Ski de bosses: Championne olympique, Perrine Laffont a «perdu pas mal de sponsors»

INTERVIEW La jeune Ariégeoise démarre ce vendredi une nouvelle saison, dans une discipline où il n’est pas facile d’attirer les partenaires…

Propos recueillis par Nicolas Stival

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Perrine Laffont, championne olympique 2018 de ski de bosses à Pyeongchang, commence une nouvelle saison de Coupe du monde.
Perrine Laffont, championne olympique 2018 de ski de bosses à Pyeongchang, commence une nouvelle saison de Coupe du monde. — L. Venance / AFP
  • Perrine Laffont dispute ce vendredi la première épreuve de la Coupe du monde, à Ruka en Finlande.
  • L’Ariégeoise vise dans quelques semaines le seul titre qui manque à un palmarès déjà impressionnant.

A 20 ans, elle a déjà un palmarès quasi-parfait, et décroché ce que certains grands athlètes n’auront jamais : une médaille d’or olympique. Dix mois après son sacre aux Jeux de Pyeongchang, en Corée du Sud, Perrine Laffont commence sa saison ce vendredi à Ruka. L’étape finlandaise est l’une des sept épreuves de la Coupe du monde de ski de bosses, dont l’Ariégeoise des Monts-d’Olmes est la tenante du titre.

Un seul titre vous manque : celui de championne du monde single. Est-ce l’objectif de cette saison ?

Oui. Ce serait une belle consécration. Je veux gagner ce titre, et conserver celui du parallèle (les championnats du monde sont prévus début février à Park City, aux Etats-Unis).

Dix mois après votre médaille d’or olympique, qu’est-ce qui a changé ?

Mon quotidien, surtout. J’ai beaucoup de sollicitations de médias, des invitations à des événements. Sur la partie ski, j’ai continué sur les mêmes bases que les années précédentes, ça avait bien marché. Notre groupe a aussi un deuxième entraîneur, Lionel Levray. C’est toujours bien pour certains petits détails. On est plus performants avec deux coachs.

Vous vous êtes entourée de nouvelles personnes pour gérer les nouvelles sollicitations…

Une conseillère m’aide à gérer la partie contractuelle. J’ai aussi un attaché de presse. Cela me permet d’être plus libre pour mes entraînements. Je fais du ski, et eux s’occupent des à-côtés.

Vous reconnaît-on dans la rue ?

(Elle sourit) Oui, ça arrive parfois, surtout chez moi, en Ariège. Récemment, je suis allée acheter une mallette de poker dans un magasin de Lavelanet et la vendeuse m’a reconnue. Mais c’est toujours bienveillant.

En parlant de l’Ariège, vous allez avoir une salle de sport à votre nom à Foix, dans quelques semaines…

C’est un beau projet, qui me tient à cœur. Ça change de mon quotidien de sportive de haut niveau. Cela va aussi m’apprendre ce qu’est la vie active. Je vais faire l’ouverture et j’animerai des actions dans la salle. Avec Antoine Lima [l’entrepreneur à l’origine de l’initiative], nous avons plusieurs idées. Je vais apporter ma vision des choses, avec ce que j’ai vu lors de mes voyages à l’étranger.

Où en êtes-vous au niveau des partenaires économiques ?

J’ai perdu pas mal de sponsors qui m’avaient suivi la saison dernière en vue des Jeux olympiques. Ma conseillère gère toute cette partie, elle en a l’habitude. Le ski de bosses est une petite discipline, ce n’est pas facile de trouver des partenaires importants. Je cherche des partenariats de longue durée, pour écrire une histoire, créer un lien.

Votre sport est aussi touché par la baisse des dotations de l’Etat…

Oui, les petites disciplines ont été les premières impactées. Certaines ont même été supprimées.

Où en êtes-vous dans vos études ?

Je passe en troisième année de DUT commerce. Malgré toutes les sollicitations, ça me tenait à cœur de continuer. Il faudra aussi trouver un travail à la fin de ma carrière.

Dans quel secteur ?

Le côté marketing me plaît bien. J’ai un partenaire, Hyundai, qui me permet de venir passer une journée en entreprise, et c’est super intéressant.

D’ici là, il y a une nouvelle médaille d’or olympique à aller chercher en 2022 à Pékin.

On y pense forcément. Pour un sportif, c’est le Graal. Mais en même temps, c’est loin. J’ai trois ans pour me préparer. J’y pense sans me prendre la tête.

Jusqu’à quand vous voyez-vous continuer ?

Je pense encore faire deux olympiades.