Marathon de Paris : Pourquoi les tee-shirts de course ne se sont pas imposés en ville comme le reste du sportwear ?
cours Karl Lagerfeld, cours•De nombreux vêtements sportifs ont su s’imposer en ville depuis les années 2000, sauf un, le tee-shirt de course. Il faut dire que le produit multiplie les fashions faux pas. On vous les dévoile avant le marathon de Paris du 12 avrilJean-Loup Delmas
L'essentiel
- Si vous êtes un jeune urbain, vous réussissez sans honte à sortir en ville avec votre maillot de l’équipe de foot du Mexique, votre casquette Hoka ou vos Air Jordan au pied.
- Seule exception à votre collection sportive et mode, le tee-shirt de course. Non, celui-ci, il ne faut pas pousser, il reste bien au fond du placard et vous avez même du mal à le sortir pour l’entraînement.
- Pourtant, la course à pied est devenue un sport extrêmement populaire – ce dimanche se tient le marathon de Paris avec près de 60.000 inscrits –, mais le tee-shirt de course a juste trop de défauts pour percer en ville.
Parce qu’ils sont moches. Merci d’avoir suivi cet article sur 20 Minutes, et on se retrouve pour de prochains sujets d’actualité brûla…. Bon O.K., détaillons un peu quand même. Alors que le sportwear s’impose en ville, que des vêtements de football, comme les survêtements du Chelsea FC ou le maillot de Venise, sont pleinement rentrés dans la garde-robe et qu’aucun manager ne sera choqué de voir des salariés débarqués en chaussures Salomon dans l’open space, un vêtement résiste encore et toujours : le tee-shirt de course. Malgré le boom de la discipline, qui a contaminé l’ensemble des CSP + urbains, le tee-shirt du 10k, semi, marathon ou trail, souvent reçu avant (ou après, pour le tee-shirt finisher) une course officielle, reste sagement rangé au placard.
Au mieux, il dépanne à l’entraînement faute d’avoir autre chose à se mettre. Au pire, il finit directement à la poubelle. En aucun cas, il ne sort en ville, au travail ou dans les défilés. Rendez-vous est donc pris au centre sportif des Poissonniers (Paris) demander aux coureurs en pleine fin de séance les fashions faux pas de ce tee-shirt.
Parce que oui, quand même, ils sont moches
« C’est importable tellement c’est laid, juge Sébastien, 29 ans. Même pour courir, je ne les mets pas, alors dans la vraie vie… » Les griefs sont nombreux. Moïra Cristescu, créatrice de mode, sort pour une fois la tronçonneuse au lieu du dé à coudre : « Ces tee-shirts ont une forme basique, une coupe banale et une taille standardisée. En faisant de la production de masse pour convenir au plus grand monde, cela finit par ne bien aller à personne. »
Sans oublier l’éléphant au milieu de la pièce : les couleurs, qui se situent souvent entre la crise d’épilepsie et un Picasso trop inspiré. « A chaque fois, il se surpasse dans l’horreur », commente encore Sébastien. Avec un peu plus d’expertise, Moïra Cristescu confirme : « Les couleurs sont soit trop criardes, soit trop basiques, car appartenant à la charte graphique de l’évènement, devant être instantanément reconnaissable. »
Le maillot a souvent peu d’identité visuelle : « Il y a un manque de personnalité, d’un design plus branché ou sportif, ou au moins d’un pari esthétique. Vous ne verrez jamais un tee-shirt oversize en course à pied par exemple », poursuit l’experte. Résumé par Pauline, 32 ans : « C’est à la fois moche et banal. Si c’était moche mais audacieux, à la Desigual, pourquoi pas. Mais là… »
Parce qu’il manque de prestige
Le 12x400 mètres est la plaie de tous les coureurs, et après avoir bouclé cette séance de torture, Thomas, 25 ans, se met à délirer : « On aurait pu imaginer une certaine cohérence entre les différentes éditions d’une même course. » Tout comme un maillot du Real Madrid de 2026 ressemble à un maillot du Real Madrid de 1996 ou même de 1956… Il prend l’exemple du 20K de Paris, « de loin sa course préférée. Entre l’édition 2024 et 2025, les tee-shirts n’ont rien à voir. Cela ne donne pas un style propre, ou un marqueur ».
Sophia Malagola, créatrice de mode et ancienne directrice des collections chez DIM et Etam relance :
« Il y a des courses plus prestigieuses que d’autres, par exemple le marathon de Paris, mais les tee-shirts ne suivent pas. Ils se ressemblent tous, quelle que soit la course. »
Loin du maillot de football, « un objet tellement à part, noble, souvent associé à un évènement comme la Coupe du monde de football ». Rien de tout ça, dans le monde de la course à pied. « On aurait pu imaginer des tee-shirts collectors post-marathon, à un prix plus élevé. »
Parce que ça fait prétentieux
Seul prestige possible, porter un tee-shirt de « finisher », montrant l’exploit accompli en courant 10, 21 ou 42 bornes. Mais contrairement aux apparences, oui, un coureur sait être modeste. Ou plutôt, le bougre insupportable peut finir par être gêné en cas d’excès de prétention mégalomane. « Objectivement, le tee-shirt du marathon 2024 est beau », reconnaît Sébastien. « Mais circulez avec, c’est vraiment porter une pancarte "REGARDEZ, J’AI COURU UN MARATHON". »
Rien à voir avec un maillot de Zidane ou Neymar, « un hommage à un sportif qu’on aime, pas à nous-même », poursuit Thomas ou des chaussures sportwear « qui ne revendique aucun exploit sportif. Avec des Hoka, on sait qu’on court, mais on court modestement ».
Parce que ça ne tient pas dans le temps
La production à la chaîne implique aussi un autre biais : « de la mauvaise qualité », tranche Sophia Malagola. Concrètement, les coutures sont mal faites, cassent facilement, « le tee-shirt résiste mal aux lavages » (on y reviendra). Il finit vite troué, délavé, rapetissé, commentent tous les coureurs interviewés. « Du coup, on les porte peu, ou on n’a pas le temps de s’attacher », complète Thomas.
Sans compter que la physique-chimie a ses lois implacables. En l’occurrence, l’odeur de transpiration et les fibres synthétiques font (littéralement) mauvais ménage, créant des réactions chimiques dont les bactéries se nourrissent en produisant des composés malodorants qui imprègnent les vêtements. « Au bout d’un moment, il n’y a plus rien à faire », poursuit Pauline, qui a tout tenté, du bicarbonate de soude, du vinaigre et la pierre philosophale pour gommer l’odeur. « Si on paraît moche et en plus qu’on pue… ».



















