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Le Portugal a écrit la plus belle page de son histoire en créant l’exploit

Fidji – Portugal : « Je vais parler de ce match jusqu’à la fin de ma vie »… De séduisants Portugais ont écrit l’Histoire

RugbyLes Loups portugais de Patrice Lagisquet ont signé un magnifique exploit ce dimanche à Toulouse, en battant les Fidji (23-24). Leur première victoire dans une Coupe du monde de rugby
Coupe du monde de rugby 2023: Le débrief de Fidji - Portugal (23-24)
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Le dernier match de poules de la Coupe du monde de rugby, dimanche soir à Toulouse, a donné lieu à une immense surprise. Le Portugal a battu les Fidji dans les derniers instants (24-23), dans un Stadium acquis à sa cause.
  • Après un bon nul contre la Géorgie (18-18), les Loups entraînés par le Français Patrice Lagisquet ont confirmé leur excellente Coupe du monde avec leur premier succès dans un Mondial.
  • Mélange de natifs du pays et de binationaux, de vieux grognards et de jeunes talents, les Portugais espèrent confirmer dans les années à venir.

Au Stadium de Toulouse,

Un entraîneur chaleureusement applaudi au moment d’entrer dans la salle de presse provisoire, posée sur le parvis de l’enceinte toulousaine. Dehors, une foule de supporteurs, venue de Lisbonne, de Porto ou de Montauban, qui chante sa fierté, au point de couvrir questions et réponses lors de l’exercice médiatique. Patrice Lagisquet et le Portugal ont vécu un dimanche magique, et la Coupe du monde de rugby une soirée historique : les « Loups » ont remporté leur première victoire dans une phase finale de Mondial, pour leur deuxième participation.

En 2007, ils étaient repartis bredouilles au pays (quatre matchs, quatre défaites). Cette fois, le nul contre la Géorgie (18-18), à Toulouse déjà, annonçait donc un triomphe contre des Fidjiens cataclysmiques, mais qualifiés pour les quarts de finale grâce à leur point de bonus défensif (24-23). Le 16e du classement World Rugby, dont le capitaine Thomas Appleton (remplaçant ce dimanche) est dentiste dans le civil à Lisbonne, a terrassé le 8e. Presque inimaginable dans un sport où la hiérarchie est souvent aussi rigide qu’au sein d’une école militaire.

« Je ne sais pas quoi dire honnêtement, souffle Patrice Lagisquet, ancien manitou du grand Biarritz des années 2000, qui a tiré sa révérence ce dimanche de la plus parfaite des manières. J’ai toujours peur des mots grandiloquents. Ça reste du sport mais c’est un grand moment. C’est incroyable, les joueurs trouvent toujours des ressources auxquelles je ne m’attendais pas. »

Samuel Marques, héros de Dubaï à Toulouse

Après une première mi-temps d’une indicible médiocrité (3-3 à la pause), le dernier match de la phase de poules du Mondial 2023 a pris des allures d’épopée, avec cinq essais, dont trois portugais. Alors que les îliens semblaient avoir fait le trou (23-17), les ailiers de Pro D2 Raffaele Storti et Rodrigo Marta ont concocté à deux minutes de la fin une attaque qui correspond à « l’ADN de cette équipe et du rugby portugais », dixit Lagiquet.

Le premier, joueur de Béziers et auteur d’un splendide Mondial (trois essais, dont un ce dimanche), a servi le trois-quarts de Colomiers qui est allé estourbir les Fidjiens. Le score était de 22-23, avant que Samuel Marques ne se charge de transformer une défaite honorable en un succès fracassant, sous les rugissements de plus de 32.000 spectateurs. « Je me suis dit que je devais rester focus sur ce coup de pied et oublier ce qui se passait autour, comme à Dubaï », retrace le énième Gersois à briller dans ce Mondial, fantassin des pelouses de Top 14 et de Pro D2 avant de se retrouver à Béziers.

