JO 2024 – Finale du 100 m : Les six histoires étonnantes autour du sprint le plus serré de l’histoire des Jeux
SUSPENSE OLYMPIQUE•Si le favori américain Noah Lyles a bien remporté, dimanche au Stade de France, son premier sacre olympique sur 100 m en 9,79 secondes, il n’a devancé le Jamaïcain Kishane Thompson que de 5 millièmes dans une course dingueJérémy Laugier
L'essentiel
- Les JO de Paris 2024 viennent de vivre dimanche soir un gros temps fort, avec la finale du 100 m masculin au Stade de France.
- Dans une ambiance électrique, ce sprint a donné lieu à une sacrée bataille entre Américains et Jamaïcains, dont est sorti vainqueur Noah Lyles.
- 20 Minutes vous décrypte les six histoires étonnantes autour de ce 100 m dans lequel les huit finalistes sont parvenus à passer sous la barre des 10 secondes.
Au Stade de France,
En rejoignant le RER de Saint-Denis, vers 23h30 dimanche, on ne s’attendait certainement pas à voir des supporters jamaïcains et suisses partager un remake d’une scène de Rasta Rockett, avec bobsleigh imaginaire à l’appui. Mais après tout, on pensait encore moins vivre un final de soirée d’athlétisme des JO de Paris 2024 aussi haletant. Vainqueur du 100 m olympique en 9,79 secondes, l’Américain Noah Lyles n’a ainsi devancé le Jamaïcain Kishane Thompson que de 5 millièmes, dans un Stade de France en transe.
« C’est probablement l’une des plus belles courses auxquelles j’ai participé », soulignait la médaille de bronze US Fred Kerley. Et pour cause, pour la première fois de l’histoire des Jeux, comme l’a indiqué le compte X OptaJean, une finale du 100 m voit l’intégralité de ses huit participants franchir la ligne dans un temps sous les 10 secondes. De quoi nous donner envie de vous raconter les six principales histoires autour de ce sprint dément.
Un avant-départ interminable
Noah Lyles a déboulé sur la piste du Stade de France avec des bonds de kangourou, à 21h50 dimanche. Quelques secondes plus tard, les huit athlètes qualifiés pour la finale étaient prêts à en découdre dans l’arène. La grande explication allait donc vite avoir lieu. Enfin ça, c’est ce qu’on pensait naïvement. Il a en effet fallu attendre plus de quatre minutes pour que la musique (un brin reloue) dans le stade de Saint-Denis s’arrête et que les sprinteurs puissent prendre place dans les starting-blocks.
Mais pourquoi ce décalage dans une finale programmée à 21h50, ce qui a ajouté son lot de tensions à l’affaire ? En conférence de presse après la course, un journaliste a annoncé aux athlètes que ce retard aurait été dû à la tentative d’intrusion d’un spectateur au niveau de la piste. Une hypothèse confirmée par Tony Estanguet ce lundi midi. Les sprinteurs n’avaient en tout cas rien remarqué (nous non plus), mais Noah Lyles assurait ne pas avoir été perturbé du tout.
« Je n’ai vu personne sur la piste, précise l’Américain de 27 ans. En attendant si longtemps avant d’entendre réellement "À vos marques", j’ai été choqué : cette foule était incroyable. Elle m’a donné l’énergie que j’espérais. Je ne pouvais pas avoir un meilleur public. » Pas un si gros point noir que ça donc, à en croire les principaux intéressés.
Noah Lyles est dernier après 40 m
On peut décidément être un redoutable sprinteur tout en passant à côté de ses départs. Il s’agit de la marque de fabrique de Noah Lyles, qui a besoin de nombreuses foulées avant de produire son effort le plus tranchant. Ceci dit, il n’est quand même pas banal de voir un futur champion olympique (dans quelques secondes, quoi) toujours figurer au fond de la course (8e) après 40 m. C’est ce qui est arrivé dimanche à Noah Lyles, même s’il faut préciser qu’il ne comptait à cet intant-là que 0,02 seconde de retard sur le leader Kishane Thompson.
Lyles annonce à Thompson sa victoire (à tort)
Septième après 50 mètres, troisième après 60 mètres, Noah Lyles s’apprête à réussir le coup parfait en doublant tout ce beau monde in extremis. Sauf qu’après la ligne, alors que le flou semble entourer l’ordre d’arrivée, le nom de Kishane Thompson apparaît le premier à l’écran… avant d’être remplacé par la mention « vidéo ». Durant ces trente secondes d’incertitude totale, Noah Lyles vient souffler un mot à Thompson.
