Chelsea-PSG : Le foot anglais en pleine crise existentielle, entre jeu chiant, corners en pagaille et faillite en Europe
farmers league•Les critiques sur la qualité de la Premier League vont bon train, et les résultats des 8es de finale aller de Ligue des champions n’arrangent rien au cas du football anglaisWilliam Pereira
L'essentiel
- La Premier League connaît une explosion des buts sur phases arrêtées en 2025-2026 avec 28,3% des buts inscrits sur coups de pied arrêtés, contre 19,8% en 2023-2024, Arsenal étant devenu le symbole de ce pragmatisme critiqué par de nombreux observateurs du football.
- Le niveau du contenu des matchs des équipes anglaises a fait l'objet de nombreuses déclaration après le match entre Arsenal et Chelsea au début du mois. Les Gunners s'étaient imposés 2-1 et les trois buts avaient été inscrits sur coup de pied arrêté.
- Une crise esthétique à laquelle s'ajoute une crise de résultats en dehors du pays. Les clubs anglais, malgré leur domination en phase régulière de Ligue des champions, se retrouvent en difficulté avant les 8es de finale retour. Tottenham, Chelsea et Manchester City sont en très mauvaise posture.
De notre envoyé spécial à Londres,
Le frigo du divertissement est vide en Premier League, alors on se marre avec le peu que le foot anglais a à nous offrir. Par exemple, Igor Tudor qui semble confondre son propre adjoint Allan Dixon avec Arne Slot avant Liverpool-Tottenham, dimanche dernier. Deux hommes chauves qui se ressemblent, c’est toujours plus drôle qu’une énième victoire d’Arsenal grâce à un but crado sur phase arrêtée.
Avant de retrouver Leverkusen en 8e de finale retour de Ligue des champions, les Gunners se sont imposés ce week-end contre Everton (2-0) sur deux buts en toute fin de match après avoir pris un bouillon pas possible en première période. L’ouverture du score à la 89e ? Un affreux coup de billard pour un « tap-in » de Gyokeres après une touche jouée rapidement, à vous faire regretter le bon vieux kick and rush sur des champs de patate. Paul Scholes l'a décrêté : si les Londoniens décrochent le titre avec un football aussi laid, ce sera « le pire » champion de l'histoire.
28,3 % de buts inscrits sur coups de pied arrêtés en Premier League
Certes, Arsenal a troqué l’idéal du beau jeu contre un pragmatisme contraire à sa nature, mais que celui qui n’a jamais perdu foi en ses principes en ayant échoué à la 2e place du championnat avec 89 points et 91 buts marqués jette la pierre à Mikel Arteta. Sur le plateau de CBS, Thierry Henry a décidé de ne pas être cet homme :
« Les gens se plaignent maintenant qu’Arsenal a trouvé un moyen de gagner des matchs. Nous [Arsenal] n’avons pas été brillants contre le Bayer Leverkusen, mais même lors d’une mauvaise soirée, nous avons trouvé le moyen d’obtenir le match nul. C’est ce que font les grandes équipes. »
Qu’un club obsédé par la quête du graal le fasse est une chose. Que tout le Royaume se mette à jouer la même partition soporifique en est une autre. Lâchée simultanément par ses deux moteurs esthétiques - le second est Manchester City, devenu quasi quelconque - le football anglais est devenue en l’espace de quelques mois le territoire des buts sur phase arrêtée. Et chiant par la même occasion. Le comparatif avec les saisons précédentes traduit une rupture très nette.
Saison 2023-2024 : 130 buts sur corner, 19,8 % de buts inscrits sur corner, coups francs et touches.
Saison 2024-2025 : 135 buts sur corner, 20,6 % de buts inscrits sur corner, coups francs et touches.
Saison 2025-2026 (en cours) : 105 buts sur corner, 28,3 % de buts inscrits sur corner, coups francs et touches.
« Où sont les joueurs qui dribblent ? »
Le point de non-retour a été atteint lors du dernier Arsenal-Chelsea. Servir 90 minutes de bouillie et trois buts sur corner dans un match vitrine à une audience mondiale n’était clairement pas l’idée du siècle, et le foot anglais se fait pourrir depuis lors, quand il ne s’autoflagelle pas. « Maintenant, la plupart des matchs que je vois en Premier League ne sont pas, pour moi, un plaisir à regarder », constatait Arne Slot au début du mois.
« J'ai regardé Chelsea-Arsenal, quel match de football complètement nul, a quant à lui dézingué le Ballon d’Or 1987 Ruud Gullit. Je vois des joueurs essayer de créer des corners, essayer de créer des remises en jeu, je vois des ramasseurs de balles prêts à donner des serviettes aux joueurs. La joie me manque. Je n’apprécie tout simplement plus le football. Tout le monde exécute des tâches sur le terrain. Où sont les joueurs qui dribblent ? »
Réponse : ils sont pris au piège du marquage. Pour Mikel Arteta, il s’agit de la base de tous les maux. « Si tous les entraîneurs s’accordent pour dire qu’on ne peut pas défendre en un contre un, demain, on aura une ligue différente. Je vous le garantis. »
Dans une brillante palette tactique dont il a le secret, Thierry Henry ajoutait à ce paramètre une défense en bloc plus positionnelle en essuie-glace et moins téméraire des équipes anglaises lorsqu’elles n’ont pas le ballon. « Ils ne défendent plus comme ça [vers l’avant] mais sur la largeur. » Celles qui ont la possession se retrouvent sevrées de situation dangereuses, donc d’occasions et le spectateur… de spectacle. Le tout aboutissant à un autre chiffre flippant distillé par le champion du monde 1998.
