JO 2024 – Athlétisme : « J’ai mis Belize sur la carte »… Le 100 mètres, meilleur moyen de réviser sa géographie
Le dessous des cartes•Le tour préliminaire du 100 mètres offre à certains athlètes venus de contrées très éloignées l’occasion de découvrir les Jeux olympiquesAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Chez les hommes et les femmes, le tour préliminaire du 100 mètres permet de faire le tour du monde sans bouger de sa chaise.
- Des micropays, comme Nauru ou Kiribati, envoient des athlètes, qui n’ont, certes, pas de grandes chances de poursuivre l’aventure, mais vivent l’aventure de leur vie
- Mais l’important, pour ces sprinteurs, est surtout de faire parler de leur île, de leur pays. Et c’est l’occasion pour nous d’améliorer notre géographie.
Au Stade de France,
Ils sont rares, ces moments où on peut prouver notre supériorité intellectuelle au monde. Enfin, au moins à nos proches. Mais alors, quand il s’agit de deviner des drapeaux, on est injouable. A tel point qu’on a dégoûté pas mal de membres de notre famille de participer à ce petit jeu. « Allez, c’est bon Antoine, va t’amuser tout seul. » Ces Jeux olympiques sont justement l’occasion de bien s’amuser, avec des athlètes venus du monde entier.
Mais, quand on a découvert la start-list du tour préliminaire du 100 mètres, ce samedi, on a flanché. La fringale. Toutes nos certitudes se sont envolées d’un coup d’un seul. Nauru, Îles Marshall, Guam, Tuvalu, Timor-oriental… C’est trop, on est tombés sur notre kryptonite. Après le choc, on a quand même réussi à rattraper les représentants de ces petits pays en zone mixte pour tenter de s’améliorer sur GéoGuesser.
De dix heures à deux jours de voyage
Si je vous parle d’un archipel dans le Pacifique Sud, au nord des Fidji, de 26 km2, composé de neuf îles, dont la capitale est Funafuti, vous me répondez Tuvalu. Evidemment. « C’est l’un des plus petits pays du monde, je ne peux pas te faire une grande description, car il n’y a pas beaucoup de terre », nous explique Karalo Hepoiteloto Maibuca, dernier de sa série, mais qui vient de péter le record national du 100 m en 11’30 secondes.
Comme il n’y a pas de bonnes infrastructures sur ses îles, Maibuca a été obligé de s’exiler aux Fidji pour s’entraîner en vue des Jeux, qu’il dispute pour la deuxième fois. Mais rien à voir avec ceux de Tokyo, disputés sans public. Là, devant un Stade France plein à craquer dès 10 heures du matin, notre sprinteur a eu un peu les jambes tremblantes : « J’étais super nerveux, mon cerveau était un peu parti, mais au moins j’ai réussi à finir la course. »
Fierté immense
Il n’est pas le seul. « Tu ne peux pas omettre le cadre et rester concentré uniquement sur ta course avec 70.000 spectateurs dans un stade », témoigne, très ému, William Reed. Le gaillard de 19 ans nous vient des Îles Marshall, et avant de reprendre ses études, il a profité à fond de son expérience olympique pour faire de la « pub » pour son pays, au nord-est de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Au point d’avoir la mâchoire qui se serre et les yeux qui se remplissent d’un drôle de liquide transparent.
« Pour ma première course olympique, mon but, c’est de rendre fier mon pays. C’est une belle île avec de superbes gens. »
La fierté revient à de nombreuses reprises dans les propos de ces sprinteurs venus de très loin. Comme Kenaz Kaniwete, plus jeune athlète à fouler la piste de Saint-Denis (16 ans), qui a fait deux à trois jours de voyage depuis Kiribati, dans le Pacifique central. Le gamin ne maîtrise pas très bien l’anglais, se défend comme il peut face aux rares journalistes. Comme sur la piste, où il a réussi à améliorer son record personnel (11’29 secondes).
« J’ai fait ma partie du taf »
Un peu plus habitué à l’exercice médiatique, avec déjà une participation à Tokyo, Shaun Gill, qui s’entraîne désormais au Texas, est prêt à nous dire tout le bien qu’il pense de Belize : « On est au large du Mexique, j’ai mis seulement dix heures pour venir. On a une culture caribéenne, un peu comme en Jamaïque, où se mélangent plusieurs cultures. Maintenant, j’ai fait ma partie du taf, j’ai mis Belize sur la carte. C’est une sensation énorme de savoir qu’il y a tout un pays derrière moi. »
Winzar Kakiouea, qui nous vient de Nauru, entre la Papouasie-Nouvelle Guinée et les Îles Marshall, a également reçu pas mal de messages venus de sa lointaine contrée. Mais, on aurait été à sa place, on aurait choisi le fond, voir le cross, plutôt que le sprint, Nauru offrant le cadre idéal pour cela.
« C’est dur pour quelqu’un de Nauru de devenir un athlète professionnel parce qu’on n’a pas de piste. Pour en trouver une, et m’entraîner, j’ai dû prendre un ticket pour l’Australie. Nauru, c’est une petite île, tu fais le tour en vingt-cinq minutes. » C’est le temps qu’il nous a fallu pour bien apprendre tous ces « nouveaux » drapeaux.


