« J’ai cru qu’il l’avait fait, confie Noah Lyles. Quand on attendait que le résultat s’affiche, je lui ai dit : "Je crois que celle-là est pour toi, mon pote". Et là, quand j’ai vu mon nom, mon Dieu… Je vais être honnête : je ne m’attendais pas à voir mon nom apparaître en premier à l’écran. » Pour autant, Kishane Thompson n’avait pas fermé la porte au coup de clim tant redouté le concernant : « Je lui ai répondu que je n’en étais pas sûr, c’était tellement serré ». Le verdict tombe alors : 9,784 vs 9,789 en faveur de l’Américain, fou de joie d’avoir été sauvé par le VAR.
Le pied de Thompson a-t-il franchi la ligne en premier ?
Promis, on ne vous parle pas ici d’un hors-jeu en Ligue 1 mais d’un élément déterminant pour bien comprendre pourquoi l’or bascule d’un côté et pas de l’autre. Non, sur la superbe photo aérienne (à retrouver ici), on peut noter que le pied de Thompson (ligne 4, en jaune) mais aussi celui de Fred Kerley (ligne 3, en bleu et rouge) franchissent la ligne avant Noah Lyles (ligne 7).
Sauf que le règlement en athlétisme est différent du foot : il indique en substance que l’horloge de course ne s’arrête que lorsque votre torse, et non pas la première partie de votre corps, franchit la ligne. Or on voit Noah Lyles se pencher avec sa poitrine, contrairement à Thompson.
En pareil cas de figure, plutôt que d’aller chercher les millièmes de seconde, ne faudrait-il pas sacrer les deux athlètes, comme ça peut être le cas dans des concours de sauts ? La proposition ne plaît vraiment pas à Kishane Thompson : « Sans chercher à attaquer les autres disciplines, je pense que ce sport est trop dans la compétition pour qu’on se partage une médaille ».
Ecart minus entre le premier et le dernier
Vous l’avez compris, cette course au Stade de France déchaîne observateurs et statisticiens. Car seulement 0,12 seconde sépare le nouveau champion olympique du dernier de ce sprint, le Jamaïcain Oblique Séville (9,91 s).
« Sur la piste, tout le monde est arrivé persuadé de pouvoir gagner cette course, résume Noah Lyles. C’est l’état d’esprit qu’il faut avoir. Je n’ai pas fait cela au milieu d’une course lente. C’était face aux meilleurs des meilleurs dans le plus grand stade, avec la plus grosse pression. Il y a trois ans, je n’étais même pas sur le 100 m. » Son compatriote Fred Kerley précise : « Les gens ne se rendent pas totalement compte que n’importe qui dans cette finale aurait pu l’emporter. »
« Trash-talk » perdant pour Oblique Seville
La décla de Fred Kerley prend tout son sens lorsqu’on voit que le huitième et dernier de la finale de ce 100 m, le bien nommé Oblique Seville, avait fini deuxième des demi-finales derrière son compatriote Kishane Thompson, mais devant Noah Lyles (9,80 s contre 9,83), nouveau phénomène de la courte distance, après s’être surtout consacré au 200 m.
Au moment de franchir la ligne dans cette demi-finale, Oblique Seville avait cherché du regard le champion du monde en titre sur 100 et 200 m. Une attitude qui rappelle son chambrage envers l’Américain, le 1er juin à Kingston (Jamaïque). Noah Lyles n’avait pas apprécié et avait posté un message pour interpeller le Jamaïcain sur X : « Je me souviendrai de ça, Oblique, on se voit à Paris ».
Premier vainqueur olympique américain sur 100 m depuis Justin Gatlin en 2004, Noah Lyles tient son éclatante revanche. On l’avoue, on rêverait de le voir à présent s’incruster au petit-déjeuner des basketteurs de Team USA. Médaille d’or autour du cou, croissant à la main, le sprinteur sortirait alors à toutes les stars NBA : « Au fait, c’est encore l’Allemagne la meilleure équipe du monde, c’est bien ça ? ».


















