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A Bordeaux, bar et « food court » dans un ancien atelier ferroviaire

Bordeaux : Bar, food court... L’Atelier des Citernes, ancien site ferroviaire, veut animer ce quartier d’Euratlantique

Peau neuveOuvert le 28 mars, l’Atelier des Citernes est un ancien atelier ferroviaire transformé en « lieu de vie », avec bar et food court, qui ambitionne de devenir le cœur du nouveau quartier Amédée-Saint-Germain
Mickaël Bosredon

Mickaël Bosredon

L'essentiel

  • L’Atelier des Citernes ambitionne de devenir le « lieu de vie » de la place centrale du quartier Amédée-Saint-Germain, au sein du périmètre Euratlantique.
  • Sur près de 1.700 m2, on y trouvera une offre de restauration variée (syrienne, sicilienne, vietnamienne…) avec six « corners » en mode « food court », un bar à vins et un splendide bar central.
  • Le lieu, avec sa structure métallique de type Eiffel remarquablement restaurée, marque les esprits.

Après les anciens silos à grains transformés en hôtel, l’ancienne usine Marie Brizard en espace de coworking, ou encore le mess d’une caserne en école de commerce, voici l’ancien atelier ferroviaire réhabilité en « bar-food court ». Avec l’ouverture de l’Atelier des Citernes, au cœur du quartier Amédée-Saint-Germain, Bordeaux poursuit sa tentative de conversion d’anciens sites industriels ou militaires en nouveaux lieux de vie.

L'Atelier des Citernes sera le « lieu de vie » de la place centrale du quartier, où l'on trouvera aussi plusieurs commerces.
L'Atelier des Citernes sera le « lieu de vie » de la place centrale du quartier, où l'on trouvera aussi plusieurs commerces. - Mickaël Bosredon

Au milieu de la froideur des grands immeubles de béton et de verre qui ont poussé comme des champignons ces dernières années dans la ZAC Euratlantique, l’Atelier des Citernes ambitionne d’apporter un supplément d’âme au quartier Amédée-Saint-Germain, situé derrière la gare Saint-Jean. Le site sera le « lieu de vie » de la place centrale du quartier, où l’on trouvera aussi plusieurs commerces.

Des façades et d'anciens bâtiments sont conservés sur cette ancienne friche ferroviaire.
Des façades et d'anciens bâtiments sont conservés sur cette ancienne friche ferroviaire. - Mickaël Bosredon

« Tout un chapelet de bâtiments anciens situés sur cette friche ferroviaire a été conservé pour garder une trace du passé, et autour vont s’organiser l’animation et le commerce du quartier, explique Agathe Chevalier, responsable de l’agence d’architecture bordelaise CoBe, en charge de la réhabilitation de l’Atelier des Citernes. C’est un élément extrêmement intéressant dans le plan urbain de la ZAC Euratlantique, et je pense que cela va participer à la réussite de ce quartier. »

« Pour créer de la vie de quartier, il faut des lieux mixtes »

L’ensemble du projet a été piloté et financé par Ville Envie, qui investit 13 millions d’euros dans cette place du quartier Amédée Saint-Germain, au pied de la nouvelle Caisse des Dépôts, dont 7 millions d’euros rien que pour l’Atelier des Citernes. On trouvera dans ce bâtiment de 1.700 m2, une offre de restauration variée (syrienne, sicilienne, vietnamienne…) avec six « corners » en mode « food court », un bar à vins et un splendide bar central.

Le bar est l'élément central de l'Atelier des Citernes.
Le bar est l'élément central de l'Atelier des Citernes. - Mickaël Bosredon

« Pour créer de la vie de quartier, il faut des lieux mixtes où il se passe beaucoup de choses, et qui soient ouverts sur l’espace public », explique Sébastien Favant, gérant de Ville Envie. « Nous avons ainsi 650 m² de bureaux en étage, et un lieu festif au rez-de-chaussée, où l’on accueille aussi des artistes, des concerts. » L’ensemble du site peut recevoir 700 personnes, dont environ 460 dans l’espace restauration au rez-de-chaussée.

Les quatre citernes, futur marqueur de la place centrale

Pour créer des lieux de vie, il faut aussi désormais des lieux qui marquent les esprits. Ce qui est plutôt réussi avec l’Atelier des Citernes, qui a ouvert ses portes le 28 mars, après quatre années de travaux de rénovation. Quand on pénètre dans ce bâtiment, c’est d’abord le plafond avec ses poutres et rivets en acier qui saute aux yeux. La structure métallique de type Eiffel, enchevêtrement de poutrelles métalliques qui formait un gigantesque pont roulant pour soulever les locomotives, a été remarquablement restaurée.

