Roland-Garros: Garcia contre Cornet, règlement de compte au revolver sur le Central?

TENNIS Les deux Françaises, brouillées depuis la décision de Garcia de bouder la Fed Cup, s’affrontent en 8es de finale lundi…

Julien Laloye

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Caroline Garcia et Alizé Cornet quand elles ne se détestaient pas encore.

Caroline Garcia et Alizé Cornet quand elles ne se détestaient pas encore. — PATRICK HERTZOG / AFP

De notre envoyé spécial,

Pop corn time lundi sur le Chatrier. Réservez votre siège à l’avance, il risque d’y avoir la queue, et ce n’est pas (que) pour voir du bon tennis. Alizé Cornet face à Caroline Garcia, on se demande encore ce qu’on a fait de si bien pour que le bon dieu nous amène un sujet aussi savoureux sur un plateau. On déroule la bobine : depuis qu’elle a annoncé en début de saison qu’elle ne disputerait pas la Fed Cup, Caroline Garcia en a pris plein la figure de la part de ses coéquipières.

Un torrent de boue initié par Kristina Mladenovic, qui a fermé le couvercle dans l’Equipe mag juste avant Roland : « En fait, on a toujours été à l’opposé et on se le disait, même quand on gagnait ensemble. Je suis très autonome, elle est complètement gérée par son père. Je parle six langues, j’ai eu mon Bac, elle a arrêté ses études. J’ai plein de centres d’intérêt». Des déclarations d’une invraisemblable cruauté quand on sait que les deux filles gagnaient encore l’épreuve en double ici même l’an passé.

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Alizé Cornet a pris le train en route : elle aussi a balancé son LOL sur twitter quand « Caro » a déclaré forfait face à l’Espagne, une rencontre pour laquelle elle avait été convoquée de force par Noah, à cause d’une blessure au dos. Du flanc, s’est dit Cornet, sauf que non. Garcia était vraiment blessée, et on sent dans son regard qu’elle a coché tous les noms de ceux qui en ont douté. Depuis, les relations sont glaciales, et autour d’elles, on est un peu désolés. Mathieu Rodrigues, sparring-partner de l’équipe de France de Fed Cup a vécu des semaines entières de préparation avec les filles. Des semaines en vase clos, où tout le monde mange ensemble, sans la famille, sans les agents.

« Elles s’entendaient très bien, et pas juste parce qu’elles ont partagé des trucs forts ensemble. Elles formaient une équipe, vraiment, il y avait de l’amitié. Elles ne peuvent pas en rester là, elles ont toutes le même objectif, gagner cette Fed Cup, je ne peux pas croire qu’elles n’arrivent pas à trouver une solution ». 

Cornet, la plus ancienne, a ouvert la porte en conf’ : «On n'a jamais passé beaucoup de temps ensemble avec Caro mais il y a eu des relations amicales et cordiales. Là c’est un peu plus froid, oui. Elle nous en veut et je peux le comprendre. J’ai ouvert la porte à la discussion. Là on s’affronte, ça ne sera pas forcément le moment idéal pour le faire. Mais j’ai bon espoir que dans les prochains mois ou discute et qu’on pose tout à plat. Le temps efface toujours les choses. »

Porte immédiatement refermée par l’intéressée : « «Elle veut s’excuser ? Elle aurait pu commencer par le faire dans le texto qu’elle m’a envoyé, où elle disait qu’elle assumait son tweet. Si je la croise, je lui dirai bonjour, mais pour moi tant qu’il n’y a pas d’excuses, il ne se passera rien. Il y a eu trop de manque de respect. J’en ai appris beaucoup sur certaines personnes ces dernières semaines, et je suis bien avec les gens qui m’entourent ». La rancune semble profonde.

«Les filles ont été déçues quand Caroline a annoncé qu’elle privilégiait sa carrière personnelle à celle de l’équipe, tente d’excuser Mathieu Rodrigues. Après, je pense que ça n’aurait jamais dû sortir sur les réseaux sociaux de cette façon. Elles auraient dû régler ça entre elles, en privé ». Trop tard, et pour ce qu’on en pense, c’est une histoire qui est allée beaucoup trop loin. Chez les mousquetaires, qui se connaissent et se jaugent depuis qu’ils ont 15 ans, aucune défilade ni trahison en Coupe Davis n’a jamais altéré un principe simple dans le sport de haut niveau et ailleurs : on ne daube pas sur un collègue en public.

Caroline Garcia a des raisons de se sentir flouée. L’an passé, elle n’a perdu qu’un match en Fed Cup, et en finale, c’est elle qui a porté l’équipe sur ses épaules quand Mladenovic et Cornet perdaient toutes les deux leur simple. Voilà pour le contexte orageux, alors que les deux anciennes camarades visent toutes les deux leur premier quart de finale en Grand Chelem.

«Ce sera un match accroché, prédit Rodrigues. Je vois mal l’une des deux prendre le dessus même si Caroline a un tennis plus offensif et qu’elle est plus détendue dans son approche du jeu. Alizé reste une compétitrice incroyable quand elle arrive à contrôler ses yeux. Je ne me risquerais pas à un pronostic ». Nous non plus, mais on sait déjà laquelle Bernard Giudicelli préférerait féliciter à l’issue de la rencontre. Le président de la FFT a été le premier à montrer les muscles sur le dossier Garcia. Il doit prier très fort pour que les vents soufflent derrière Alizé.