Tour de France 2019: Est-ce bien raisonnable de penser qu’Alaphilippe peut ramener le jaune à la maison?

CYCLISME Bardet décevant, Pinot piégé, Alaphilipe devient la meilleure chance française pour le général. Ou presque

William Pereira

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Julian Alaphilippe en jaune jusqu'au bout?
Julian Alaphilippe en jaune jusqu'au bout? — Thibault Camus/AP/SIPA

Pour le fan français de vélo assis sur son canapé, le Tour de France n’est rien d’autre qu’une chute. Le genre de dégringolade qu’on essaye d’amortir en s’accrochant à ce qu’on peut pendant trois semaines. Un coup Bardet, un coup Pinot, un coup Alaphilippe. Le premier ayant lâché dès les premiers jours et le second s’étant fait piéger comme un bleu la veille de la journée de repos, tous les espoirs français reposent sur l’actuel maillot jaune, y compris ceux d’une victoire finale sur les Champs. « Normal », nous rassure Steve Chainel, ancien coureur, consultant sur Eurosport et proche d’Alaph. « C’est normal qu’on spécule sur Julian, il y a un peu de déception après la première semaine [chez les autres favoris français] ».

Pour autant, est-ce bien raisonnable d’imaginer le coureur de la Deuceninck-Quick-Step ramener le jaune à la maison ? L’intéressé dira que non, il n’y a qu’à regarder sa manière de courir – enfin pédaler – vous verrez, ça ressemble à tout sauf à de l’Ineos : « il n’y a pas beaucoup de vainqueurs potentiels qui s’amusent à rouler à bloc [en tête de peloton] ou qui s’arrêtent pisser à de mauvais moments. » A l’entendre parler, on jurerait qu’il a jusqu’ici tenu son maillot en sifflotant.

Et Chainel abonde: « là il a seulement 1’20 d’avance sans trop forcer, non plus. » Ce « sans trop forcer » est autant la preuve qu’il en a sous la pédale que celle de son désintérêt du classement général. « Rester dans les cinq premiers du peloton pendant 220 kilomètres, ce n’est pas ce que j’aime faire. Ce serait très difficile pour moi de courir au millimètre pendant trois semaines », ajoute le chasseur de classiques, qu’on a surpris à parler de ses futures ambitions sur le Tour des Flandres en pleine journée de repos sur le Tour tout court.

« Ce qui est clair pour moi, poursuit Chainel, c’est que le jour où Julian se mettra dans la tête qu’il a envie de viser le classement général d’un grand Tour sans aucune autre motivation, il sera capable de le faire. C’est comme un Valverde, le même profil de coureur, capable aussi de viser le général. » Le directeur sportif d’Ineos Nicolas Portal, qui a un temps courtisé Alaph’, n’en pense pas moins. « Les qualités, il les a. » L’envie, moins, donc. Mais pas question pour autant de jeter le maillot jaune par la fenêtre. Chainel le voit bien tenir la tête du général jusqu’à Nîmes, où aura lieu la seconde journée de repos et nous aussi. On vous explique comment en prophétisant l'avenir.

Etape 12 : Il va gratter des secondes à Bagnères-de-Bigorre

Si ça c'est pas une descente pour Alaphilippe...
Si ça c'est pas une descente pour Alaphilippe... - TDF

Pas assez relevée pour donner lieu à de réelles explications entre leaders, l’étape de jeudi offre un final en bas de la descente - « qui correspond à Julien » dixit Chainel – vers Bagnières de Bigorre après l’ascension à Hourquette d’Ancizan (10 bornes à 7,5 %). L’avant dernier kilomètre, à 8,5 % de moyenne, pourrait lui servir de rampe de lancement. Une descente à la Marcel Hirscher lui permettra de franchir la ligne avec 30 secondes d’avance sur Geraint Thomas. 1'50" d’avance avant le contre-la-montre. Au calme.

Etape 13 : Il va résister sur le CLM à Pau

Le chrono de Pau n'est pas assez long pour inquiéter Julian
Le chrono de Pau n'est pas assez long pour inquiéter Julian - TDF

Que tous ceux qui pensent que le maillot jaune va prendre le bouillon sur le chrono de Pau se détrompent : d’une, le CLM est trop court (27 km) ; et de deux, le Français a montré qu’il savait être efficace dans cet exercice. Confirmation du consultant d’Eurosport. « Moi j’y crois, il peut lâcher un bon chrono à Pau. C’est pas impossible, il l’a déjà fait, on l’a vu sur le Critérium où il termine 7e du CLM (à une minute du vainqueur Wout Van Aert). » Bref, Thomas et Bernal ne lui prendront pas plus de 30 secondes.

Etape 14 : Il va limiter la casse sur le Tourmalet

Alaph' va grincer des dents sur le Tourmalet
Alaph' va grincer des dents sur le Tourmalet - TDF

Pas grand-chose à dire, cette étape est pour les grimpeurs, les vrais. Les Bernal, Pinot, Mas, Buchmann, etc. Alaphilippe ne tiendra pas éternellement sur cette montée, et pour tout dire il est même possible qu’il explose dès cette étape. Mais s’il se met en mode défense du maillot façon Voeckler vs Armstrong, il peut très bien minimiser les dégâts et concéder une minute sur la ligne. « Ça serait énorme qu’il sorte des Pyrénées avec le maillot jaune, mais j’y crois », s’enthousiasme Chainel.

Etape 17 : Dernier coup de panache en jaune

Attaaaaaque de Julian Alaphilippe!
Attaaaaaque de Julian Alaphilippe! - TDF

« C’est impossible pour Julian de faire du Julian en jaune pour aller gratter des secondes, les favoris le surveillent. » Si le champion de France de cyclo-cross a du mal à imaginer Alaph' planter une banderille en jaune et en troisième semaine, notre imagination se veut un peu moins exigeante, niveau réalisme. Ci-dessous le croquis de son futur succès à Gap, qui n’est autre qu’un copier-coller de sa première victoire d’étape. Mais ce ne sera qu’un coup d’Epernay dans l’eau.

Etape 18 : Fin du rêve

Terminus pour Julian
Terminus pour Julian - TDF

Un col hors catégorie, c’est pas mal. Deux, c’est beaucoup. Mais l’Izoard puis le Galibier dans une étape de 200 bornes, c’est clairement trop. Si le coureur de la Quick-Step déboule en jaune sur l’étape 18, il n’ira pas plus loin. « Il va finir par dégueuler du temps je trouve ça assez logique », prédit Chainel. Mais son Tour 2019 ne s’arrêtera pas là. « Il essayera sûrement d’aller chercher une étape alpestre, et pourquoi pas le maillot à pois ».