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Faut-il déjà faire craindre le pire pour l’athlé français aux JO de Paris ?

JO de Paris 2024 : Faut-il déjà faire craindre le bide absolu pour l’athlétisme français ?

Peur sur la villeSi le relais 4X400 mètres masculin a évité de justesse à la discipline le « zéro pointé » aux Mondiaux de Budapest, celle-ci baigne dans la médiocrité depuis des années
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Il a fallu attendre l’avant-dernière épreuve des championnats du monde de Budapest pour voir la France remporter une médaille, en argent, lors du 4X400 m hommes.
  • Le bilan des Tricolores reste extrêmement médiocre et inquiétant à un an des Jeux olympiques de Paris.
  • Si quelques espoirs de médailles existent, la crise structurelle que traverse l’athlétisme français est profonde.

Tout juste rentrés de Budapest, où les championnats du monde se sont terminés dimanche soir, les dirigeants de l’athlétisme français ont rendez-vous mardi au ministère des Sports. A un an des Jeux olympiques à domicile, l’ambiance devrait être à peine cordiale entre d’un côté Amélie Oudéa-Castéra et, de l’autre, la triplette André Giraud, président de la Fédération (FFA), Patrick Ranvier, directeur technique national, et Romain Barras, directeur de la haute performance.

« Le bilan n’est pas bon » a bien dû reconnaître Barras interrogé par l’AFP, dans un écho au « bilan décevant » concédé par Giraud à l’issue des JO de Tokyo en 2021. Dans les deux cas, les Bleus se sont contentés d’une médaille d’argent : Kevin Mayer au Japon, le relais 4x400 mètres masculin à Budapest. Entre-temps, Mayer, toujours lui, a été sacré champion du monde à Eugene (Etats-Unis) en 2022. La seule breloque tricolore de la compétition, encore une fois.

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Revenons dans la capitale hongroise : le quatuor Ludvy Vaillant - Gilles Biron - David Sombé - Téo Andant a (enfin) fait vibrer nos petits cœurs chauvins dimanche lors de l’avant-dernière épreuve des Mondiaux, pour éviter un zéro pointé comme en 1983 et 1993. C’est toujours mieux que l’Allemagne, repartie « brocouille » de Budapest. Mais l’ensemble fait quand même pitié, avec huit petites places de finalistes pour 56 athlètes sélectionnés (en individuel), soit le deuxième plus bas total historique après les six de « l’annus horribilis » 1983 et, plus récemment, de 2019.

La déconvenue hongroise n’est pas un accident, et cela ne présage rien de bon pour les Jeux de Paris, alors que l’athlétisme reste le sport majeur de l’olympisme, loin devant le rugby à VII ou le breakdance.

Des Français « pas au niveau », un constat implacable

Dernier Français parmi les ténors planétaires depuis le déclin de Renaud Lavillenie, Kevin Mayer a donc préféré lâcher l’affaire après deux épreuves, vendredi. A 31 ans, le recordman du monde du décathlon ne veut pas compromettre sa probable dernière chance de décrocher l’or olympique, après l’argent de Rio en 2016 puis de Tokyo en 2021. « Je ne peux pas assumer d’être le seul à faire des médailles pour l’équipe de France », a lâché le Montpelliérain après son abandon, lui qui est un peu à l’athlé tricolore ce qu’Erling Haaland est au foot norvégien.

« Depuis 2019, Kevin était le séquoia qui cachait la forêt, glissait Romain Barras samedi sur Eurosport, alors que le compteur était encore bloqué à zéro breloque. Quand il n’est pas là, les athlètes doivent réaliser un exploit [pour gagner une médaille]. » Mais encore ? « Le niveau mondial est stratosphérique, dans la majorité des épreuves, nos athlètes ne sont pas au niveau. Avant les championnats du monde, aucun athlète ne se trouvait dans un top 3. Il ne faut pas non plus fantasmer sur les médailles. »

Quelques raisons d’espérer malgré tout

Outre Mayer, si son corps le laisse tranquille et si la concurrence le veut bien, on peut donc compter sur le 4X400 m masculin pour une place sur le podium à la maison, derrière les intouchables Américains. Et ensuite ? Qui peut espérer, dans un bon jour et avec des circonstances favorables, monter sur la boîte ? Sauf improbable révélation dans les prochains mois, et à la notable exception du lanceur de marteau Quentin Bigot (4e des Mondiaux 2022, forfait cette fois pour cause de hernie discale) on va rester sur les athlètes présent(e)s à Budapest.

