Roland-Garros : « Il y en a même qui reviennent »… Qui sont ces gens qui se payent un sandwich au homard à 26 euros ?
TENNIS•Les spectateurs qui viennent pour la première fois ont le choix au moment de se restaurer, mais ils sont souvent surpris par les prix pratiquésJulien Laloye
De notre envoyé spécial,
Il est 14 heures dans les allées de Roland-Garros, et c’est l’heure des braves. A ma gauche, les petits malins, les prévoyants, les habitués, appelez-les comme vous voulez. Ceux qui ont mis la doudoune, amené le K-Way, et surtout, qui ont prévu la bouffe. Le pain de mie plus ou moins digeste de chez Carrefour, du beurre, un peu de jambon, la pomme pour finir sur du sucré, et roulez jeunesse. On ne peut pas dire qu’Yvan et Joséphine en ont pris plein les papilles, mais au moins, ce couple d’Yvelinois évitera la faillite : « On vient presque tous les ans, et entre les places et le trajet, c’est déjà un beau budget. Alors pour la nourriture, on opte pour le pique-nique. »
Les prévoyants et les autres
A ma droite, les autres. Les naïfs, les débutants, les amateurs. Ceux qui commencent à suer des aisselles en voyant les prix affichés par les innombrables stands de bouffe dans l’enceinte du stade. Un véritable voyage gustatif, de la pita grecque au fish and chips britannique en passant par la galette-saucisse bien de chez nous.
Mais aussi un voyage chez son conseiller bancaire pour débloquer le plafond de carte bleue. Thierry, croisé avec ses deux filles en train d’hésiter le long du Chatrier, fait les comptes dans sa tête : « Entre les billets, le train, les tickets de métro, je pense que je suis autour des 400 euros. Mais bon, on ne vient pas tous les jours à Roland. Et puis on est partis tôt, les petites commencent à avoir faim. » Va pour une crêpe.
Voici un petit tour non exhaustif des prix aperçus à droite à gauche sur le « food court », en omettant volontairement la brasserie des mousquetaires, hors-concours :
- La planche de charcuterie = 25 euros
- Le Fish and chips = 15,6 euros
- Une Pita poulet = 13 euros
- Une galette-saucisse = 11 euros
- Une bière = 10 euros + 2 euros de consigne
- La boîte de 8 macarons = 32 euros
- Le magnum au chocolat = 4,5 euros
- Le smoothie = 6 euros
- En bonus : la coupette de Moët et Chandon impérial rosé = 24 euros
De quoi faire, donc, à des prix plus ou moins compétitifs. Mais notre œil est irrésistiblement attiré par le sandwich au homard sur le chemin du Simonne-Mathieu. 26 euros. Vous avez bien lu. 26 euros pour du pain brioché toasté, du homard, de la crème fraîche, de la ciboulette, de la pomme verte, et l’échalote, et de l’oignon vert. Qui, pourquoi, comment, on s’approche de la jeune fille qui tient la caisse.
Pas si cher pour les étrangers
« Vous faites un reportage sur la bouffe à Roland ? C’est original. » Pas vraiment, mais peu importe. Ce homard, donc, il vient d’où : « Je ne sais pas. Attendez je me renseigne. Ah Canada, voilà. » Réputé pour sa qualité supérieure et sa chair succulente disent les internets. Fort bien. Et, sinon, c’est une bonne situation vendeur de sandwich au homard ? « Oui, ça marche pas mal. On en vend entre 200 et 300 par jour depuis le début du tournoi, même si la météo n’aide pas. Les gens adorent, il y en a même qui reviennent d’une année sur l’autre. » Ah oui, à ce point-là ? « Oui, oui, je vous assure ». Mais qui se paie ça ? « Ah ben, 26 balles, faut pas rêver, que des étrangers. »
Des Américains, en majorité. Il se trouve, figurez-vous, que le sandwich au homard est une institution aux Etats-Unis. C’est Johanna, la cliente suivante, qui nous fait un cours accéléré. La jeune fille est américaine, from D.C., et là-bas, on se gave de « lobster ». « Celui-ci n’est pas mal du tout, juge-t-elle, après une première bouchée. Un peu trop crémeux peut-être, mais pas mal. »
Ok, mais sinon, Johanna, le prix ? « Honnêtement, je dirais standard pour un événement sportif de cette importance. J’étais à Indian Wells cette année, c’était la même chose, plus ou moins. » Deux explications à ce stade : soit Johanna, qui ajoute être déjà venue en 2017, est pleine aux as, soit le salaire moyen aux US n’a rien à voir avec le nôtre, piste privilégiée par BFM Business. Et les journalistes, vous me direz : eh bien, ils mangent au restaurant qui leur est réservé, avec un crédit de 20 euros par jour. Deux tiers de sandwich au homard, c’est possible ?


















