JO 2022 : Entre bulles sanitaires poreuses et Omicron, la prépa des JO tourne au casse-tête chinois pour les athlètes

CORONAVIRUS La préparation des JO d'hiver de Pékin est fortement bouleversée par le variant Omicron, qui pourrait priver de nombreux athlètes de leur rêve olympique

Aymeric Le Gall
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Mathieu Faivre et Alexis Pinturault seront aux JO (si Omicron leur fout la paix d'ici là).
Mathieu Faivre et Alexis Pinturault seront aux JO (si Omicron leur fout la paix d'ici là). — Nikolay DOYCHINOV / AFP
  • A trois semaines des JO, les athlètes engagés savent que le moindre contrôle positif pourrait les empêcher de se rendre en Chine.
  • A l'image de Tess Ledeux, Clément Noël ou Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron, la plupart vivent désormais comme s'ils étaient en confinement. 

Grande stressée de la vie, de son propre aveu, la skieuse freestyle française Tess Ledeux a vu son tensiomètre monter un peu plus dans les tours ces derniers temps. En cause, l’explosion du variant Omicron en Europe, conjuguée à une échéance olympique qui approche à grands pas. Et on la comprend : se préparer pendant quatre ans pour se retrouver le jour J, en pyj’ avec un plaid et une boîte de Doliprane sur son canap’ à La Plagne, ça la fout maaaaaaal.

« Cette crainte est omniprésente dans la tête de chaque athlète et de chaque membre du staff, prévient la championne du monde de Big Air 2019. Déjà qu’une saison olympique c’est particulièrement stressant, mais là, avec le Covid, c’est l’angoisse totale ! On a la peur du test, on se dit que si on l’attrape dans les quinze jours avant le départ on est foutu parce que les règles sont hyper strictes en Chine. » Si cela devait lui arriver, Tess Ledeux n’a aucune honte de l’admettre : « Je pense sincèrement que je ne m’en remettrai pas. Ce serait beaucoup plus dur à accepter qu’une blessure par exemple. »

A moins de trois semaines du coup d’envoi des Jeux Olympiques, alors que les épreuves de Coupe du monde s’enchaînent, c’est bien l’intégralité du circuit olympique qui claque des dents et prie pour passer à travers les postillons. « Leur plus grosse crainte, c’est le Covid, ils se protègent tous comme des fous pour ne pas l’attraper », a ainsi rappelé la ministre déléguée aux Sports, Roxana Maracineanu. Mais ce n’est pas toujours possible, comme le soulignait récemment le slalomeur Clément Noël, qui a dénoncé le « manque de cohérence » de la bulle sanitaire mise en place sur la Coupe du monde de ski alpin.

Des bulles sanitaires, vraiment ?

« Limite, on ne peut même pas parler de bulle sanitaire, nous précise-t-il. Déjà parce que les hôtels dans lesquels on loge sont ouverts au public. En plus, les touristes n’ont pas forcément été testés parce que, pour aller dans un hôtel ou un restaurant, il suffit d’être vacciné ». S’il a décidé de ne pas faire l’impasse sur les épreuves de Coupe du monde, tous n’ont pas fait ce choix. C’est notamment le cas du duo Papadakis/Cizeron. Engagés dans les championnats d’Europe de patinage artistique qui se tiennent cette semaine, à Tallinn, en Estonie, les vice-champions olympiques à Pyeongchang ont finalement passé leur tour. « Trop risqué », selon leur entraîneur Romain Haguenauer.