Sasha Zhoya, l'un des rares espoirs de médailles françaises en athlétisme pour les Jeux olympiques de Paris.
Sasha Zhoya, l'un des rares espoirs de médailles françaises en athlétisme pour les Jeux olympiques de Paris. - Attila Kisbenedek / AFP

En particulier sur Sasha Zhoya (21 ans), annoncé depuis plusieurs années comme une future star et 6e en finale du 110 mètres haies. Quant à Thibaut Collet (24 ans), il a battu son record personnel à la perche (5,90 m) pour terminer à une jolie 5e place. S’il poursuit sa progression, cet enfant de la balle peut pourquoi pas aller jouer l’argent ou le bronze, derrière l’extraterrestre Armand Duplantis. Alice Finot, qui perce sur le tard (32 ans), a également bouclé la finale du 3.000 m steeple en 5e position, record de France en prime (9’ 6”15). Mais à près de six secondes du podium tout de même.

Les spécialistes du 800 m Benjamin Robert, Gabriel Tual et le prometteur Yanis Meziane valent a priori mieux que leur demi-finale mondiale. Encore faut-il le prouver. « Ma plus grande déception, c’est l’incapacité qu’ont eu la majorité des athlètes à se transcender le jour J, en battant leur record personnel, leur meilleur score de la saison ou en terminant à une meilleure place » que leur classement mondial, a regretté Barras. On s'en voudrait d'oublier le déconcertant marcheur Aurélien Quignon, s'il arrive à boucler enfin ses courses.

Et si les Jeux arrivaient trop tôt ?

Oui, ce n’est pas comme si on avait appris hier que Paris allait accueillir les Jeux 2024, mais bon, la procrastination, tout ça… Sous pression de l’Agence nationale du sport de l’exigeant Claude Onesta et du ministère des Sports, Romain Barras, dont le mandat expire l’an prochain, veut croire en des lendemains meilleurs pour l’athlétisme français, aux Jeux de 2028 à Los Angeles voire de 2032 à Brisbane. Car « fabriquer » un médaillé olympique prend plusieurs années plutôt que des mois.

Et que tout commence très jeune, comme l’a rappelé le sage Stéphane Diagana lors d’une sortie très relayée pendant les Mondiaux sur France Télévisions, dont il est le consultant phare après avoir brillé sur 400 m haies. Si le champion du monde 1997 (et 2003 sur 4X400 m) reconnaît que « des choses sont faites au niveau de l’Agence nationale du sport, au niveau de la Fédération », pour lui, « c’est la place du sport à l’école » qui conditionne tout.

Diagana érige la Slovénie en exemple. Dans le pays de Pogacar, Roglic ou Doncic (2 millions d’habitants à peine), « tous les gamins de 5 ans à 17 ans sont évalués chaque année en changeant de classe, sur des capacités physiques ». Ce dispositif poursuit un objectif de santé publique, mais il permet aussi de cibler des potentiels hors normes.

« Avec la concurrence internationale, si on ne modifie pas profondément beaucoup de choses, trois médailles ce sera le top, prophétise l’ancien champion. On ne tendra pas vers six médailles, mais plutôt vers deux ou une. » La routine pour un pays où les six breloques ramenées voici sept ans des Jeux de Rio, le meilleur total de l’après-guerre, semblent remonter à un autre siècle. A moins que le public du Stade de France ne pousse nos champions à se transcender l'année prochaine.