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Sainte-Lucie se révèle au monde grâce à sa jeune « icône » Julien Alfred

JO 2024 : Sainte-Lucie se révèle au monde grâce à sa jeune « icône » Julien Alfred

C’est marqué dans les livresLa petite île des Caraïbes de moins de 200.000 habitants se fait un nom sur les JO de Paris 2024 grâce à sa sprinteuse Julien Alfred, victorieuse du 100 m et en lice pour le doublé sur 200 m ce mardi
Jérémy LaugierAdrien Max

Jérémy Laugier, Adrien Max

L'essentiel

  • Pour sa première participation à des Jeux olympiques, Julien Alfred a remporté la médaille d’or sur le 100 m féminin samedi et compte bien signer le doublé sur 200 m ce mardi (21h40) au Stade de France.
  • L’athlète de 23 ans est très fière de représenter Sainte-Lucie, petite île des Caraïbes comptant moins de 200.000 habitants.
  • Le sacre de Julien Alfred constitue la première médaille sur des Jeux pour Sainte-Lucie, qui compte entre deux et six athlètes présents sur chaque JO depuis Atlanta en 1996.

Au Stade de France,

On l’avoue, voir s’élever dimanche soir au Stade de France un mystérieux drapeau bleu azur, avec trois triangles jaune, noir et blanc superposés, nous a poussés à tester la culture générale sans faille d’une partie de notre répertoire téléphonique. Il y avait en effet pour les « Athlétix » (dont nous) une dimension surréaliste de voir ce drapeau, qui représente notamment les deux Pitons de son île, sur le toit du monde, au-dessus de deux drapeaux américains, pour la course féminine la plus prisée au monde, à savoir le 100 m des JO de Paris 2024.

Alors, je suis, je suis… Sainte-Lucie, île méconnue des Caraïbes de moins de 200.000 habitants, où a vécu jusqu’à ses 14 ans Julien Alfred, nouvelle reine du sprint dès sa première participation olympique, samedi soir à Paris. « Je suis bénie de vivre ce moment, a confié dimanche à 20 Minutes l’athlète de 23 ans, qui peut légitimement viser le doublé lors de la finale du 200 m, ce mardi (21h40). J’ai repensé à tout ce long voyage pour en arriver là. Quand l’hymne de Sainte-Lucie a retenti, j’ai songé à mon pays et au sourire des gens là-bas en voyant ces images. »

Mais quel est donc ce pays ayant su se hisser devant les Etats-Unis sur le 100 m féminin ?
Mais quel est donc ce pays ayant su se hisser devant les Etats-Unis sur le 100 m féminin ? - J. Laugier / 20 Minutes

Objectif : ne plus avoir besoin de quitter Sainte-Lucie

Car au-delà de sa consécration personnelle, dans la foulée de son titre de championne du monde en salle sur 60 m en mars à Glasgow, Julien Alfred est bien consciente qu’il s’agit de la toute première médaille olympique de l’histoire pour Sainte-Lucie, qui compte systématiquement entre deux et six athlètes aux Jeux depuis Atlanta en 1996. « Pouvoir avoir un impact sur la jeunesse de mon pays a toujours été l’un de mes rêves, précise avec émotion la jeune athlète, qui a perdu son père à 13 ans. J’espère vraiment passer le message qu’on peut croire en ses rêves, même lorsqu’on vit dans un tout petit endroit. »

Partie ado en Jamaïque puis aux Etats-Unis pour son cursus universitaire, Julien Alfred a lancé en avril sa fondation, qui vise à répondre aux besoins pressants en fournitures scolaires et en équipements sportifs à Sainte-Lucie. « Le but, c’est qu’après Michael Joseph et moi, plus personne n’aura besoin de quitter Sainte-Lucie pour ambitionner devenir champion olympique, précise la sprinteuse. A nous de faire progresser notre pays structurellement dans ce sens. » Nous avons justement rencontré à Saint-Denis son compatriote Michael Joseph, tout juste éliminé dès les séries du 400 m.

