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Et si les athlètes ressentaient mieux leur cycle menstruel pour performer ?

JO de Paris 2024 : Passer son cycle menstruel à la loupe, la bonne idée pour faire des performances ?

PIONNIERDes recherches inédites ont été lancées par une équipe de chercheurs de l’Insep sur l’incidence du cycle menstruel des sportives de haut niveau sur leurs entraînements et leurs performances
JO de Paris 2024 : Passer son cycle menstruel à la loupe, la bonne idée pour réaliser des performances ?
Laure Gamaury

Laure Gamaury

L'essentiel

  • L’équipe de Juliana Antero a constaté que les symptômes menstruels comme les crampes, la fatigue, les diarrhées ou les maux de tête, ont une forte incidence sur l’entraînement et la performance des sportives de haut niveau.
  • Il est nécessaire de traiter ces symptômes pour éviter qu’ils n’altèrent les performances.
  • La pilule contraceptive, si elle peut stabiliser les cycles menstruels, a aussi un effet sur les taux d’hormones comme les œstrogènes et la testostérone, et peut donc avoir des conséquences négatives sur les performances de certaines athlètes.

Oh surprise ! Les sportives de haut niveau aussi ont leurs règles, et les symptômes qu’elles entraînent peuvent fortement les handicaper, voire les pénaliser dans leur pratique. Un tabou, deux tabous, trois tabous ? On a arrêté de compter. Juliana Antero aussi, elle qui a décidé de profiter des JO à la maison pour lancer des recherches inédites sur le cycle menstruel des athlètes de haut niveau.

Une fois n’est pas coutume, l’idée ne vient pas des labos de recherche mais bien des sportives de haut niveau elles-mêmes, et d’une bien connue en France, particulièrement par les amateurs de la petite balle qui colle, Estelle Nze Minko. La championne du monde et olympique en titre, capitaine de l’équipe de France, n’avait peut-être pas mesuré à quel point sa voix porterait. « Il y a un écart important entre les recherches sur les hommes et les femmes, et c’est pareil pour les sportifs et sportives », expose Juliana Antero, chercheuse en sport de haut niveau, rattaché au laboratoire de l’Insep.

Pour le dire simplement, dans les études sur la performance des athlètes de haut niveau, seuls 35 % des sujets sont des femmes. Et bien évidemment, la spécificité toute féminine du cycle menstruel ne figure dans aucune recherche alors qu’on sait que les fluctuations hormonales affectent divers facteurs de la performance. Ce qui empêche notamment d’individualiser et d’optimiser au mieux l’entraînement des femmes.

Le cycle menstruel et son influence sur les performances en haut niveau

Rembobinons, on est en 2020, fin du premier confinement, la handballeuse, touche-à-tout, en plus de créer sa boîte, publie une tribune sur le site de Règles élémentaires, la première association française de lutte contre la précarité menstruelle et le tabou des règles, qui débute par « Je suis handballeuse professionnelle, internationale française. Je fais du sport de haut niveau depuis plus de dix ans et l’on m’a posé des questions sur mes menstruations pour la première fois l’année dernière ». Son but ? « Déconstruire le mythe de la sportive parfaite » et mettre sa « petite notoriété de handballeuse pro au service des autres en faisant passer des messages », comme elle le confiait à 20 Minutes.

Pour Juliana Antero, qui avait « une forte envie de combler les lacunes sur la physiologie féminine », la lecture de ce message est une révélation. « Je me dis "banco, je dois commencer par le cycle menstruel" ». Et plus précisément sur l’influence qu’il peut avoir sur les performances des sportives professionnelles. « Depuis 2020, on a suivi 130 athlètes de haut niveau », précise la chercheuse.