« Parmi les joueurs qui font le plus de passes [en PL], il y a dix ans vous aviez Cesc Fabregas (2.743 passes). Maintenant, c’est Virgil van Dijk (2.205 passes). Vous avez des défenseurs qui ont plus souvent le ballon. Pourquoi ? Parce que plus personne ne les presse. Il n’y a plus d’espaces au milieu de terrain [donc le ballon revient derrière]… En fait, les équipes ont tellement peur de subir une contre-attaque qu’elles gardent trop le ballon [sans prendre de risques]. » Là encore, à y regarder les chiffres de plus près, ça fait sens. De 38 buts sur contre-attaque en 2015-2016 et 47 en 2016-2017, la Premier League est passée à 112 en 2024-2025.
Pour Mathys Tel, les coups de pied arrêtés en Angleterre, « c’est le zoo »
On comprend donc que la tendance des corners n’est en fait que le fruit d’une réaction en chaîne amorcée il y a plusieurs années : hégémonie du jeu de possession > hégémonie du jeu de transition > désamorçage par la possession stérile > moins de situations à travers le jeu > CPA comme principaux pourvoyeurs de situations de buts.
La grande majorité des équipes anglaises se sont mises à imiter Arsenal en engageant des coachs spécialisés dans les coups de pied arrêtés - ou à les virer quand ça ne marche pas, comme à Liverpool. Chaque corner est devenu une partie d’échecs dans la partie d’échecs, jusqu’à frôler le grand n’importe quoi. La nouvelle lubie d’Arsenal ? Restreindre les mouvements des défenseurs et du gardien adverses sur les coups de pied arrêtés dans la surface.
« On est à une espece de carrefour tactique, remaque Darren Tulett, qui commentera dimanche la finale de Carabao Cup pour beIN Sports. Guardiola et Arteta ont imprimé leur style avec une envie de garder le ballon à tout prix mais en même temps il y désormais cette volonté de se fier à ces corners, ces coups francs, où l'on met une minute pour tirer et où il y a 14 mecs qui dansent les uns avec les autres dans les six mètres. C'est un mix entre ce coté européen où on essaie de sortir proprement, qui donne lieu à des buts gags comme lors de PSG-Chelsea et en même temps on revient à des longues touches comme dans le foot anglais à l'ancienne. »
Le foot anglais, zone de non-football, la surface de réparation, zone de non-droit ? Interrogé par Zack Nani, l’attaquant français de Tottenham Mathys Tel dit ne plus vouloir s’y aventurer sur les balles arrêtées défensives.
« J’ai dit à l’entraîneur des coups de pied arrêtés ''ne me mets pas au marquage'', parce que c’est le zoo ! On est tous collés, tout le monde se pousse, s’envoie au sol, se tient… Laisse tomber. Le gardien ne peut plus sortir… C’est un football qui… je ne sais pas en fait. Même moi, des fois, je regarde des matchs et je me dis 'mais pourquoi ? Ce n’est pas nécessaire ! »
Les clubs anglais en danger avant les 8es de finale retour de C1
Fort heureusement, la mayonnaise ne prend pas (ou plus) à l'international en ce début d’année 2026. Si les Anglais ont dominé la phase régulière en Ligue des champions, le paradigme s’est complètement inversé lors de la phase aller des 8es de finale de Ligue des champions. Les voilà pour la plupart en fâcheuse posture avant les 8es de finale retour : Tottenham, Chelsea et Manchester City auront besoin d’un miracle pour se qualifier, Liverpool a un but à remonter, tandis qu’Arsenal et Newcastle se sont contentés d’un nul à l’aller. « En général, l’absence de trêve hivernale n’est pas avantageuse pour les clubs anglais », essayait d’expliquer Arne Slot ce week-end.
L’autre excuse est de dire que tous les clubs anglais, à l’exception des Magpies, ont joué à l’extérieur. Dans tous les cas, le manager de Liverpool exhorte à la patience avant de faire le procès du football anglais. « Jugeons-nous d’abord tous après la semaine prochaine [cette semaine] et peut-être même qu’il sera encore trop tôt pour tirer des conclusions. » Sauf si tout ce beau monde passe à la trappe à force de trop miser sur les phases arrêtées. « Le 0/6 c’est plausible, et ça serait un énorme choc en Angleterre », prévient Tulett. Et si c'était eux, la nouvelle Farmers league?



















