Et si on étudiait les femelles? Une chercheuse milite pour plus d'égalité dans la recherche scientifique

INÉGALITÉS Les souris mâles aussi connaissent des variations hormonales qui pourraient perturber les résultats d'études scientifiques

20 Minutes avec agences

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Souris de laboratoire.
Souris de laboratoire. — ROBERT F. BUKATY/AP/SIPA

Dans le monde de la science, le masculin l’emporte. « C’était la norme, on n’étudiait que les mâles », se souvient Rebecca Shansky, qui a décidé de bousculer les codes de la recherche scientifique.

La chercheuse américaine en neurobiologie a signé ce jeudi une tribune dans la revue Science pour dénoncer un stéréotype qu’elle juge patriarcal, hérité du XIXe siècle. A cause du cycle menstruel et des variations hormonales, les femmes et les femelles seraient « trop compliquées » à étudier.

Variations hormonales pour tous

Quand elle a commencé à travailler il y a 20 ans, on lui disait que « les hormones compliquaient tellement tout qu’on aurait du mal à étudier le cerveau des animaux femelles ». Les femmes seraient « hormonales, émotionnelles, instables », ce qui perturberait les résultats scientifiques.

Ce mythe a conduit les chercheurs à ne réaliser leurs expériences et études que sur des souris, rats et primates mâles, dont le cerveau était considéré comme la version « normale » du cerveau. Pourtant, les souris mâles peuvent présenter eux aussi d’importantes variations des taux de testostérone. Mais cette variation était considérée comme « un non-problème », dénonce Rebecca Shansky.

Un équilibre peu à peu rétabli

Ainsi, depuis des décennies, les laboratoires développent des médicaments qui ne sont pas adaptés aux femmes, notamment pour la dépression ou l’anxiété. Par exemple, le somnifère Ambien avait plus d’effets négatifs chez les femmes. « On s’est aperçu [qu’elles] devaient finalement prendre la moitié de la dose, car elles métabolisent le médicament différemment », explique Rebecca Shansky. Le dosage a été changé en 2013.

Heureusement, les temps changent. Depuis peu, un secteur de recherche se concentre sur les différences sexuelles dans l’efficacité des traitements contre le cancer. Depuis 2016, les fonds publics américains requièrent que les études financées prennent en compte le sexe comme variable biologique. « L’argent motive les gens assez efficacement, donc je pense que cela va améliorer les choses », se réjouit Rebecca Shansky.