JO de Paris 2024 : Le sport-santé, l’héritage déjà palpable des Jeux à la maison ?
Apres-JO•On ne parle ni sport performance, ni culte du corps, seulement du sport-santé, de celui qui pourrait être prescrit sur ordonnance à tous les FrançaisLaure Gamaury
L'essentiel
- La France figure parmi les mauvais élèves en matière d'activité physique, classée par l’OMS au 119e rang mondial sur 146 pays, et Paris 2024 a mis en place une stratégie XXL pour faire bouger massivement les Français avec près de 1.100 projets Impact 2024.
- Pour assurer la pérennité de ces programmes, Paris 2024 a décidé de léguer les différents programmes avant les Jeux à divers acteurs comme l’Agence nationale du sport ou le ministère des Sports.
- Selon une étude Harris Interactive, près d’un Français sur deux (49 %) estiment que l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques 2024 en France les incite à pratiquer une activité physique et à faire du sport.
«Trente minutes de sport quotidien à l’école », « 1, 2, 3, nagez ! », « Paris + sportive » et bien d’autres. Paris 2024 a misé gros sur l’héritage olympique, en le dotant d’un budget de 50 millions d’euros. Et a choisi à dessein de léguer les programmes qu’il a initiés, quelques mois avant les Jeux, pour éviter les écueils de ses prédécesseurs et que l’enthousiasme de l’évènement ne retombe dès la cérémonie de clôture. 4,4 millions de personnes bénéficient des quasi 1.100 projets Impact 2024, qui font du sport un levier au quotidien.
On ne parle ni sport performance, ni culte du corps, seulement du sport-santé, de celui qui pourrait être prescrit sur ordonnance à tous les Français, eux qui subissent de plein fouet la sédentarité propre aux modes de vie du XXIe siècle. « On est en train de se préparer une génération d’infarctus à 30 ans, s’agace Michel Cymes, représentant du collectif pour « Une France en forme » et consultant pour le Cojop en matière de sport-santé. On a des enfants qui font des maladies de vieux, uniquement parce qu’ils sont sédentaires et inactifs ».
Pourtant, selon notre panel #MoiJeunes, les 18-30 ans considèrent à 76 % qu’ils sont en bonne, voire en très bonne condition physique, 67 % pratiquant une activité physique une fois par semaine. Mais 12 % jamais et 21 % moins d’une fois par semaine, tandis que 55% d'entre eux, avouent avoir du mal à sortir de chez eux pour faire du sport.
« Sur 146 pays, on est 119e »
Le comité d’organisation des Jeux de Paris, face aux constatations du monde médical, a donc travaillé depuis six ans sur le sport comme réponse aux problématiques du quotidien. « On a mis en place des actions majeures autour de la promotion de l’activité physique et sportive, et de la lutte contre la sédentarité », expose Marie Barsacq, directrice exécutive Impact et Héritage chez Paris 2024. Car Michel Cymes l’a rappelé : la priorité, est de « changer à moyen et long terme la perception qu’ont les Français de l’activité physique, qui est juste dramatique aujourd’hui ».
Une étude de l’OMS l’atteste : la France figure parmi les cancres en matière d'activité physique des enfants et des adolescents. « Sur 146 pays, on est 119e », s’exaspère le médecin. Un rang inenvisageable au tableau des médailles par exemple. Mais on s’égare.
Faire bouger les Français, enjeu public n° 1
Pour parvenir à grimper dans le classement et à faire bouger massivement les Français, les organisateurs des Jeux ont donc mis en place une stratégie XXL pour que ces JO à la maison marquent un changement global. Et ils enregistrent de premiers succès : selon une étude Harris Interactive, près d’un Français sur deux (49 %) estime que l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) en France en 2024 les incite à pratiquer une activité physique et à faire du sport.
« Pour nous, acteurs de la santé, les Jeux plus qu’un accélérateur, c’est inespéré ! résume Michel Cymes. C’est une caisse de résonance à la hauteur de la problématique, qui existe depuis très longtemps, qui a été décortiquée par des données scientifiques depuis 15-20 ans, pas juste empiriquement ». »
« Mais qui manquait de médiatisation et de promotion », complète Marie Barsacq. Et pour être sûr de pérenniser cet élan dans le temps, Paris 2024 a aussi voulu frapper un grand coup en léguant ses différents programmes avant les Jeux.
Un legs en amont des Jeux
« On a acté, dès leur lancement, la reprise des programmes par un certain nombre de nos parties prenantes, à savoir l’Agence nationale du sport (ANS), le ministère des Sports, le Comité national olympique et sportif français (CNOSF), France Travail, etc. Ils ont pris l’engagement de poursuivre les programmes initiés avec Paris 2024 », développe la directrice exécutive Impact et Héritage. Pour s’assurer de leur survie tout simplement.
« En discutant avec Londres, Rio, Pyeongchang et puis surtout le CIO, on s’est rendu compte qu’en ne planifiant pas suffisamment à l’avance la reprise des programmes initiés dans le cadre des JOP, ils avaient tendance à être bien plus facilement abandonnés ». Comme un soufflé qui retombe en même temps que l’excitation des Jeux. « On fait donc la passation dès maintenant, plus de quatre mois avant les JOP », enchaîne-t-elle.
Des chiffres à venir, des effets immédiats
Sans attendre les résultats définitifs des études d’impact, nombre de programmes devraient assurer leur continuité : « 1, 2, 3, nagez ! » que le département de Seine-Saint-Denis veut faire perdurer avec l’ANS et la fédération française de natation, la semaine olympique et paralympique dans les écoles, reprise par le CNOSF, « pour aider l’Education nationale à l’intégrer dans le calendrier de l’année scolaire », les « trente minutes de sport quotidien à l’école », sur lequel l’Etat s’est engagé.
Si tous les chiffres ne sont pas définitifs, l’étude Harris en donne déjà quelques-uns : sur les 4,5 millions de personnes bénéficiaires des programmes, 70 % se sont durablement mis au sport, 90 % déclarent que leur bien-être s’est amélioré depuis leur participation aux projets. Ce que déclarent aussi les 18-30 ans, via notre panel #MoiJeunes, puisqu’ils sont 75 % à pratiquer une activité physique pour leur santé mentale, 63 % pour leur bien-être et seulement 28 % pour leur santé (cinq réponses possibles parmi 15 options).
« Aujourd’hui, grâce à Paris 2024, les gens reçoivent le message. Ils arrivent à intégrer le fait que l’activité physique est essentielle et c’est déjà énorme, analyse encore Michel Cymes. Désormais, on passe de "si j’ai le temps" à "il faut trouver du temps" et "quand l’intégrer à mon planning". Les résultats devraient se ressentir à moyen ou long terme, j’en suis sûr », conclut-il.


















