France - Suède : Comment les Bleus ont réussi à élever le football au rang d’art
c’est de toute beauté•Après une nouvelle grosse performance, l’équipe de France s’est qualifiée pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde en battant la Suède (3-0)Antoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- L'équipe de France s’est qualifiée pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde en battant facilement la Suède (3-0), mardi à New York.
- Avec un doublé de Kylian Mbappé et deux passes décisives de Michael Olise, les Bleus ont réalisé un superbe match, avec une prestation collective aboutie.
- Ce qui a rendu fier le sélectionneur Didier Deschamps : « Il y a une bonne connexion. Quand on a besoin de faire des efforts avec le ballon, tout le monde est concerné, les attaquants aussi. C’est une très bonne chose. »
De notre envoyé spécial à New York,
Il va falloir se faire une raison. Venir au stade avec un maillot ou une écharpe des Bleus tout en hurlant notre amour pour Kylian Mbappé est passé de mode. La prochaine fois que vous assistez à une rencontre de l’équipe de France, parez-vous de votre plus beau smoking, prenez une pipe, un monocle et admirez. Il vous faudra déambuler dans les couloirs de l’arène, vous arrêter le regard interrogateur et profond quand Michael Olise a le ballon ou analyser les mouvements de course de manière très pensive.
L’équipe de France n’est plus une équipe de football. Elle est devenue ces dernières semaines une œuvre d’art. Qualifiés pour les huitièmes de finale après une démonstration face à la Suède (3-0), mardi, les Bleus apportent un nouveau courant à l’impressionnisme. Le principe est simple : utilisation de couleurs bleu ou vert menthe en utilisant la technique du collectif. Des points soudés avec des instants fugaces qui font passer l’œuvre dans une nouvelle dimension.
Un nouveau courant impressionniste
Comme par exemple ce ciseau retourné incroyable totalement à l’instinct de Michael Olise à l’entrée de la surface de réparation qui finit sur le poteau, ce but en solitaire de Kylian Mbappé après un petit numéro dans la défense suédoise, ces passes dans le dos de la défense suédoise du même Olise, ce crochet dévastateur de Bradley Barcola qui envoie deux défenseurs à terre… N’en jetez plus, la palette est pleine.
A la base de ce nouveau mouvement, Didier Deschamps. Comme Claude Monet, pape de l’impressionnisme qui a eu toutes les peines du monde à être reconnu pour les nouveautés qu’il apportait à la peinture, le sélectionneur des Bleus, plutôt adepte du monochrome que plus personne ne prenait plaisir à regarder, a mis du temps avant de trouver la bonne technique. Et c’est quelques semaines avant de ranger les pinceaux qu’il a réussi à mettre la main sur le bon mélange de couleurs pour un cocktail explosif, avec ces quatre attaquants alignés en même temps.
La recette a marché à outrance face à la Suède : plus de 60 % de possession, 25 tirs dont 12 cadrés, plus de 550 passes… L’œuvre réalisée a été la plus aboutie de ce début de cette Coupe du monde. Et les trois petits buts encaissés ne sont rien par rapport à l’énorme valise qu’auraient dû transporter les coéquipiers de Viktor Gyokeres dans leur car retour, tant Jacob Widell Zetterstrom a sauvé les siens à plusieurs reprises ou a été sauvé par ses montants.
« Allez-y, trouvez des problèmes »
Les Bleus ont non seulement ultradominé la rencontre, mais ils l’ont surtout fait en amenant une dose de plaisir rarement vue sur l’intégralité d’un match (allez, sauf le premier quart d’heure si on veut chipoter). « Je prends beaucoup de plaisir aussi, a assuré aussi Didier Deschamps en conférence de presse. Il y a une bonne connexion. Quand on a besoin de faire des efforts avec le ballon, tout le monde est concerné, les attaquants aussi. C’est une très bonne chose. C’est quelque chose qui me satisfait, je suis fier de ça. »
Du beau, du beau, de l’excitant… Tout est trouvé pour mettre tout le monde dans le même bateau. Même les ronchons qui voulaient mettre Mbappé de l’autre côté du chevalet ont fini par rendre les armes. « On sait que tout le peuple français est derrière nous, a expliqué Malo Gusto, entré à la place de Jules Koundé en cours de match. On arrive à les faire vibrer, et je pense que c’est à nous de continuer comme ça et de montrer qu’on veut se battre pour la Coupe, tout simplement. »
Tout le monde s’imagine donc déjà voir les Bleus lever les bras dans ce même stade à New York le 19 juillet. Et tant pis si, parfois, on oublie les petites taches qui peuvent apparaître, notamment sur le côté gauche du tableau. D’ailleurs Didier Deschamps a exhorté les critiques à continuer à chercher des failles pour ne pas qu’il y ait d’enflammade générale.
Toute l'actu de la Coupe du monde« Il y a toujours des choses à améliorer, a assuré le sélectionneur. Allez-y, trouvez des problèmes, c’est bien, il ne faut pas que tout soit tout beau, tout rose. On n’est qu’en huitièmes, il faut apprécier, redescendre pendant quarante-huit heures, rebasculer et remettre ça. » On attend donc une toile encore plus parfaite face au Paraguay. Il se pourrait que des petites pointes de rouge viennent donner un peu de peps au tableau au vu de l’agressivité des Sud-Américains. De toute façon, un peu de sang, ça n’a jamais fait de mal dans la peinture. N’est-ce pas Vincent van Gogh ?


















