Athlétisme : Briller à Rome, c’est bien, mais à quoi peut-on s’attendre aux JO de Paris pour les Bleus ?
Médailles•Les athlètes français ont régalé au Stadio Olimpico, mais le défi sera encore plus relevé cet été au Stade de FranceQuentin Ballue
L'essentiel
- L’athlétisme français a réalisé des Championnats d’Europe de feu à Rome en raflant 16 médailles, dont quatre en or. Une razzia à laquelle la jeune génération a pleinement contribué.
- L’heure était plutôt à l’inquiétude ces derniers mois avec le bilan famélique des Jeux olympiques de Tokyo (une médaille, en argent, pour Kevin Mayer sur le décathlon) et des deux derniers Championnats du monde (un seul podium en 2022, rebelote en 2023).
- Les athlètes pourront-ils surfer sur la dynamique de Rome pour briller cet été à Paris, malgré la concurrence des Américains, des Ethiopiens et des Cubains ?
La Fédération française d’athlétisme commençait à muer en Fédération française de la lose. Il y a neuf mois, dans la foulée de nouveaux Mondiaux ratés, les dirigeants avaient eu droit à une réunion « tonique » avec la ministre des Sports, déterminée à provoquer « des électrochocs » en vue des Jeux. L’invraisemblable affaire des « erreurs de saisie administrative », qui a failli coûter leur dossard à Azzedine Habz et Simon Bédard, en a remis une couche. Un boulet dont la FFA s’est délestée au rythme des folles soirées dans un Stadio Olimpico clairsemé.
En plus d’une pluie de records personnels, les Bleus ont ramené 16 médailles (quatre en or, cinq en argent, sept en bronze). Du jamais vu depuis l’exceptionnelle cuvée « Zürich 2014 » (25 breloques, dont neuf titres). Ce total de 16 médailles place d’ailleurs cette édition 2024 à la troisième place des Championnats d’Europe les plus prolifiques pour la France, derrière les 25 podiums de 2014 et les 18 de 2010.
Un an après le fiasco des Championnats du monde de Budapest où, avec une seule médaille (l’argent pour le relais masculin du 4x400 m), la France avait terminé au niveau des Îles Vierges britanniques et du Pakistan, l’athlétisme tricolore a retrouvé des couleurs. Une question nous brûle maintenant les lèvres : les médaillés de Rome pourront-ils rester en haut de l’affiche au Stade de France ?
Grosses cotes pour le combiné et les haies
Début août, les regards seront logiquement braqués sur le décathlon, et vers Kevin Mayer, médaillé d’argent à Rio et Tokyo. Fraîchement qualifié, Kéké la braise est un médaillé évident… à condition que son physique tienne le coup. En bronze à Rome grâce à un nouveau record de 8.606 points mardi, Makenson Gletty peut offrir une deuxième cartouche aux Bleus. Il devra toutefois augmenter encore le curseur pour rester dans le haut du panier face aux Canadiens Pierce Lepage et Damian Warner.
Les épreuves combinées pourraient continuer de sourire du côté féminin avec Auriana Lazraq-Khlass. Vice-championne d’Europe de l’heptathlon derrière l’intouchable Nafissatou Thiam, la native de Pithiviers a poussé son record à 6.635 points. Un total qui l’aurait située sur la troisième marche du podium à Tokyo et à Budapest.
En claquant 12"31 sur la piste du Stadio Olimpico, Cyréna Samba-Mayela a elle aussi frappé un grand coup. Son chrono lui aurait permis d’être championne olympique du 100 m haies à Tokyo et championne du monde à Budapest l’été dernier. Une valeur sûre, incontestablement, malgré ses 23 ans. S’ajoutera, à Paris, l’armada des hurdlers masculins, emmenée par Sasha Zhoya, Pascal Martinot-Lagarde et Wilhem Belocian, tous absents à Rome.
Pour eux, tout est permis
Pas de complexes non plus pour Gabriel Tual : le champion d’Europe du 800 m, qui s’était classé septième à Tokyo, arrive à maturité. Son temps de 1'44"87 en finale à Rome l’aurait glissé à quatre centièmes du podium aux Mondiaux de Budapest. Et on veut à tout prix revoir ce fabuleux chapeau en forme de coq sur sa tête le 10 août au Stade de France.
Championne d’Europe du 3.000 m steeple, Alice Finot s’était classée cinquième des Mondiaux l’an passé en établissant un nouveau record de France (9'06"15). Elle devra se faire une place au milieu des Kényanes et de la championne du monde bahreïnienne Winfred Yavi, mais son titre lui a permis de gagner « une énorme confiance dans ma tactique, dans mon placement et dans mon finish ». Si la course ne s’emballe pas trop tôt, la médaille est à portée de pointes : à Tokyo, Hyvin Jepkemoi avait décroché le bronze en 9'05"39.
Ils partent de trop loin
Le doublé Alexis Miellet – Djilali Bedrani sur le 3.000 m steeple se concrétisera-t-il au Stade de France ? Bedrani a de la bouteille, et une cinquième place aux Mondiaux en 2019 derrière lui. La fenêtre de tir sera néanmoins extrêmement serrée avec une concurrence très dense, emmenée par le Marocain Soufiane el-Bakkali et l’Ethiopien Lamecha Girma. Idem pour Thomas Gogois, qui a explosé son record pour arracher le bronze sur le triple saut (17,38 m), mais qui devrait redescendre dans la hiérarchie face aux Cubains et au Burkinabé Hugues Fabrice Zango.
Sur le sprint, pas de miracle à attendre. Hélène Parisot a excellé en battant son RP sur 200 m (22"63) et en enchaînant avec un podium collectif sur le 4x100 m. Le retour des Américaines et des Jamaïcaines laisse cependant peu de place à l’espoir. Louise Maraval, en argent sur 400 m haies, a repoussé ses limites à Rome (et son record), mais devra aller chercher bien plus loin pour espérer une médaille : il fallait courir en moins de 53 secondes pour être sur la boîte à Tokyo et Budapest, et la Vendéenne, âgée de 22 ans, n’a pour l’instant jamais fait mieux que 54"23. Paris arrivera probablement un peu tôt.
Même topo pour Agathe Guillemot, bronzée sur le 1.500 m à Rome mais encore un peu tendre pour tenir la cadence de Faith Kipyegon et des spécialistes africaines. Honorable vice-champion d’Europe du 10.000 m, Yann Schurb, lui, sera probablement emporté par la vague ougandaise. Enfin, il en manquera probablement à Ilionis Guillaume pour refaire une médaille de bronze en triple saut (40 à 50 centimètres au regard des dernières grandes compétitions), et à Rose Loga sur le marteau – le bronze s’est joué au-delà de 75 m à Tokyo et Budapest, et la Parisienne reste à bonne distance malgré un nouveau record personnel à 72,68 m.
4 ou 5 médailles au mieux ?
« On part de trop loin pour 2024. Vu le contexte, on est obligé d’être dans une logique de sur-mesure afin d’optimiser les performances au cas par cas », estimait Stéphane Diagana après les Mondiaux d’Eugene en 2022. « Pour construire une équipe de France, c’est entre huit à dix ans. Pour les Jeux de Paris, il aurait fallu commencer en 2014 », appuyait l’ancien DTN Patrick Gergès. Ces Championnats d’Europe ont déjà permis de relancer une dynamique, ce qui n’était pas chose aisée au vu de l’ampleur du chantier. L’athlé français gagnera certainement à Paris plus qu’à Tokyo. Mais bien moins qu’à Los Angeles, dans quatre ans.



