« Les championnats d’Europe n’étaient que leur troisième objectif, après les JO et les championnats du monde. On n’allait donc pas mettre en péril l’objectif suprême, la médaille d’or olympique, la seule qui leur manque, pour ça », poursuit-il. D’autant que vu les conditions proposées sur place, il y avait effectivement de quoi se gratter l’épiderme : « Aucune bulle sanitaire, pas de test PCR à l’arrivée dans le pays, à l’hôtel c’est open bar, il y a des touristes lambda mélangés avec les patineurs, les athlètes peuvent librement sortir en ville, les bus sont communs, idem pour les vestiaires. En gros c’est tout l’inverse de ce que j’ai mis en place autour de mes athlètes à Montréal. »

La vie d’ermite, condition sine qua non pour aller à Pékin

Il faut dire aussi qu’il y entraîne onze couples de patineurs engagés pour les JO. « S’il y avait un cluster dans l’école, c’est presque la moitié des concurrents aux Jeux qui seraient en danger ! », sourit-il. Depuis décembre, il a donc mis en place une bulle stricte où les athlètes ne se croisent pas, les vestiaires sont fermés et le masque est obligatoire en toutes circonstances. Il a également invité ses poulains à s’isoler le plus possible à l’approche des Jeux. « Comme Gabriella vit en colocation, je lui ai demandé de se louer son propre appartement. En fait, on les fait vivre quasiment en lockdown [confinement], c’est maison-patinoire et patinoire-maison en ce moment. »

Une vie d’ermite, voilà donc à quoi ressemble le quotidien de plus en plus d’athlètes au fur et à mesure que l’échéance approche. « C’est vrai que j’ai fait plus attention que les autres années, admet Tess Ledeux. J’ai quand même fêté Noël en famille mais on n’était que cinq. Je ne me suis pas non plus totalement isolée parce que je savais que si je l’attrapais pendant les fêtes, j’avais encore le temps de me remettre et de partir aux JO. Mais depuis quelques jours c’est terminé, je ne sors plus, je ne vais plus au restaurant et je limite au maximum mes contacts. »

Même prudence du côté de Clément Noël, qui n’approche plus personne sans la présentation d’un test négatif : « Les rares fois où je rentre chez moi entre les épreuves, je ne vois que ma compagne et elle se fait tester avant que j’arrive. Et si jamais je dois voir d’autres personnes, là, par exemple, j’ai logé un ami chez mois il y a quelque temps, il s’est fait tester avant de venir. A Noël pareil, toute ma famille s’est fait tester avant le réveillon. On n’a pas d’autres choix… »

« Ça pèse sur le mental des athlètes »

Omicron est une galère sans nom d’un point de vue organisationnel. Au doigt mouillé, Alex Vanhoutte, l’entraîneur de l’équipe de France de bobsleigh, estime que sa charge de travail a doublé par rapport au monde d’avant. « Toutes nos décisions sont prises par rapport à ça, sur des choix de déplacements, sur les plannings, sur tout. La première réflexion, à chaque fois qu’on veut prendre une décision, elle est liée au Covid. Et on doit faire gaffe car si on se loupe, ça peut avoir des impacts importants », souffle-t-il. Au moins peut-il se consoler en se disant que, à la différence de ce qu’on peut voir en patinage artistique ou en ski alpin, la bulle mise en place pour la Coupe du monde de bobsleigh ressemble véritablement à quelque chose. Peut-être trop, même.

Alex Vanhoutte : « On vient d’avoir une athlète positive dans notre équipe de Coupe d’Europe, mais qui n’était pas dans le même hôtel que nous, pourtant la FIS [la fédé internationale de ski] a estimé que, comme c’était la même nation, on était quand même cas contact. On n’est donc plus autorisé à entrer dans les vestiaires avec les autres équipes. Là, on est à Saint-Moritz, il fait -19° et on a dû bricoler un vestiaire de fortune dans notre fourgon avec un petit chauffage d’appoint. » Pourtant, malgré ce contexte pesant, l’ancien bobeur professionnel a décidé de jouer les paratonnerres à bad news.

« J’essaye quand même de ne pas mettre trop de pression sur l’équipe car je sais que ça pèse sur leur mental. Il y a des choses que je ne vais pas leur dire pour ne pas rajouter plus de stress. On doit jongler entre les deux : ne pas être trop pessimiste au risque de leur faire peur, et en même temps leur dire de faire gaffe. » Et pour ce qui est du sport et du plaisir, on attendra que tout ce beau monde arrive sain et sauf à Pékin si vous le voulez bien.