Roland-Garros 2026 : « Il peut vraiment le gagner », pourquoi l’increvable Arnaldi est la grosse cote du dernier carré
surprise italienne•Opposé à son compatriote Flavio Cobolli vendredi dans la deuxième demi-finale sur le Chatrier, Matteo Arnaldi, qui a surmonté une grave blessure au pied ces derniers mois, peut compter sur son endurance physique pour aller au bout du tournoiJulien Laloye
L'essentiel
- Matteo Arnaldi, 104e mondial, est parvenu en demi-finale de Roland-Garros malgré une fracture du pied droit qui l’a handicapé pendant des mois.
- Son ancien entraîneur Marcel Du Coudray, séparé d’Arnaldi début avril, salue ses qualités exceptionnelles : « Matteo a un goût pour la préparation physique que j’ai rarement vu. Il aime ça, il a des capacités hors norme et une flexibilité extraordinaire. »
- L’ex-mentor, peut-être pas à tout à fait objectif mais qui connaît bien son homme, estime que l’Italien a toutes ses chances de remporter son premier tournoi du Grand Chelem.
De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
Il nous avait tapé dans l’œil il y a deux ans et des brouettes. Rien de dingue dans son jeu pourtant, mais une grinta défensive presque Nadalienne, une forme de supplément d’âme qui lui faisait toujours remettre la balle supplémentaire, et surtout une bête noire indéboulonnable pour n’importe quel joueur tricolore de passage. Sa disparition des radars, à 24 ans à peine, nous avait étonné, mais maintenant que Matteo Arnaldi est à deux matchs de remporter Roland, cela résonne comme une évidence : ce garçon a un truc qui peut l’emmener très loin.
Une douleur au pied permanente
Son endurance physique, tout d’abord. Arnaldi va bientôt dépasser le record « all time » de temps passé sur le court en Grand Chelem, et ce alors même qu’il pouvait à peine courir il y a encore six mois, la faute à une fracture du sésamoïde médial du pied droit très enquiquinante, si on a tout bien compris. « Ce n’est pas la même chose que ce dont souffrait Nadal, c’est plutôt sous le pied, nous détaille Marcel Du Coudray, le coach sud-africain qui a travaillé avec lui ces derniers mois, avant leur séparation début avril. Il s’est fait mal à Wimbledon l’an passé, et la douleur est restée, il ne pensait qu’à ça quand il jouait. A un moment, il n’arrivait même plus à marcher. »
Cela va mieux, évidemment, à Paris, mais de ce qu’on sait, le 104e mondial souffrira toujours plus ou moins, comme Nadal. D’ailleurs, il n’a pas gagné un match de l’année ou presque jusqu’à ce challenger de Cagliari un peu miraculeux début mai, avec un nouveau staff autour de lui. Une victoire à la bagarre, comme presque tous ses matchs à Roland, remportés après des empoignades aussi mémorables qu’improbables : parlez-en à Tiafoe, qui voyait l’écurie au bout du chemin avec une balle de 5-1 au dernier set, avant de finir en charpie. Marcel Du Coudray poursuit :
« Ce qui se passe avec Matteo est une surprise, certes, mais le genre de surprises qu’on peut prévoir dans ce tournoi étrange. A partir du moment où il n’avait plus de problèmes physiques et qu’on a ses qualités sur terre battue… Quand son manager m’a approché pour me demander de l’entraîner, je lui ai juste demandé s’il était facile à coacher. Je n’ai pas été déçu, Matteo est prêt à travailler très dur et il veut apprendre sans cesse. »
Ne croyez pas qu’il s’agit d’un compliment gratuit. Le coach sud-africain a percé dans le milieu en emmenant Davydenko jusqu’à la 3e place mondiale, et le Russe était connu sur le circuit pour être une brute de travail. « Matteo a un goût pour la préparation physique que j’ai rarement vu, dit-il encore. Il aime ça, il a des capacités hors norme et une flexibilité extraordinaire. Pour lui, les heures passées sur le court ne sont jamais un problème. »
« Je suis fier du travail qu’on a fait ensemble »
On a pu s’en rendre compte face à Berrettini en quarts. Dix minutes pour se chauffer, le temps de concéder deux fois son service, puis les gambettes qui tournent comme un Arnaud Clément de la grande époque, si on devait comparer avec un joueur maison. Bluffant, comme sa capacité à sortir des coups gagnants par cagettes, 277 depuis le début du tournoi, loin devant tout le monde, alors qu’on se rappelait un joueur sans coup très fort au moment de son éclosion.
« Paradoxalement, sa blessure lui a permis de faire les modifications techniques dont avaient besoin son service et son coup droit, illustre De Coudray. Je suis assez fier du travail qu’on a fait tous les deux ». N’est-il pas un peu jaloux de ne pas en profiter, lui a qui été « remercié » juste avant qu’Arnaldi ne se remette à gagner ?
L’entraîneur sud-africain reconnaît qu’il se fait vanner par ses amis depuis deux-trois jours, sur l’air de « T’es sûr que tu ne peux pas récupérer une part de son prize money ? » Mais il assure qu’il arrive à en dormir la nuit : « Toute relation de coaching a une fin, chaque entraîneur emboîte une pièce du puzzle. Je suis un peu triste de ne pas être à Paris, mais en même temps je suis très content pour lui », énonce-t-il, beau joueur.
Un vainqueur en puissance ?
En réalité, c’était la première fois qu’Arnaldi sortait de son cocon italien et se risquait à choisir un entraîneur étranger, ce qui a posé un problème que De Coudray n’avait pas anticipé. « Il n’était pas très à l’aise en anglais, or Matteo est de nature anxieuse, rapporte ce dernier. Il a besoin de pouvoir communiquer pendant les matchs, et avec moi il passait trop de temps à réfléchir à ce qu’il devait me dire ou à comprendre ce que je lui répondais, c’est trop stressant pour lui. »
Toute l'actu de Roland-GarrosLe futur adversaire de Cobolli a réglé le problème en se (re)tournant vers un staff 100 % italien, mais Marcel du Coudray voit-il ce facteur « stress » comme une barrière mentale insurmontable d’ici dimanche ? « Je n’ai pas une boule de cristal, mais je pense vraiment que Matteo peut gagner Roland. Pour moi, les quatre demi-finalistes partent sur la même ligne, je ne vois pas Zverev comme un favori si clair que ça. Et quand tu crois en toi comme Matteo croit en lui, tout est possible. » On n’est pas loin de partager son avis.


















