Ski alpin : « On a tous peur d’être positifs » au Covid-19, avoue Clément Noël avant les JO de Pékin

INTERVIEW DU LUNDI Le slalomeur français, qui visera une médaille aux Jeux olympiques, doit concilier objectifs sportifs et précautions sanitaires

Propos recueillis par Aymeric Le Gall
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Clément Noël après sa victoire au slalom de Val-d'Isère, le 12 décembre 2021.
Clément Noël après sa victoire au slalom de Val-d'Isère, le 12 décembre 2021. — Alessandro Trovati / AP / Sipa

Pas de passe de trois à Wengen. Vainqueur du slalom dans la station suisse en 2019 et 2020 (il n’y a pas eu de course en 2021), Clément Noël a terminé 8e ce dimanche, juste devant son compatriote  Alexis Pinturault, mais à 51 centièmes du vainqueur Lucas Braathen.  Le Norvégien a réussi la plus belle remontée de l’histoire de la Coupe du monde, après avoir seulement fini 29e de la première manche, où Noël avait signé le quatrième temps.



Quant au Vosgien de 24 ans, forcément frustré, il marque le pas après son superbe succès à Val d’Isère le 12 décembre, suivi de deux sorties de piste à Madonna di Campiglio puis Adelboden. Noël a désormais rendez-vous en Autriche à Kitzbühel puis Schladming, les 23 et 25 janvier, avant de basculer sur les Jeux olympiques. Le slalom de Xiaohaituo est programmé le 16 février. D’ici là, le quatrième des JO 2018, qui a répondu à nos questions avant Wengen, doit composer avec le spectre du coronavirus qui plane comme ailleurs.

Avec le Covid-19, c’est un peu la psychose à l’approche des Jeux. Comment vivez-vous cette période particulière ?

On ne peut pas y faire grand-chose, on essaye juste de faire le plus attention possible. On a une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, on a tous peur d’être positif, même sans symptômes. Car on peut porter le masque au quotidien, se laver les mains régulièrement, être vacciné avec trois doses et quand même avoir un test positif au pire des moments. On est un peu prisonniers de ça, ça fait peur. Ce n’est vraiment pas agréable à vivre. Je fais le maximum et si ça doit arriver au pire des moments, ben ça arrivera. Je pesterai contre l’organisation ou contre le contexte, mais c’est tout.

Vous avez récemment poussé un coup de gueule en évoquant « un manque de cohérence » à propos du protocole sanitaire mis en place sur la Coupe du monde de ski alpin. Peut-on seulement parler de bulle sanitaire ?

Non, absolument pas. On ne peut pas parler de bulle sanitaire. Déjà parce que nos hôtels sont ouverts au public. A partir de là, on n’est pas dans une bulle. Les touristes ne sont pas forcément testés parce que pour aller dans un hôtel ou un restaurant, il suffit d’être vacciné. Par contre pour faire une course de ski, en extérieur, avec des masques et des gestes barrières, il faut être vacciné et testé. L’an dernier, c’était plus facile, les stations étaient fermées.

Après, on n’est pas non plus tout le temps irréprochable non plus, je n’ai pas de problèmes à le dire, on peut parfois oublier de mettre son masque dans l’aire d’arrivée par exemple.

Clément Noël a terminé 8e du slalom de Wengen, ce dimanche en Suisse.
Clément Noël a terminé 8e du slalom de Wengen, ce dimanche en Suisse. - Gabriele Facciotti / AP / Sipa

Comment on gère ce risque de contamination qui peut priver de JO si cela survient trop près de l’événement ?

On va rentrer assez peu à la maison et quand je rentre je ne vois que ma compagne, qui se fait tester avant que je revienne. J’ai logé un ami chez moi il y a quelque temps, il s’est fait tester avant de venir. A Noël pareil, toute ma famille s’est fait tester avant le réveillon. On a peur de ça.

Vous avez malgré tout décidé de ne pas faire l’impasse sur la Coupe du monde. Vous vous êtes tout de même posé la question ?

Non, pour moi le classement général de la Coupe du monde est tout aussi important que le reste, au moins aussi important que les Jeux olympiques, voire plus, et si je loupe une course de Coupe du monde, ce sera parce que j’ai un test positif ou une blessure.

Après le couac à Madonna di Campiglio, vous disiez que c’était peut-être l’une des plus grandes déceptions de votre carrière. Avec le recul, comment analysez-vous cette erreur à la dernière porte ?