La structure métallique de type Eiffel, enchevêtrement de poutrelles métalliques qui formait un gigantesque pont roulant pour soulever les locomotives, a été remarquablement restaurée.
La structure métallique de type Eiffel, enchevêtrement de poutrelles métalliques qui formait un gigantesque pont roulant pour soulever les locomotives, a été remarquablement restaurée. - Ateliers Caumes/Ville Envie

Cet atelier, réalisé dans la seconde moitié du XIXe siècle, « était au cœur du centre de maintenance de la Compagnie des chemins de fer du Midi puis de la SNCF, qui comprenait beaucoup de halles et petits éléments qui venaient se raccrocher à cette structure », raconte Mathieu Bernardin, architecte et chef de projet à l’agence CoBe. « Le bâtiment était notamment relié aux citernes juste à côté, qui constituaient le réservoir d’eau pour remplir les locomotives. »

Le "château d'eau", composé de quatre citernes posées sur un viaduc, promet de devenir le marqueur de la place centrale d'Amédée-Saint-Germain.
Le "château d'eau", composé de quatre citernes posées sur un viaduc, promet de devenir le marqueur de la place centrale d'Amédée-Saint-Germain. - EPA Euratlantique

Edifié entre 1854 et 1857, ce « château d’eau » est inscrit à l’Inventaire des monuments historiques depuis 2018. Il s’agit d’un ensemble de quatre citernes en métal, posées sur une sorte de viaduc de quatre arcades en pierre. Actuellement à terre pour être restaurées, les citernes retrouveront très prochainement leur place au sommet de l’édifice, à quinze mètres de hauteur, le monument promettant de devenir le marqueur de cette « place de village ».

« On ne voulait pas qu’à l’arrivée cela fasse "Disneyland"… »

« Il faut aussi imaginer qu’à l’époque, la halle était deux fois plus grande que ce qu’elle est aujourd’hui », poursuit Mathieu Bernardin en nous faisant visiter les lieux. Une moitié du bâtiment a en effet été rasée pour permettre la construction du pont de la Palombe. « Il nous manquait donc le pignon nord quand on a récupéré cet atelier », sourit l’architecte. A l’origine, un chemin de fer traversait également tout le bâtiment dans sa longueur. « Malheureusement, nous n’avons pas pu le conserver car il a fallu remonter le sol de 60 cm. Nous avons réfléchi à le déposer pour le reposer ensuite, mais c’était trop compliqué. » A l’intérieur, un maximum d’éléments a été conservé. « Les seules choses que nous sommes venues rajouter, ce sont les passerelles avec les escaliers pour accéder aux mezzanines que l’on a créées. »

A l'intérieur du bâtiment, « les seules choses que nous sommes venues rajouter ce sont les passerelles avec les escaliers pour accéder aux mezzanines» explique l'architecte.
A l'intérieur du bâtiment, « les seules choses que nous sommes venues rajouter ce sont les passerelles avec les escaliers pour accéder aux mezzanines» explique l'architecte. - Mickaël Bosredon

Concernant « l’enveloppe » du lieu, il était « hors de question d’encapsuler ou de cacher la structure de l’atelier », explique encore Mathieu Bernardin. « Hormis un pignon que l’on a complètement déposé et refait, car la moitié du pan de façade s’est écroulée quand on a commencé la dépollution, et le pignon nord qui n’existait plus, tout le reste a été conservé. » En revanche, il a quand même fallu retravailler la coque. Pour recréer une unité entre les façades, CoBe a privilégié la cassette en aluminium comme matériau de parement au niveau du rez-de-chaussée, et la brique pleine, en parement sur les deux pignons et en mur plein sur une des travées, pour la partie haute.

« Le principe était de conserver l’essence du bâtiment, et de révéler tous ses aspects avec ses volumes et notamment sa nef centrale » explique Agathe Chevalier.
« Le principe était de conserver l’essence du bâtiment, et de révéler tous ses aspects avec ses volumes et notamment sa nef centrale » explique Agathe Chevalier. - Atelier Caumes/Ville Envie

Au final, « on a réussi à transformer le bâtiment, en le protégeant et en le respectant », estime l’architecte. « Nous avons volontairement laissé plein d’éléments dans leur jus, comme les poteaux en briques que l’on a juste brossés, les voûtains en briques, car on ne voulait pas non plus qu’à l’arrivée cela fasse "Disneyland"… On a fait un curage assez fin de ce qu’on pouvait garder en l’état, garder en le réhabilitant, et ce qu’il fallait remplacer. » « Le principe était de conserver l’essence du bâtiment, et de révéler tous ses aspects avec ses volumes, et notamment sa nef centrale », ajoute Agathe Chevalier.

« Un lieu que l’on ne retrouvera pas à Toulouse, à Marseille ou à Paris »

Une fois la coque réhabilitée et livrée, c’est l’agence Félix et associés qui s’est chargée de l’aménagement intérieur. « L’objectif était d’utiliser des matériaux nobles pour traduire le caractère industriel du lieu, et créer une diversité de kiosques pour les espaces de restauration, avec un bar qui serait l’élément central du site », résume Thomas Felix, fondateur et gérant de l’agence.

« Les kiosques sont uniques, l’idée étant de donner au site quelque chose de particulier, que l’on ne retrouvera pas à Toulouse, à Marseille ou à Paris, ajoute Sébastien Favant. On veut que les gens viennent ici en se disant que ce lieu a quelque chose. »