«Sa fille n’aurait jamais atteint ce niveau sans lui », ce serait pas le moment de dire merci à Louis-Paul Garcia ?

MASTERS Le père de la meilleure joueuse française est en train de prouver qu’il est la bonne personne pour mener la 9e mondiale au sommet…

Julien Laloye

— 

Caroline Garcia et papa pas loin derrière.
Caroline Garcia et papa pas loin derrière. — GABRIEL BOUYS / AFP

Louis-Paul Garcia, sa silhouette imposante, ses petites lunettes carrées, sa barbe en timbre sur le menton. Impossible de rater celui qui est à la fois le père et l’entraîneur de Caroline Garcia, il est sur toutes les photos. Une relation fusionnelle qui a toujours interrogé dans le milieu. La faute aux précédents, évidemment : l’histoire du tennis féminin regorge de ces mélanges du genre qui finissent mal, en général. Mais comme la vérité a plusieurs visages, parfois, il ne faut pas avoir la mémoire courte. La dernière joueuse française à avoir remporté un Grand Chelem était aussi entraînée par son géniteur, et le tennis français n’a plus rien trouvé à redire au clan Bartoli après le sacre de Marion à Wimbledon, en 2013.

 

Louis-Paul n’est pas encore un coach vainqueur de Grand Chelem. Néanmoins, il a amené sa joueuse aux Masters de fin d’année, et ça mérite un minimum de considération. «C’est la pierre angulaire du projet sportif de Caroline. Il a tout lâché pour elle.  Sans lui, elle n’aurait jamais atteint ce niveau ». Alain Reynaud a été le premier entraîneur de la jeune fille à Lyon, de ses 14 ans jusqu’à ses 17 ans. Il raconte la prise de pouvoir du papa : «Au début, je gérais le tennis de A à Z. Et puis petit à petit, il l’a suivie à l’entraînement, dans les tournois, et ça c’est fait au fur et à mesure, jusqu’au jour où je lui ai dis : « si tu veux être cohérent jusqu’au bout, prends le projet en charge en intégralité ».

Sacrée année pour Caroline Garcia, de déserteuse à membre du top 10 mondial

C’est dit sans aigreur. Reynaud est encore dans le panorama : il a conseillé le binôme à Roland-Garros et à Wimbledon, cette année (« beaucoup de discussions  pour la mettre en confiance, presque philosophiques, du genre "ce qui ne te tue pas te rend plus fort" »), et quelque part, cela répond aussi à certaines critiques. Louis-Paul a beau cornaquer sa fille en solo, il n’est pas enfermé dans ses certitudes.

«On est très ouverts aux apports extérieurs»

C’est ce qu’on comprend en lisant une interview du bonhomme accordée à Tennis Magazine en début d’année : «Il y a un lien, une histoire très forte entre nous. Il y a des zones de connaissances fines qui sont faites de plein de choses, de non-dits, d’expériences partagées, et qui font partie de cette histoire. C’est pour cela que j’ai toujours considéré que le meilleur binôme possible, c’est une joueuse avec un membre de sa famille. Mais on est très ouvert aux apports extérieurs qui sont en fait continus, par moments plus ou moins forts ».

Il y a eu un préparateur mental, qui a fait travailler la jeune fille sur la sophrologie et la visualisation mentale en 2016, quand Caroline Garcia stagnait aux portes du top 30. Puis un préparateur physique, pour corriger certaines postures en partie responsables des douleurs dorsales qui ont longtemps embêtées la 9e joueuse mondiale. C’est un autre Lyonnais, Jérôme Simian, qui s’y est collé. Parfois à distance, parfois en direct, après une rencontre approfondie avec le père et sa fille. Il a donné quelques éléments de cette collaboration dans l’Equipe.

«C’est leur projet à eux. Louis-Paul a été directeur des ventes d’une grosse boîte. Il a une pratique des outils de management, appliqué à sa fille, bien sûr, et moi aussi je viens de là. C’est carré, efficace, organisé ».

Surtout quand c’est appliqué avec autant de volonté. Si Garcia a pu enchaîner ces deux victoires incroyables en Asie malgré une cuisse en souffrance, c’est parce qu’elle a suivi à la lettre les exercices de récupération préconisés par Simian, même morte de fatigue, même à deux heures du matin. « Son père est un homme affable, avec qui ont peut discuter, complète Reynaud. Ca fait trois ans que je leur dis que Caroline a les moyens de gagner un très grand tournoi, il faut leur laisser un peu de temps ».

Les mauvaises langues diront qu’on leur a laissé six ans, depuis ce set et demi de folie contre Maria Sharapova, qui avait fait tweeter à Andy Murray que Caroline Garcia serait un jour numéro 1 mondiale. Ce serait se montrer perfide. Quand Louis-Paul annonçait en début d’année que sa fille préférait renoncer provisoirement à la Fed Cup pour passer un cap et s’approcher du top 10, le tennis français a tempêté en rond dans son aquarium. On y est pourtant,  et le supposé manque de connaissances techniques du papa (honnête 15/5 à son meilleur) semble moins problématique, tout d’un coup.

«Ca ne fonctionnerait pas aussi bien avec un grand coach»

De toute façon, il faut faire avec. Prenez cette position kamikaze en retour de service, deux mètres un l’intérieur du court, une manie qui donne envie de s’en prendre physiquement à des chatons angora tout mignons. Reynaud pourrait en parler des jours. «Avec son père, on est d’accord sur le fait qu’il faut qu’elle soit agressive, mais il y a des moyens. Contre une fille qui sert à 180, elle ne touche pas une balle. C’est ce qui s’est passé à Wimbledon contre Konta. Quand elle a compris, elle a reculé d’un mètre, et ça a failli la faire gagner ».

Le tout sans l’assentiment de Papa, signe, peut-être, que Caroline Garcia prend tout doucement les rênes de la PME familiale ? «Elle  apprend à être autonome, juge Reynaud. Elle a 24 ans, et c’est dans l’ordre des choses qu’elle s’approprie le projet. Mais c’est hyper fort ce qu’il y a entre eux, et il ne faut pas que les gens disent n’importe quoi. Caroline est très famille, si on remplaçait son père par un grand coach, ça ne fonctionnerait pas aussi bien». Si ça se finit comme Andy l’a prédit, ça marche pour nous aussi.