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INTERVIEWA Bordeaux, « le raccourci Euratlantique égale bétonisation trop facile »

Bordeaux : « Le raccourci Euratlantique égale bétonisation est trop facile » estime la directrice du projet

INTERVIEWValérie Lasek, directrice de l’Etablissement public d’aménagement Euratlantique à Bordeaux, explique pourquoi la plus grande opération d’aménagement urbain en France hors Paris, vient d’être prolongée jusqu’en 2040
Le projet du parc Eiffel, au sein du quartier Souys-Eiffel sur les communes de Bordeaux et Floirac, rive droite,  doit ouvrir en plusieurs phases, entre 2024 et 2030.
Le projet du parc Eiffel, au sein du quartier Souys-Eiffel sur les communes de Bordeaux et Floirac, rive droite, doit ouvrir en plusieurs phases, entre 2024 et 2030. - TVK / Euratlantique
Mickaël Bosredon

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

L'essentiel

  • L’objectif de cette « opération d’intérêt national (OIN) » reste de produire sur ce périmètre à cheval sur Bordeaux, Floirac et Bègles, 25.000 logements.
  • Il sera toutefois légèrement réorienté, avec une plus grande place accordée à la végétalisation.
  • La directrice de l’établissement qui pilote cet aménagement, Valérie Lasek, revient également sur les accusations de « bétonisation » à l’encontre de ce projet, rappelant qu’il a été précurseur dans la construction bois.

Euratlantique en reprend pour dix ans. L’Opération d’intérêt national (OIN), plus grande opération d’aménagement urbain en France hors Paris, devait s’achever en 2030, et vient d’être prolongée jusqu’en 2040. « Il y a 740 hectares à réaménager sur trois communes, Bordeaux, Floirac, et Bègles, et nous nous sommes rendu compte que nous n’aurions pas terminé en 2030 comme c’était prévu » explique la directrice de l’établissement public, Valérie Lasek.

L’objectif reste le même : produire sur ce périmètre qui regroupe principalement d’anciennes friches ferroviaires, 25.000 logements, soit 9.000 sur la ZAC Saint-Jean-Belcier (autour de la gare), 11.000 sur Garonne-Eiffel (le long de la Garonne sur Bordeaux et Floirac) et 5.000 sur Bègles-Garonne, qui sera la dernière à être réalisée. « Fin 2022, nous avons livré 3.000 logements sur les deux premières ZAC, mais cela ne prend pas en compte ce qui est engagé, et qui va être livré dans les prochaines années, essentiellement sur Bordeaux avant que Floirac prenne le relais » explique encore Valérie Lasek. La directrice d’Euratlantique a répondu aux questions de 20 Minutes.

Valérie Lasek, directrice de l'Etablissement public d'aménagement (EPA) Euratlantique à Bordeaux.
Valérie Lasek, directrice de l'Etablissement public d'aménagement (EPA) Euratlantique à Bordeaux. - Mickaël Bosredon

Les orientations d’Euratlantique vont-elles changer, par rapport à ce qui a été déjà produit ?

Beaucoup de choses ont changé depuis le début du projet Euratlantique [l’établissement public a été créé en 2009], notamment l’accélération du dérèglement climatique. La décarbonation et le zéro artificialisation nette (ZAN) sont devenus deux piliers majeurs des politiques d’aménagement du territoire en France. Sur le ZAN, nous sommes des contributeurs positifs, puisque notre travail consiste à désartificialiser des friches industrielles à proximité d’anciens sites ferroviaires. Tout ce que nous produisons donne donc de l’air aux collectivités de Bordeaux Métropole qui auraient besoin de construire sur des terres non artificialisées. Quant à la façon de concevoir les projets urbains, une place plus importante est accordée à la végétalisation. Il y avait déjà une logique de rééquilibrage en faveur de parcs qui faisaient défaut au sud de Bordeaux, et que nous avons agrandis, mais nous allons accentuer cette politique de désimperméabilisation. Ce sera encore plus frappant rive droite, où nous allons atteindre 18 m2 d’espaces verts par habitant nouveau, grâce notamment au parc Eiffel d’une superficie de 14 ha.

Euratlantique vante souvent la construction en bois, mais il y a eu beaucoup de constructions en béton, « bétonisation » qui a fait l’objet de manifestations contre certains projets. Comment abordez-vous cette nouvelle phase d’Euratlantique ?

