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Clément Noël, un médaillé d’or « bouillonnant qui cache bien son jeu »

JO 2022 : Clément Noël, un médaillé d’or « bouillonnant qui cache bien son jeu »

SKI ALPINArrivé en Chine accompagné d’un bon gros sac de doutes et de résultats en dent de scie, le Vosgien a pu compter sur son staff pour lui redonner confiance en lui afin d’aller chercher la plus belle des médailles en slalom aux JO de Pékin
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Clément Noël a remporté le slalom des JO grâce à une deuixème manche supersonique qui l'a vu passer de la 6e place à la médaille d'or.
  • Le Français, qui avait échoué au pied du podium en 2018, a su retrouver son ski au meilleur moment après plusieurs semaines de doute.

De notre envoyé spécial en Chine,

Petit quiz, chez vous à la maison : Quels ont été les premiers mots du tout nouveau champion olympique de slalom, Clément Noël, couronné mercredi sous le soleil de Yanqing après une deuxième manche en forme de claque dans le tarin des autres concurrents ?

A. C’est dingue, je ne réalise pas encore, j’en avais tellement rêvé de celle-là !

B. J’ai envie de pisser !

C. Qu’est-ce qu’on se les pelle dans ce pays, il était temps qu’elle arrive pour qu’on puisse enfin rentrer au pays.

D. La réponse D.

Allez, comme vous commencez un peu à connaître notre bassesse d’esprit, vous aurez deviné qu’il s’agissait de la réponse B. Oui, médaille d’or autour du cou, le nouveau roi du slalom avait une envie pressante. Il faut dire que le pauvre n’a pas arrêté une seule minute après son récital. Entre son passage sur le podium – émouvant bien qu’un peu tristounet tant les gradins étaient vides mercredi –, la photo collective avec ses compères, les innombrables passages devant les télés et radios en zone mixte et la conférence de presse obligatoire, Clément Noël n’a pas eu un instant pour lui. On le remercie donc d’avoir encore pris le temps pour nous parler, au chaud cette fois-ci, dans une espèce de zone mixte improvisée à l’arrache en salle de presse, avant de filer faire ses affaires.

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Chasser les doutes avant la médaille

Notez que la réponse A. aurait pu tout aussi bien faire l’affaire, car c’est bien par ça que le Français a commencé une fois les micros allumés. Il ne réalise pas, donc. Alors, pour se convaincre que c’est bien lui le boss du zigzag, il la regarde encore et encore. « Elle est belle, lâche-t-il, admiratif. Elle est impressionnante, elle est lourde. C’est beau car dans une discipline comme la nôtre, c’est dur d’être présent le Jour J. Et comme il n’y a qu’une course tous les quatre ans… Les derniers jours j’y pensais pas mal en voyant les autres français gagner des médailles, ça donne envie. »

D’autant que celle-ci vient de loin. Car, s’il n’y a pas eu photo le jour J, le quatrième du slalom à Pyeongchang​ en 2018 revient de loin, après un mois de janvier habillé de doutes et de résultats brinquebalants. Frédéric Perrin, le chef du groupe technique des Bleus, n’en menait pas large en arrivant : « Ouais j’avais peur qu’il doute un peu, je ne vais pas vous mentir. Dans l’approche, j’ai essayé de lui enlever tous ses doutes en étant hyper détaché, hyper tranquille, à la cool, parce qu’il n’y avait aucune raison de douter. Après, quand on enchaîne tout ce qu’il a enchaîné au mois de janvier, ce n’est pas simple. » Or, comme le garçon est du genre à vite se faire des nœuds au cerveau, forcément ça a pas mal cogité.

« C’est vrai que quand ça se passe moins bien, j’ai tendance à me poser plein de questions et à ne pas trop demander d’aide aux coachs », confie-t-il. Ce n’est pas pour rien que, quand on lui a demandé un mot pour décrire son poulain, Loïc Brun, l’entraîneur du groupe technique de l’équipe de France, n’a pas hésité une seconde :

«  « Clément ? Un bouillonnant qui cache son jeu ». « Mais les coachs ont été tops, embraye le champion olympique. Ils ont su trouver les mots pour me remettre dans la bonne direction. Ils me connaissent, ça fait quand même pas mal d’années qu’on est ensemble, ils savent comment je fonctionne. Après, il n’y a pas que les mots qui comptent, il faut aussi bien skier à entraînement, il faut être confiant à l’intérieur, et ça, c’est un sentiment que personne ne peut gérer. »  »

Sur ce point, les premières sensations sur la neige chinoise ont vite éloigné les dernières interrogations. Perrin, toujours : « Quand je l’ai revu skier les premiers jours ici, je l’ai retrouvé très mobile, très facile, très " fun " avec la neige. C’est ce qu’il aime et il ne doit pas oublier ça. Quand il est comme ça, il excelle dans ce genre de feelings. Des feelings de magie avec la neige, il fait corps avec les éléments. C’est top. »

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« Le meilleur slalomeur du monde », selon ses coachs

Pour retrouver cette simplicité sur les skis, on l’a dit, le skieur de Courchevel a nécessairement besoin de se sentir bien là-haut. Vous nous direz que c’est un peu pareil pour tout le monde. Certes, mais chez lui c’est peut-être encore plus prégnant. Ainsi, après Schladming, le Vosgien a fait un break. « Je me suis pris une semaine à la maison où j’ai pu couper, pas de ski, juste un peu de prépa physique, détaille-t-il. Et du repos, surtout. Ça m’a fait beaucoup de bien, je pense qu’avant les Jeux il faut se vider la tête. » « En slalom, la confiance joue énormément sur le résultat. Il en manquait, il l’a dit, et cette coupure lui a fait du bien », valide Brun.

C’est donc gonflé à bloc que Clément Noël a abordé la journée de mercredi. Et sans (trop) de pression. Il raconte : « Ça allait, franchement. Après, ce ne sont jamais des journées agréables à passer, ça reste un moment où on est dans l’attente, on est sous tension. Du coup on essaye de décrocher un peu entre les deux manches. Et puis j’ai toujours eu des gens autour de moi pour discuter, je n’aime pas me retrouver seul, si je me retrouve seul je pense trop. J’ai plutôt bien géré la journée, pas trop tendu au départ, juste ce qu’il fallait pour être focus à 100 % pour ce que je devais faire. »

Et ce qu’il devait faire, dixit Loïc Brun, c’était « faire du Clément Noël : ne rien lâcher et envoyer la soudure. » Pour le plus grand plaisir de Frédéric Perrin, qui ne cessait de fixer la piste de Yanqing, tout en nous parlant, comme pour se remémorer en direct la course de feu du Français. « Cette discipline je l’adore quand il y a de la vitesse, quand ça bombarde, quand il y a de la magie sur la neige et c’est ce que j’ai vu sur sa deuxième manche, se réjouit-il. J’ai pris plaisir à le regarder skier. Je l’ai vu faire du ski de très haut niveau. En fait on a vu du Clément Noël, quoi ! Le meilleur slalomeur du monde. »