs, des barrissements d’éléphants en fond sonore… Lorsqu’on franchit le pas de la porte de Jungle Palace, difficile de se croire encore en plein cœur de Paris.
Pourtant, c’est bien dans le 10e arrondissement de la capitale que se niche ce restaurant d’un nouveau genre, qui a ouvert l’automne dernier. Un établissement « immersif » qui plonge sa clientèle dans un décor tout droit sorti d’une aventure d’Indiana Jones.
De plus en plus de restaurants, plus ou moins haut de gamme, proposent désormais à leur clientèle de les transporter dans de véritables expériences à 360° : dîner dans les profondeurs de l’océan, au plus près des étoiles et de la voie lactée ou encore dans les tréfonds d’une vieille ruelle tokyoïte… Le tout, en restant à deux pas de chez soi.
Se divertir et éveiller tous ses sens
« Ces restaurants immersifs explosent partout dans le monde, constate Brune Ouakrat, responsable de la stratégie de marque et de la prospective chez Peclers Paris. C’est le prolongement d’un shift [basculement] d’une consommation de biens et de produits vers une consommation d’expériences qui prend de plus en plus de poids. » Ce besoin frénétique de divertissement a explosé après la pandémie de Covid-19, notamment aux Etats-Unis.
« Ces restaurants s’inscrivent dans cette tendance de fond, souligne Brune Ouakrat. C’est l’idée de transcender l’expérience de consommation alimentaire. Je ne vais pas juste dans un endroit pour manger mais aussi pour m’amuser, me divertir, éveiller tous mes sens… »
L’un des pionniers dans ce domaine n’est autre que Paul Pairet, chef triplement étoilé – et juré de « Top Chef » –, à la tête d’Ultraviolet, à Shanghai. Le secret de ce restaurant hyper pointu et limité à dix couverts ? Plonger les convives dans une expérience totale mêlant gastronomie, images, sons et odeurs. Un voyage culinaire à plusieurs centaines d’euros (sans compter le billet d’avion pour la Chine) à réserver très longtemps à l’avance.
Dans le très haut de gamme, d’autres établissements ont émergé à travers le monde. The Alchemist, à Copenhague, désigné 5e meilleur restaurant du monde en 2023 grâce à sa cuisine « holistique ». Ou encore Iris, en Norvège, et sa structure ovniesque flottante sur les eaux… A Paris, Florian Barbarot, ancien candidat de la saison 10 de « Top Chef », a de son côté ouvert Quelque Part… Les Abysses, qui emmène littéralement le client dans les profondeurs marines.
La salle principale se trouve en sous-sol où la décoration comme la lumière tamisée simulent subtilement les fonds marins. Ici on ne parle pas de « service » mais de « palier » et la vaisselle conçue sur mesure rappelle la forme et la matière nacrée des coquillages. Clou du spectacle : la capsule. « J’ai conçu entièrement le restaurant autour de cet espace qui est unique et participe complètement à l’expérience », précise-t-il. Le concept ? Les clients sont invités au milieu de leur repas à rejoindre un espace privé où le chef en personne donne une mini leçon de cuisine avant de servir le plat présenté à table. Seule condition pour bénéficier de ce tête à tête d’exception ? Prendre le menu en 10 paliers à 155 euros…
« Ça change de l’ordinaire, ça crée comme une bulle »
Plus terre à terre – et sans éclater le budget –, le groupe Ephemera, lui, s’est lancé dans l’immersif en 2021 avec son premier établissement Under The Sea (dans le 13e arrondissement de Paris), autour d’une thématique océane, suivi de Stellar (dans le 11e), orienté vers le cosmos. « L’idée était d’entraîner les clients dans un monde pour les faire un peu déconnecter de leur vie réelle. On crée des bulles extrêmement immersives, un mix de vidéoprojections et de décors parce qu’on a vraiment envie de garder de l’authenticité dans nos lieux. Tout est en corrélation, la food, les boissons et toute l’histoire qu’on raconte », explique Jade Frommer, l’une des deux cofondatrices. Chez Jungle Palace, leur 3e restaurant, l’exotisme se décline jusqu’aux toilettes, particulièrement instagrammables.
« Plus c’est poussé au maximum, plus on crée un univers qui est fort. Il faut mettre du budget dans l’investissement parce que si c’est fait à moitié, ça ne marche pas », estime Brune Ouakrat chez Peclers.
Attention toutefois à ne pas exagérer, au risque de tomber dans l’esprit fête foraine… « C’est assez technique, il ne faut pas faire trop ou pas assez, ça reste un restaurant et on ne veut pas non plus que ce soit une attraction », reconnaît la cofondatrice d’Ephemera. Il y a un équilibre au niveau du son, de l’image… Il ne faut pas que ça hurle de partout. »
Ce midi de juillet où nous y déjeunons, le restaurant ne désemplit pas. On y retrouve notamment une trentenaire et sa nièce de 9 ans, aux anges, ou encore deux collègues de bureau qui y viennent régulièrement. « Ça change de l’ordinaire, ça crée comme une bulle », décrit l’une d’elles, qui loue aussi les prix abordables de la carte. Il faut compter entre 8 et 12 euros pour les entrées, houmous, nachos ou patate douce rôtie, entre 15 et 22 euros pour les plats, « curry de crevettes », « tigre qui pleure » et autre « ceviche tropical ».
Un billet pour Tokyo en plein Paris
Dans le centre de Paris, d’autres établissements ont tiré le fil de l’immersif. Certains mettent le paquet et vous font économiser plus de 12 heures de voyage et des milliers d’euros de billets d’avion. A l’image d’Isshin Ramen, dans le 2e arrondissement qui, depuis son ouverture en 2022, propose de déguster des mets de street food nippone dans la reproduction d’un temple japonais.
Parmi les établissements les plus saisissants, il y a aussi Kodawari Ramen et ses deux restaurants dans la capitale. Ouvert en 2016 dans le 6e, le premier vous emmène dans une ancienne ruelle de Tokyo. Le second, dans le 1er arrondissement, vous téléporte sur un marché aux poissons. On s’y croirait.
« J’avais envie de décrocher tel quel un morceau de Japon. Ce qui aujourd’hui parait comme un concept immersif est en fait simplement une envie personnelle, un peu égoïste même, de faire vivre tout ce qui m’a fait vibrer là-bas », explique son fondateur et chef Jean-Baptiste Meusnier, un passionné de ramen – un plat traditionnel japonais – et de culture nippone.
Et ça cartonne. Des touristes du monde entier s’y pressent chaque jour pour ses plats de qualité et son décor remarquable, au prix de plusieurs heures d’attente parfois. « Ce qui fait que ça marche, c’est quand on sort du restau et qu’on est surpris de retourner à Paris. On se prend la claque inverse. La restauration n’est pas qu’un endroit où on vient manger, mais aussi où on va être un peu titillé, bousculé, surpris… », estime son fondateur. Une expérience gustative hors du commun et dépaysante, sans casser son PEL et sans jet-lag.



