Toute la joie de Julien Alfred, qui a su prendre le meilleur samedi sur les Américaines Sha'carri Richardson et Melissa Jefferson pour offrir à son île une médaille d'or.
Toute la joie de Julien Alfred, qui a su prendre le meilleur samedi sur les Américaines Sha'carri Richardson et Melissa Jefferson pour offrir à son île une médaille d'or.  - U. Pedersen/Cal Sport Media/Sipa

« Julien inspire énormément la jeunesse de notre île »

« Julien est un talent spécial et on savait que de belles choses allaient arriver pour elle », explique cet athlète de 21 ans, qui a connu le même parcours de vie que la nouvelle championne olympique, de Sainte-Lucie aux Etats-Unis en passant par la Jamaïque. Le porte-drapeau de la petite délégation sainte-lucienne, qui avait partagé un bateau avec Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Saint-Marin pour la cérémonie d’ouverture sur la Seine, explique le message fort que ce sacre majeur peut envoyer dans cette île indépendante depuis 1979 et rattachée au Commonwealth.

« Lorsque notre hymne a retenti, j’ai ressenti la même joie que Julien. C’était un moment incroyable qui restera à tout jamais dans ma tête. Beaucoup de jeunes l’admirent à Sainte-Lucie, et moi aussi je l’admire. Nous avons grandi ensemble et elle est toujours une icône à mes yeux. Elle inspire énormément la jeunesse de notre île. Son succès permet à tout le monde de se rendre compte qu’il est possible de réussir. »

Michael Joseph

Dans notre quête de cette belle histoire caribéenne des JO de Paris 2024, on a découvert que le troisième athlète de Sainte-Lucie sur ces Jeux, le nageur Jayhan Odlum-Smith (22 ans), avait signé son record personnel sur 100 m nage libre à Paris en 50,39 s, sans parvenir à passer les séries. Nous avons également rencontré le quatrième et dernier qualifié saint-lucien pour ces Jeux, Luc Chevrier (25 ans), aux côtés de son laser à la Marina olympique de Marseille.

« Les Jeux olympiques ont du sens pour ça »

« J’aurais aimé gagner la première médaille pour Sainte-Lucie mais c’est très bien que Julien l’ait fait, sourit celui qui vit à La Rochelle. Ma mère et mon frère sont à Sainte-Lucie et ils m’ont dit à quel point l’île est en feu depuis ce titre. Tout le monde est sorti de chez soi pour partager cette course, c’était vraiment la fête. » Selon Luc Chevrier, « il y a sur cette île de nombreux jeunes qui ont cette faim de percer à l’international et l’incroyable victoire de Julien va créer de la visibilité et permettre de trouver des financements pour y faire progresser le sport ».

Jeune sprinteuse des Iles Vierges britanniques, Adaejah Hodge (18 ans) connaît bien ces enjeux elle aussi : « Je sais à quel point c’est dur de se faire connaître du monde entier quand on vient d’un petit pays comme Julien. Mais les Jeux olympiques ont du sens pour ça : apporter la lumière sur ton île grâce à de bonnes performances sportives. Je suis très fière d’elle, elle est tellement inspirante et a fait beaucoup de sacrifices. Et elle contribue à mettre de petits pays sur la carte du monde. »

From Vosges to Sainte-Lucie very quickly

Et niveau petit pays, Sainte-Lucie se pose là, avec son nombre d’habitants comparable aux agglomérations de Toulon, Reims et Saint-Etienne. D’un coup, la touche dépaysante de ce sujet est moins folle, et sachez d’ailleurs que Luc Chevrier est né… à Remiremont, petite commune des Vosges, avant de partir vivre une grande partie de sa jeunesse à Sainte-Lucie, et donc de rejoindre La Rochelle « pour continuer à progresser en voile ».

Notre dossier sur les JO

Son « énorme fierté » de représenter Sainte-Lucie (d’où est originaire sa mère), avec qui il espère viser une médaille en 2028 à Los Angeles, se ressent lorsqu’il nous joue les Jean-Paul Ollivier caribéens : « C’est une île avec beaucoup de plages incroyables, des barrières de corail, de l’eau turquoise pour plonger et y voir des petits poissons. Il n’y a pas mieux. » On regrette subitement de n’avoir en commun avec lui que notre lieu de naissance.