Le raccourci Euratlantique égale bétonisation est trop facile, et bien moins vrai dans la réalité que ce que certains veulent faire croire. Nous avons été précurseurs sur le bois à travers des démonstrateurs comme la tour Hyperion. L’enjeu ensuite a été de changer les méthodes constructives pour que le bois se banalise et que l’on ait une filière qui émerge, pour faire baisser les coûts de la production en bois. Nous nous y attelons. Aujourd’hui, nous avons seize bâtiments en bois dans le quartier Armagnac, et le quartier Amédée Saint-Germain (679 logements) est à ossature bois. C’est parfois compliqué à faire comprendre parce que cela ne se voit pas, car nous avons opté pour des façades de bâtiments minérales, mais l’ossature bois est bien plus vertueuse et durable.

Y aura-t-il davantage de logements sociaux, dans une métropole qui est toujours en déficit ?

Même avec une production soutenue de logement social sur Euratlantique, il y a encore un déficit en la matière sur la métropole, particulièrement à Bordeaux qui reste en dessous des objectifs. C’est pourquoi à Bordeaux, nous essaierons d’atteindre les 40 % de logement social dans nos programmes, contre 35 % jusqu’à présent. À Floirac, nous sommes au-dessus des taux SRU [la loi SRU, Solidarité et renouvellement urbain, oblige les communes urbaines à disposer d’un taux minimal de logements sociaux de 20 ou 25 % selon les cas], donc nous y conserverons une programmation équilibrée, tout comme à Bègles. Sur les logements, nous avons notamment besoin de fournir un effort à destination des étudiants, des bas revenus et des familles pour qui la « décohabitation » est compliquée.

Quel est le niveau des prix des logements en accession libre sur Euratlantique, et comment allez-vous réussir à absorber des éléments comme la hausse du prix des matériaux dans les futures constructions ?

L’objectif de maîtriser les prix de sortie des logements en accession libre a bien fonctionné, puisque nous sommes à 3.800 euros TTC du m2 (hors extérieur, hors parking), soit 1.000 euros en dessous de la moyenne de Bordeaux Métropole. Mais en ce moment, il est vrai que c’est très difficile de tenir cet effort. C’est pourquoi nous préférons retarder certains projets, plutôt que de dégrader la qualité de ce qui va être produit. Il est hors de question de faire moins bien que ce qui a été fait.

Après s’être construit essentiellement autour de la gare Saint-Jean, Euratlantique va donc désormais se développer sur la rive droite ?

90 % de la ZAC Saint-Jean Belcier (autour de la gare) est engagée, et les projets vont sortir de terre jusqu’en 2032. Là où il y a plus de marge de manœuvre c’est effectivement rive droite sur la ZAC Garonne-Eiffel. On voit émerger en ce moment le quartier Deschamps-Belvédère, à partir de maintenant nous allons passer de l’autre côté de la LGV, pour aborder tout le côté floiracais de cette ZAC, le long du parc Eiffel que l’on est en train d’aménager. Et nous reviendrons rive gauche pour terminer l’opération, avec une troisième ZAC à Bègles, dans laquelle nous souhaitons créer 5.000 logements et 140.000 m2 consacrés à l’espace économique, d’ici à 2040.

Le projet d’aménagement n’est-il pas trop dense ?

On ne veut pas faire de Bordeaux Métropole une ville millionnaire, un objectif qui a été vanté par le passé, mais son attractivité ne se dément pas. Donc soit on accueille les ménages dans de bonnes conditions, avec du logement abordable, de la mixité, soit on les renvoie dans le périurbain, ce qui veut dire deux voitures par ménage pour assurer le travail de chacun. Il faut construire au cœur de la métropole pour éviter l’étalement urbain et la congestion routière qui va avec, ce qui veut dire densifier à proximité des nœuds de transport, notamment la gare Saint-Jean.

Et quid des activités culturelles ?

Une salle de spectacles, « Bien Public », ouvrira ses portes au plus tard l’été prochain, au sein du quartier Belvédère sur la rive droite. Rive gauche, nous avons un cabaret qui s’est implanté, pour compléter la Méca et le Frac qui peinent à trouver une fréquentation à la hauteur du contenu. Le projet Canopia [anciennement rue Bordelaise] entre en travaux, avec Les terrasses du Méridien, qui sera une très belle salle sur un dernier étage avec vue sur la Garonne. Et il y a des initiatives privées, comme la réhabilitation du château Descas, qui va se trouver dans un écrin de verdure avec le jardin Descas, dans quelques années.

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