Ski alpin : Une couronne, un renne, un veau... Sur les étapes de coupe du monde, « derrière chaque trophée, il y a une histoire »

RECOMPENSES Certaines étapes de la Coupe du monde de ski alpin ont d'étonnantes récompenses

Antoine Huot de Saint Albin
— 
Clément Noël, dans la dernière adaptation de Game of Thrones.
Clément Noël, dans la dernière adaptation de Game of Thrones. — Facciotti/SIPA
  • A chaque épreuve de Coupe du monde, un cérémonial pour les podiums différent.
  • Les cultures locales sont souvent mises en avant.
  • Certaines étapes rivalisent d'inventivité : un veau à Val d'Isère, un renne à Levi, un pull à Madonna Di Campiglio.

Des heures et des heures d’entraînements, des risques de malade sur des pistes verglacées, des genoux (au mieux) qui se font la malle, des victoires qui se jouent au millième de seconde. Tout ça pour quoi ? Une petite médaille et un bouquet de fleurs à l’arrivée sur le podium. Franchement, ça donne presque envie de ranger tout le matos dans son petit chalet de montagne et de rester devant la cheminée à déguster son chocolat chaud. Mais, quand vous êtes honorés comme à  Zagreb (Croatie), où la course masculine se déroulera ce jeudi, vous en redemandez.

Une couronne en cristal, un trône et une cape. Le vainqueur du slalom est sacré roi en Croatie. « C’est sympa de faire cette tradition sur les courses à Zagreb, explique  Clément Noël, le plus rapide il y a deux ans. C’est un peu kitsch et c’est plus drôle qu’autre chose. En tout cas, le trône est confortable et la couronne est vraiment jolie. » Dans le détail : « 38 pièces de cristal, tout est fait à la main et seulement 22 personnes touchent l’objet avant qu’il ne soit remis au vainqueur du jour », décrit Ana Jelusic Black, ancienne slalomeuse qui travaille désormais à la Fédération croate.

Ça cloche à Adelboden

Ce cérémonial a été instauré pour rendre hommage à Janica Kostelic, quadruple championne olympique, cinq fois championne du monde, dix gros globes de cristal à son actif. « Son surnom dans les médias, c’était Snow Queen, donc on a nommé la course comme ça et on a fait une récompense à sa hauteur, reprend Jelusic Black. C’est une expérience différente des autres podiums, un moment théâtral, avec un peu de shows autour. Les athlètes apprécient ce genre de moment. »

Ils font bien. Car, après l’étape croate, les skieurs prendront la route pour rejoindre Adelboden, en Suisse. Et, là, sur le podium, pas de sacre à la Clovis, non : une énorme cloche en guise de récompense et la possibilité de laisser son empreinte de pied sur la place du village pour le vainqueur. « La cloche d’Adelboden, c’est vraiment le trophée que j’aurais aimé avoir », raconte Jean-Baptiste Grange, double champion du monde de slalom, aujourd’hui consultant sur La chaine L’Equipe. Alexis Pinturault en a deux qui traînent dans son salon, aux dernières nouvelles. 

Une cloche et Alexis Pinturault à Adelboden.
Une cloche et Alexis Pinturault à Adelboden. - Marco Tacca/AP/SIPA

Les veaux de Val d’Isère

Chaque étape de Coupe du monde a sa particularité, sa petite touche locale. Exemple à Val d’Isère, où celle qui remporte la descente repart avec un veau (oui, oui, vous avez bien lu) dans les pattes. « Ça a commencé en 2005 avec un coup de com avec la coopérative laitière de Bourg-Saint-Maurice, qui fabrique le Beaufort, qui a amené au pied de la piste une vache, explique Maiwenn Cloerec, chargée de communication de l’épreuve. A l’époque, les agriculteurs avaient pensé à faire un chèque de compensation en pensant ramener leur vache chez eux. Sauf que  Lindsey Vonn n’a pas voulu du chèque. » L'animal a donc été amené au printemps en Autriche, là où s'entraînait l'Américaine par toute une délégation de Val d'Isère.