Il n’y a pas de grande analyse à faire car, au final, je n’ai pas fait d’énormes erreurs. C’est une petite faute juste sur la fin, il y a un peu de malchance, c’est une faute de déconcentration. Peut-être aussi que je me suis vu gagner trop tôt. Mais, techniquement, je n’ai rien à remettre en question, ma confiance n’a pas été entamée, même si ce n’est pas facile à digérer parce que je suis passé à côté de quelque chose de super. Et même si sur le coup c’est un peu la honte, on va dire qu’il y a pire et qu’il y a surtout plein de choses de positives à retirer de cette journée.

En 2018, Clément Noël s'était classé quatrième du slalom des Jeux olympiques, à Pyeongchang.
En 2018, Clément Noël s'était classé quatrième du slalom des Jeux olympiques, à Pyeongchang. - Morry Gash / AP / Sipa

Vous avez décidé de vous lancer aussi en géant. Comment jugez-vous votre apprentissage jusqu’ici ?

Je suis un peu perplexe là-dessus. Ce qui est sûr c’est qu’à moyen terme, j’ai envie de faire une deuxième discipline, d’avoir plus de courses dans la saison et d’avoir d’autres objectifs en plus du slalom. Maintenant, cette année, j’ai dû faire trois ou quatre géants qui ne se sont pas bien passés, je n’ai pas eu les progrès que j’espérais. Autant l’année dernière j’avais noté des choses positives, j’étais rentré une fois dans les 30 et je n’étais pas loin plusieurs fois, donc j’imaginais progresser plus cette saison mais non, ça n’a pas trop payé finalement.

Mais ce qui est bien c’est que ces entraînements en géant (et ils sont nombreux) m’aident pour le slalom, j’en suis persuadé, et ça c’est encourageant. Après, à l’entraînement, j’ai vu des choses qui allaient mieux mais c’est encore en construction. Ça ne sera donc pas pour tout de suite car je sais que je manque encore de quelque chose pour vraiment m’approcher des meilleurs. Mais je vois ma marge de progression donc je me dis que ça va pouvoir se faire un jour.

Quels sont vos axes de progression ?

La technique, déjà. D’être meilleur techniquement, il y a plein de facteurs qui font que je n’ai pas encore le bon timing, le fait d’allonger plus les appuis, choses qui sont plus naturelles en slalom mais moins en géant. Mais je pense qu’avec des kilomètres d’entraînement je peux réussir à trouver un peu plus ça. Chaque skieur étant vraiment différent, c’est difficile de demander des conseils mais par contre on peut s’inspirer des autres en regardant leurs vidéos à l’entraînement, voir ce qu’ils font de bien afin d’adapter ça à notre propre technique.

Alexis Pinturault disait récemment que vous aviez fait bouger les codes du slalom. Que voulait-il dire par là ?

Je pense qu’il parle de ma technique sur le slalom. C’est vrai que ces dernières années ça a pas mal évolué. Je ne pense pas être le seul mais c’est vrai que j’ai peut-être été le premier à amener des appuis plus courts, des lignes plus tendues, et des angles plus haut, un bassin plus haut. C’est ce qu’on m’a toujours dit. Après j’ai toujours skié comme ça, je n’ai pas l’impression d’avoir révolutionné grand-chose. Simplement il y a une nouvelle génération qui arrive et qui fait bouger un peu les codes, mais c'est toujours comme ça et ça continuera de l’être à l’avenir avec les nouvelles générations.

Vous vous êtes récemment entraîné avec Marcel Hirscher, le boss de la profession comme vous l’écriviez sur Instagram. Comment ça s’est passé ?

Je ne m’étais jamais entraîné avec lui, j’avais couru avec lui pendant deux saisons avant qu’il arrête, mais jamais à l’entraînement, là où on peut prendre le temps de bien discuter. Et je dois dire que c’était très sympa, c’est une personnalité que j’aime bien, c’est quelqu’un que j’ai beaucoup admiré quand j’étais jeune, du coup pouvoir m’entraîner et discuter avec lui ça m’a permis de voir à quel point il est humble et respectueux.

C’est assez frappant de le voir à l’entraînement aujourd’hui, il est très respectueux, on dirait que c’est un petit jeune qui arrive, il demande s’il peut faire ci ou ça, il demande s’il ne dérange pas. C’était vraiment sympa à voir.