Guerre en Ukraine : « C’est ma façon de me battre »... Armée de sa raquette de badminton, Oksana Kozyna prépare les JO
PORTRAIT•Championne de para-badminton en 2022, Oksana Kozyna vise l’or pour les Jeux paralympiques à Paris sans jamais oublier la guerre qui ravage son paysLaure Gamaury
L'essentiel
- Ce samedi 24 février marque les 2 ans du lancement de l'invasion russe en Ukraine.
- Oksana Kozyna, championne de para-badminton ukrainienne de 29 ans, s’entraîne en France pour préparer les championnats du monde et les Jeux Paralympiques de Paris 2024, après avoir fui son pays ravagé par la guerre.
- La championne essaie de surmonter ses difficultés morales et physiques loin des siens tout en puisant une force mentale dans son exil forcé. Même si le CIO a autorisé les sportifs russes et biélorusses à participer aux Jeux sous bannière neutre, Oksana Kozyna soutient les 261 athlètes ukrainiens qui ont écrit une lettre pour s’y opposer.
Son sourire crève l’écran de la visio. Oksana Kozyna, championne du monde ukrainienne de para-badminton en 2022, a illuminé pendant une dizaine de jours le Creps d’Île-de-France, tant sa détermination et son enthousiasme déferlent sur ceux qui l’entourent. « Les Ukrainiens sont super sympas. Il y a une vraie rencontre humaine avec l’ensemble des services d’ici. On est à leur service pour les aider à se préparer pour les Jeux olympiques et paralympiques », explique Michel Godard, directeur du centre de ressources d’expertise et de performance sportive (Creps) d’Île-de-France.
A 29 ans, la sportive ukrainienne, qui joue avec une prothèse en carbone, dans la catégorie SL3, où les joueurs sont limités dans leur capacité de déplacement, est ambitieuse. Elle mesure la « chance et le plaisir » de s’entraîner dans un pays « sans bombe, ni sirène d’alerte ». « Quand la guerre a débuté, j’étais stressée par ces bruits horribles. » Originaire de Dnipro dans le sud-est de l’Ukraine, Oksana Kozyna a quitté son pays au printemps 2022, peu de temps après le début de la guerre, et a été accueillie dans le nord de la France, où elle réside et s’entraîne désormais.
« Je serre les dents »
Du 5 au 15 février, elle a donc été, avec deux autres joueuses ukrainiennes, leur entraîneur et leur kiné, accueillie à Châtenay-Malabry pour préparer les championnats du monde qui se déroulent du 20 au 25 février en Thaïlande. La numéro 3 mondiale espère y décrocher l'une des trois premières places, synonyme de qualification pour les Jeux paralympiques de Paris. « Je ferai tout mon possible pour monter sur le podium. Je me bats pour l’Ukraine devant mon filet de badminton, en envoyant le volant marquer des points. »
Pour elle comme pour les centaines de sportifs de haut niveau ukrainiens exilés pour continuer à s’entraîner dans des conditions décentes, l’éloignement avec les proches est difficile. Mais l’athlète ukrainienne puise aussi une force mentale dans l’exil. « Le plus difficile à gérer est sans doute d’être loin de chez moi. Moralement et même physiquement, c’est compliqué, explique-t-elle par l’intermédiaire de son traducteur. Chez moi, à Dnipro, les bombardements continuent. Je regarde les informations tous les jours et ça me rend triste. Mais je serre les dents parce que je sais que toutes les compétitions que je peux gagner, c’est un cadeau pour mon peuple qui combat, une petite dose de satisfaction pour leur remonter le moral. »
Profondément ukrainienne
« Au Creps, on fait particulièrement attention à leur sensibilité et on pose la question en amont de savoir si elles ou ils sont d’accord pour parler de la situation dans leur pays. Les Ukrainiens viennent ici avant tout pour préparer les Jeux, il ne faut pas le perdre de vue », précise Michel Godard.
Oksana Kozyna a commencé sa carrière sportive à 17 ans par la musculation, avant de s’essayer au volleyball assis en 2015 et de basculer sur le para-badminton. Sport qu’elle a désormais choisi et dans lequel elle a remporté une médaille d’or mondiale en octobre 2022 à Tokyo. Très croyante, la joueuse de badminton croit toujours à un retour en Ukraine, « quand la guerre sera finie ».
Concernant l’éventualité d’affronter à Paris cet été des joueuses russes ou biélorusses, Oksana Kozyna préfère ne pas y songer : « je respecterai les règles du tournoi. Mais je suis d’accord avec les 261 athlètes ukrainiens qui ont écrit une lettre au président Macron, à la maire de Paris et aux organisateurs des Jeux pour leur demander de ne pas suivre la décision du CIO. » En effet, le 8 décembre, le comité olympique international (CIO) a finalement autorisé les sportifs russes et biélorusses à participer aux Jeux de Paris. Sous bannière neutre, c’est-à-dire sans drapeau ou hymne national. Et avec la certitude qu’ils n’ont pas soutenu l’invasion de l’Ukraine.
« C’est ma façon de me battre pour mon pays »
Selon les derniers chiffres du ministère des Sports et de la Jeunesse en Ukraine, plus de 400 athlètes ukrainiens sont décédés depuis le début de l’invasion russe, et plus de 3.000 ont rejoint les forces armées pour combattre la Russie. Côté CIO, on recense onze sportifs – huit Russes et trois Biélorusses – qualifiés, qui remplissent les critères de neutralité. Et une soixantaine d’athlètes ukrainiens ont décroché leur billet. Dont une partie comme Oksana Kozyna, a bénéficié de l’aide de la France.
« On avait déjà accueilli des nageurs paralympiques ukrainiens au début de la guerre en 2022 pendant trois mois. Ce sont des gens très agréables, même si le contexte est très compliqué pour eux, la relation avec leurs familles, avec leurs proches partis au combat », se remémore encore Michel Godard. Le Creps d’Île-de-France, qui a fait peau neuve grâce à plus de 40 millions d’euros financés par la Région, doit accueillir dans le cadre d’un dispositif d’Etat plusieurs équipes de la délégation ukrainienne jusqu’aux Jeux. « On a touché une subvention de 200.000 euros pour les dorloter ».
Notre dossier sur la guerre en Ukraine« Je sais la chance que j’ai d’être ici, insiste Oksana Kozyna. C’est ma façon de me battre pour mon pays. Même si c’est plus dur pour moi, ça me rend plus forte et plus résistante, psychologiquement et physiquement. Je me battrai jusqu’au bout. Je remercie tous ceux qui m’ont accueillie et aidée. » Un véritable discours de championne, qui clame haut et fort que c’est « l’état d’esprit d’une nation, la force de caractère des cosaques », conclut-elle, le sourire toujours solidement accroché, comme sa détermination.


