Après quelques années sans, le veau au bord de la piste « fait désormais partie intégrante du folklore qui accompagne les courses féminines », reprend Cloerec. Et est devenu une source de motivation pour certaines, comme Sofia Goggia. L’Italienne, vainqueure des deux dernières courses, qui va se voir remettre un deuxième veau avant l’été, voit les choses en grand : « Elle veut faire du fromage avec les veaux gagnés dans une ferme agrotouristique du côté de Bergame. » D’ailleurs, jamais les organisateurs de Val d’Isère n’ont eu à signer le chèque de compensation : toutes les skieuses sont reparties avec leur veau.

« Derrière chaque trophée, il y a une histoire »

Autre pays, autre animal. A Levi, en Finlande, c’est un renne qui attend les vainqueurs au pied de la piste depuis 2013. « On choisit les deux rennes en fonction de leur capacité d’adaptation en public, on les achète et on les laisse à la ferme où ils vivent paisiblement, détaille Satu Pesonen, directrice de la course. Les vainqueurs n’ont pas le droit de les emporter avec eux, mais ils peuvent leur donner un nom et revenir les voir quand ils viennent à Levi. »

La Slovaque Petra Vlhova avec l'un de ses rennes remportés à Levi.
La Slovaque Petra Vlhova avec l'un de ses rennes remportés à Levi. - Alessandro Trovati/AP/SIPA

A la ferme d’Ounaskievari, on trouve par exemple Rudoplh, Sven, Herra Gru et Ingemar, les rennes de Mikaela Shiffrin, ou Michael, du nom du copain de Petra Vlhova. La Slovaque a déjà un petit cheptel, puisqu’elle possède déjà cinq rennes après ses cinq succès, et sera prête à prendre la place du Père Noël, l’hiver prochain. « C’est bien que les Coupes du monde aient leur particularité et qu’on puisse perpétuer ça », assure Clément Noël. « Derrière chaque trophée, il y a une histoire, un symbole, qui célèbre une culture locale et tu ne penses pas en tant qu’athlète si c’est joli ou pas joli », ajoute Ana Jelusic Black.

La mode à l’italienne

D’ailleurs, l’une des récompenses les plus plus « ringardes », à notre goût, est pourtant l’une des plus prisées : le trophée de chamois de Kitzbühel​ (Autriche). « C’est le plus emblématique, car c'est Kitzbühel », explique Noël. Comprenez La Mecque du ski alpin. Un peu comme le Masters d'Augusta pour les golfeurs. « Je n’ai pas eu la chance d’avoir le trophée car, pendant une dizaine d’années, ils ne le faisaient plus pour le slalom, ajoute Grange. Du coup, j’ai fait la demande aux organisateurs de me faire parvenir le vrai [trophée] chamois de Kitzbühel. »

Le Suisse Beat Feuz vainqueur à Kitzbuhel.
Le Suisse Beat Feuz vainqueur à Kitzbuhel. - Giovanni Auletta/AP/SIPA

Pour terminer ce petit tour d’Europe, direction Madonna di Campiglio, en Italie, où le vainqueur se voit remettre un « magnifique » pull jaune et rouge : le maglia fulmine, en VO. « L’idée est venue en 1950 pour donner au leadeur du combiné une récompense comme le maillot jaune du Tour de France, développe Paolo Bisti, photographe qui a écrit La Grande Storia della 3Tre. Dans les années 1960, la Coupe du monde de ski a été créée et les anciennes traditions ont été abandonnées. Et on a attendu 2016 avant de repenser à remettre au goût du jour ce pull. C’est un cachemire [fabriqué par la marque Falconeri] très précieux. » Reste à savoir combien de skieurs seraient prêts à troquer une médaille d’or aux JO contre ce pull italien.

Henrik Kristoffersen a gagné la course à Madonna di Campiglio.
Henrik Kristoffersen a gagné la course à Madonna di Campiglio. - Alessandro Trovati/AP/SIPA