Maître à jouer du Portugal, Samuel Marques va prendre sa retraite internationale, comme plusieurs autres coéquipiers.
Maître à jouer du Portugal, Samuel Marques va prendre sa retraite internationale, comme plusieurs autres coéquipiers. - Charly Triballeau

L’ancien Palois et Toulousain (35 ans) n’est pas un influenceur. S’il évoque Dubaï, c’est pour la pénalité qu’il y avait réussie dans les arrêts de jeu du match contre les Etats-Unis, le 16 novembre dernier, afin d’arracher un nul (16-16) et par là même la qualification pour ce Mondial. Les Portugais n’auraient jamais participé à ce tournoi de repêchage (en compagnie aussi de Hong Kong et du Kenya) si leurs voisins espagnols ne s’étaient pas vus déchirer leur billet pour le Mondial gagné sur le terrain (comme quatre ans plus tôt) pour avoir aligné un joueur non qualifié.

L’héritage de Lagisquet

« Os Lobos » n’ont pas oublié par où ils sont passés avant de signer cette Coupe du monde haut de gamme, au cours de laquelle ils avaient déjà bien enquiquiné les Gallois (défaite, 8-28) et les Australiens (14-34). Lagisquet est arrivé en 2019 au chevet d’une sélection en grandes difficultés, dans un pays où le rugby pèse à peine plus que le quidditch. Quatre ans plus tard, il laisse en héritage une équipe qui a marqué les esprits par son beau jeu, mais pas seulement. « En mêlée, on ne s’est jamais fait ouvrir », tonne le volubile pilier vétéran de Béziers (encore et toujours !) Francisco Fernandes (38 ans), auteur du deuxième essai face aux Fidjiens avant de sortir, le bras gauche en vrac.

« C’est le match dont je vais parler jusqu’à la fin de ma vie », sourit le Landais, rejoint par un autre trentenaire franco-portugais, le talonneur Mike Tadjer, qui a joué le dernier match de sa carrière. « Après ça, on peut mourir demain ! »

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Le panel choisi ci-dessus ne doit pas laisser croire que la meute des Loups n’est constituée que de binationaux en fin de parcours. « Les perspectives sont intéressantes, même s’il y a des joueurs clés qui vont arrêter, souffle Lagisquet. Il y a des jeunes au Portugal qui ont des gabarits, le déplacement et la vitesse pour jouer à ce niveau. Le poste le plus difficile à remplacer va être celui de numéro 9. Pour trouver quelqu’un qui peut prendre le relais de Sam [Marques], ça va être compliqué, même si Pedro Lucas est capable de donner beaucoup de vitesse au jeu et que João Belo a aussi de bonnes qualités. »

L’éternel problème du manque de gros adversaires

Ces deux-là sont des « Portugais du Portugal », comme les jeunes Storti, Marta ou encore Portela, en attendant « la très bonne génération U18 ». « Si la fédération continue à placer des joueurs dans des clubs français, si la franchise des Lusitanos devient semi pro, à l’image des Fijian Drua [en Super Rugby], le rugby portugais peut continuer à progresser car il y a beaucoup de passionnés investis », détaille le désormais ex-entraîneur, qui « va avoir une statue au pays », s’esclaffe Fernandes.

Encore faut-il que les Lusitaniens, abonnés au Tournoi des VI Nations B, aient la chance de se frotter à de plus gros pays hors Mondial, ce qui est loin d’être acquis, comme pour les autres « petites » nations. Mais, ce dimanche soir, avant de parler futur, nouvel entraîneur et changement de générations, le moment était surtout à la célébration de ce moment d’histoire que tous les acteurs avaient conscience d’avoir écrit, avec l’appui d’un public aussi nombreux que vrombissant. « Si on avait évolué dans un stade de 100.000 places, il y aurait eu 100.000 personnes », s’enflamme Francisco Fernandes.

Le pilier Francisco Fernandes a vécu la plus belle soirée de sa carrière à 38 ans.
Le pilier Francisco Fernandes a vécu la plus belle soirée de sa carrière à 38 ans. - Valentine Chapuis

Tremblez, Cristiano Ronaldo et Bernardo Silva, les rugbymen sont là. « On a montré que le rugby portugais existait, assène Marques. Au début, des gens rigolaient un peu de nous. Ils rigoleront moins maintenant. » Les Fidjiens, qui ont sportivement rendu hommage à leurs bourreaux du soir, peuvent témoigner.