Des symptômes du cycle menstruel à traiter

Et les premiers constats sont là : les règles ne sont pas les seules à avoir une incidence sur la performance, c’est tout le cycle menstruel qui a son importance. En récoltant des données et en quantifiant volumes et intensité avec les sportives, l’équipe de sept chercheurs de Juliana Antero à l’Insep a pu tirer plusieurs conclusions. « Les symptômes les plus fréquents tels les crampes dans le bas-ventre, la fatigue augmentée non liée au sport, les diarrhées et les ballonnements pour les cycles naturels et les maux de tête pour les menstruations sous pilule, ont une forte incidence sur l’entraînement des sportives de haut niveau et sont accentués par la pratique à haute intensité », expose la chercheuse. Si elle insiste sur l’importance de ne pas généraliser, elle est parvenue à dégager trois groupes :

« Celles dont le cycle est stable dans toutes les phases, les chanceuses, dont il n’est pas un paramètre à prendre en compte ; celles qui ont un souci type endométriose ou une pilule mal adaptée, pour lesquelles on recommande une prise en charge médicale ; et celles qui ont un cycle en bonne santé, mais éprouvent des symptômes à certains moments de leur cycle, et pour lesquelles il est nécessaire d’adapter les entraînements. » »

Comme elle l’explique, pour les deux derniers groupes, les symptômes éprouvés sont renforcés par la pratique intensive. « Elles sont habituées à s’entraîner avec de petites lésions, qui ne les empêchent pas de pratiquer. Mais quand il y a un des symptômes sus-cités, la douleur des petites blessures musculo-squelettiques est aussi plus prononcée ». Il est donc indispensable de traiter les symptômes. « Globalement, sur une échelle de 1 à 10, les athlètes notent à 3 la douleur de leurs symptômes. Mais même légers, ils diminuent la qualité de l’entraînement et ils reviennent tous les mois. Bout à bout, sur une année, ça fait environ un mois qui n’a pas été de très haute qualité. Quand en plus, le symptôme constaté est une fatigue augmentée, il y a un risque accru de lésions ».

Quand est le pic pour performer ?

Y aurait-il alors une période idéale pour performer ? « L’important, c’est d’observer ses cycles, de les comprendre pour ensuite les considérer comme un levier de la performance au même titre que la nutrition, la récupération ou la planification de l’entraînement », poursuit la chercheuse. Et éviter comme la nageuse Fu Yuanhui aux Jeux de Rio ou la marathonienne Lonah Chemtai Salpeter à Tokyo de les subir en pleine compétition. Toutes deux avaient été prises de crampes extrêmement douloureuses au moment de leur compétition ce qui avait largement altéré leurs performances, comme elles l’avaient d’ailleurs déclaré.

« La haute intensité alors que l’athlète ressent des symptômes liés à son cycle menstruel, augmente les douleurs de règles, pose Juliana Antero. Alors qu’une intensité modérée contribue à la libération de dopamine et à l’augmentation du flux sanguin dans la région utérine où les contractions dues aux crampes provoquent l’hypoxie des muscles ». Pour performer le jour J, il faut donc parvenir à réduire au maximum les symptômes.

La pilule, solution miracle ?

Et si comme certains entraîneurs, vous vous demandez pourquoi on ne met pas toutes les athlètes sous pilule, une solution pour réduire nombre de douleurs de règles, avoir une meilleure lisibilité du cycle des athlètes, voire anticiper le calendrier des Jeux cet été, Juliana Antero met en garde sur les risques liés à la prise d’hormones. « Si l’athlète a des troubles comme l’endométriose et ne peut pas s’entraîner pendant trois, quatre jours par mois à cause de fortes douleurs, la pilule est bénéfique, car elle va stabiliser les cycles et donner la possibilité de s’entraîner tout le temps ».

Mais la pilule contraceptive a aussi un effet sur les taux d’hormones, notamment les œstrogènes et la testostérone, deux molécules indissociables de la performance des athlètes. « Certaines sportives sont particulièrement sensibles à la diminution des œstrogènes pour leurs performances. Pour elles, la pilule a donc des effets très négatifs ». Comme souvent dans les recherches expérimentales, le chemin est long pour trouver les solutions idéales à mettre en place. « Chaque athlète doit apprendre à bien connaître son cycle. Et il faut aussi faire passer le message aux entraîneurs pour qu’ils s’adaptent ».