Roland-Garros: Comment la communication de Caroline Garcia la rend moins sympa qu'elle ne l'est
TENNIS•On vous explique pourquoi on a autant de mal à vous parler de Caroline Garcia...William Pereira
De notre envoyé spécial,
On a essayé. Cinq, dix, 15, 20 fois et à plusieurs heures d’intervalle. Mais impossible d’accéder au site officiel de Caroline Garcia depuis notre bureau à Roland-Garros. « Accès refusé. Le site web est interdit par la politique de filtrage de navigation de la FFT parce qu’il est dans la catégorie Parked Sites », lit-on à chaque tentative. Par curiosité, on a checké avec celui d’Alizé Cornet. Aucun problème. Cocasse.
Le détail aurait pu passer inaperçu s’il ne coïncidait pas avec un contexte de tension entre Garcia, la fédé de tennis et l’équipe de Fed Cup depuis que cette première a décidé de se concentrer sur sa carrière individuelle. De là à dire qu’un scénario digne du Bureau des Légendes ou Homeland a été ficelé par la FFT, il y a quatre ou cinq marches que nous ne franchirons pas (tout simplement parce que c'est une franche boutade de notre part). Sauf pour en faire un montage bidon (faut pas déconner, ou plutôt si justement).
« Caroline a le sourire, elle est bon esprit, elle est cool »
Dans la vraie vie, accéder à Caroline Garcia est tout aussi compliqué que sur les internets de la porte d’Auteuil, sinon plus. On ne parle pas de la période des Internationaux de France où les entretiens individuels ne sont pas légion et ce quelle que soit la joueuse, mais de ce que l’on observe en dehors. Rien à voir avec la personnalité de la quart de finaliste, qui nous régale à chaque passage derrière le pupitre de la salle d’interview principale du stade.
Après sa victoire contre Alizé Cornet, elle était apparue souriante et jouait avec l’assistance, se fendant même d’un « excusez-moi je suis populaire » auprès d’un confrère, las d’attendre son tour de l’interroger. Croisée au bar lounge des joueurs et autres VIP, la boss du haut niveau féminin à la Fédération, Alexandra Fusai, abonde dans ce sens :
« « Caroline a le sourire, elle est bon esprit, elle est cool. Vous le voyez en conférence de presse, elle est joyeuse. Mais pour ce qui est privé, je vous laisse voir avec l’entourage. » »
C’est là que le bât blesse : on ne peut pas voir avec l’entourage. Ni maintenant, ni jamais (ou si peu). Caro Garcia est le noyau d’une PME tennistique familiale menée par son papa d’entraîneur, Louis-Paul, ancien joueur amateur à un niveau raisonnable mais sans plus (15/5). Plus que les entraînements, ce dernier gère aussi les plannings, les sollicitations médiatiques, et peut-être même le cordage de la raquette de sa fille, qu’il ne cesse de couver depuis qu’il a lâché son poste de directeur commercial dans une société de distribution. « Dès que son père sent que l’on a peu d’emprise sur elle, cela ne passe pas très bien », observait un entraîneur sous couvert d’anonymat à nos confrères de We love Tennis.
La politique du sous-marin nous embête, car on aimerait bien en savoir un peu plus sur celle qu’Andy Murray imaginait déjà en future n°1 mondiale un jour de 2e tour à Roland-Garros en 2011 (alors âgée de 17 ans, Garcia avait pris un set à Sharapova. Après quoi le papa de la joueuse demandait déjà de « ne pas s’enflammer »). Mais il faut reconnaître que la méthode porte ses fruits. La Lyonnaise de 23 ans a déjà culminé au premier rang national et à la 23e place mondiale, marque qu’elle effacera à la fin de la quinzaine (elle sera au pire 21e). Et quelque chose nous dit que c’est loin d’être terminé.
Le contre-exemple… Kylian Mbappé
Il n’empêche que pour prendre l’exemple d’un sport autrement plus populaire et exposé, on a depuis quelques mois la preuve avec Kylian Mbappé que le très haut niveau n’est pas incompatible avec une certaine ouverture médiatique. Et on parle là d’un gamin à peine majeur. Pour le reste, le parallélisme se tient : il est principalement géré par son père et a la tête bien faite. Caroline Garcia est loin d’être bête. Elle s’exprime plutôt bien en anglais et en français, semble fort sympathique et a même sa célébration post-victoire – dont le potentiel-marketing est sûrement très élevé – ainsi qu’un hashtag qui y fait écho ( #FlyWithCaro). Bref, si on la laissait s’ouvrir un peu plus aux autres, il ne fait aucun doute que la joueuse tricolore y gagnerait beaucoup en termes d’image.
Ce jour arrivera sans doute. « Caro » a peut-être déjà entrouvert la porte sans qu’on s’en rende vraiment compte. Il y a une poignée de jour de ça, elle tweetait une photo où elle apparaît au côté des vainqueurs d’un jeu concours mené en partenariat avec la marque de cosmétiques Sothys. Pas trop le genre de la maison à la base.
A défaut d’avoir retrouvé les heureux élus dans l’espoir d’en apprendre un peu plus sur Garcia, on a décidé d’appeler Julien Duflos, un responsable de ladite entreprise pour en savoir un peu plus. « Le président connaît personnellement l’agent [donc le père] et la joueuse depuis le tournoi WTA de Limoges. C’est de là que tout est parti », nous explique-t-il. La famille, donc. Encore et toujours cette barrière entre la joueuse et le monde libre. C’en est frustrant à force. Vivement que tu prennes ton envol, Caro.


















