JO 2024 – Athlé : « Les terroristes ont pris ma terre »… L’Afghane Kimia Yousofi, voix des femmes réduites au silence
Libertés•La représentante afghane Kimia Yousofi était alignée sur le tour préliminaire du 100 m, ce vendredi. Mais le plus important était ailleursAntoine Huot de Saint Albin
Au Stade de France,
Ce n’était que le tour préliminaire du 100 m et les principales stars de la discipline, comme Sha’Carri Richardson ou Shelly-Ann Fraser-Pryce étaient encore loin de la piste violette du Stade de France. Avant les premières séries, ce tour de qualification permettait à de nombreuses sprinteuses de réaliser leur rêve ou de découvrir la discipline, comme Sharon Firisua, la représentante des Îles Salomon, qui disputait son premier 100 m en compétition, elle qui était plutôt habituée au marathon.
Pour Kimia Yousofi, le principal était ailleurs. Loin du Stade de France, loin de Paris. L’Afghane, porte-drapeau de sa délégation, a terminé dernière de sa série (13'42 sec), mais une fois la ligne d’arrivée franchie, a enlevé son dossard, l’a retourné et montré à la foule la raison de sa présence à ces JO : « Education, Sports, Our rights (Education, sports, nos droits ». Et s’est longuement confié aux journalistes présents en zone mixte pour dénoncer le régime des talibans.
« Je peux être la voix des filles afghanes »
« Je ressens une responsabilité pour les filles afghanes, qui sont en Afghanistan, parce qu’elles ne peuvent pas parler, elles n’ont pas d’interview, a confié Kimia Yousofi, qui n’a cessé d’enseigner son dossard à la presse. Elles ne peuvent rien faire. Elles doivent rester silencieuses. Je ne suis pas une personne politique, mais je peux être la voix des filles afghanes. »
Six Afghans, dont trois femmes, disputent les JO de Paris. Mais les autorités afghanes ont indiqué qu’elles refusaient de reconnaître Kimia Yousofi et les deux autres femmes de la délégation comme représentatives du pays. « Seuls trois athlètes représentent l’Afghanistan », avait d’ailleurs indiqué à l’AFP Atal Mashwani, porte-parole du gouvernement taliban pour le sport, en parlant des trois hommes.
« C’est ma culture, ma terre, mon pays »
Réfugiée en Australie depuis 2022, pour fuir les persécutions des talibans au pouvoir à Kaboul, Yousofi compte bien profiter de l’exposition médiatique des Jeux pour porter la voix de celles qui sont réduites au silence. « Personne ne peut décider pour d’autres, clame-t-elle. Je suis humaine. Je décide ce que je dois faire, pas quelqu’un d’autre. Je fais juste ce que je pense que c’est vrai. Les femmes veulent des droits fondamentaux, l’éducation, le sport. »
Alors qu’elle vit et s’entraîne désormais en Australie, Yousofi, qui est née en Iran, aurait-elle pu concourir sous la bannière de l’équipe des réfugiés ? « Beaucoup de gens essaient, comme au CIO ou au Comité olympique afghan, de garder ce drapeau debout. Et, moi aussi, de mon côté. C’est ma culture, c’est mon drapeau, c’est mon pays, c’est ma terre. Les terroristes sont venus et ont pris ma terre. Personne en Afghanistan ne le reconnaît comme un gouvernement. »


















