PSG-Arsenal : « Quand les mots font mouche, ce n’est que du plaisir »… Paul Tchoukriel, notre compagnon d’épopée
la voix qui compte•Le commentateur des grands matchs du PSG en Coupe d'Europe raconte à 20 minutes comment il essaie se préparer à commenter une nouvelle finaleAymeric Le Gall
De notre envoyé spécial à Budapest,
Devenu la voix de Canal+ lors des grandes soirées de Ligue des champions, le journaliste et commentateur Paul Tchoukriel a accompagné les exploits du Paris Saint-Germain lors de la fabuleuse campagne de C1 des Rouge et Bleu la saison passé. Comment oublier son désormais mythique « c’est le but pour être champion d’Europe… Le but pour être champion d’Euroooooooope » au moment ou Kvaratskhelia se présente seul face à Yann Sommer pour le pion du 4-0 ?
Un commentaire que les supporters parisiens garderont pour toujours en mémoire, comme les Français (de plus de trente ans) se souviennent de Thierry Roland et son « Je crois qu’après avoir vu ça, on peut mourir tranquille » après la victoire de l’équipe de France en 98 face au Brésil. Un an après cette finale magistrale contre l’Inter, et à quelques heures de la deuxième finale de Ligue des champions de rang pour Paris, Paul Tchoukriel nous a accordé une interview pour revenir sur la manière dont on accompagne ces moments d’histoire du sport français.
Si vous deviez ne garder qu’une image de la dernière finale, ce serait quoi ?
Pour moi ce sont les larmes de Marquinhos dans les arrêts de jeu. Ça englobe tout ce qu’on a pensé de Paris pendant longtemps, on se demandait si elle finirait un jour par y arriver. Et quand tu vois que c’est le capitaine, le symbole du PSG depuis une dizaine d’années, qui craque, tu prends vraiment conscience de ce qui est en train de se passer. Ça y est, le destin va enfin basculer de leur côté, les traumas liés au passé sont oubliés et le bonheur est à eux.
Vous avez raconté dans L’Equipe que vous étiez au bord des larmes en voyant Marquinhos craquer…
Oui, sur le coup je suis ému même si je n’ai pas plus d’attache que ça avec le PSG au départ. C’est juste que j’aime le sport et je trouve que c’est un moment d’incroyable. Craquer en direct alors qu’il est encore en plein match, ça le rend humain. Il redevient presque un petit garçon, celui qui rêvait de soulever un jour cette coupe mythique. A ce moment-là je pense à ce qu’il doit penser au fond de lui, à toutes les choses qui doivent se bousculer dans sa tête. Et je suis touché. De notre côté, ça fait des jours qu’on est à fond, qu’il y a de la pression, et donc on est forcément un peu plus à fleur de peau. Sur le coup je sens que j’ai la gorge nouée et je laisse la parole à Sydney parce que je me dis que je vis peut-être ce moment de manière trop intense par rapport aux gens derrière leur télé. Pour transmettre des émotions dans notre métier, il faut les vivre soi-même, ressentir ce que vivent les joueurs, comprendre pourquoi à ce moment-là ils craquent, mais il faut aussi qu’elles collent avec celles des gens derrière leur écran.
Avez-vous conscience que vous faites désormais partie intégrante de cette histoire, de cette épopée, avec vos commentaires qui ont tourné partout sur les réseaux sociaux ?
Je ne sais pas et je le dis sans fausse modestie. Après, oui, chez les supporters parisiens je sens qu’il y a un truc qui est différent. Quand je vais au Parc, les gens me parlent du but de Doué et de Kvaratskhelia en finale, du but de Fabian Ruiz contre Arsenal en demie. Je sens donc que quelque chose a changé et ça me touche, parce que ça veut dire j’ai réussi à bien accompagner l’émotion. Je dis toujours que tu peux être le meilleur commentateur du monde, l’émotion elle vient toujours et d’abord du terrain. Et dans ces moments-là, quand il se passe quelque chose sur le terrain et que toi tu accompagnes bien ce qu’il s’est passé, c’est là que ça peut créer quelque chose de beau. C’est un peu comme la bande-son d’un film. Un grand film sans la musique, ça reste un grand film, mais avec une super bande-son ça sublime la chose. Et à l’inverse une mauvaise musique peut aussi venir tout gâcher. Il faut trouver la juste mesure pour ne pas gâcher le moment des gens et quand c’est nécessaire, le sublimer. Mais sans que ce soit une fin en soi, je ne travaille pas pour ça, je ne me dis pas « il va falloir que je trouve un truc pour que les gens se souviennent de moi ».
Quel est le pire ennemi du commentateur ? La phrase, voire le mot, de trop ?
Oui, absolument. Déjà parce que plus tu parles, plus tu as de chance de dire une bêtise, de faire une erreur. Des erreurs on en fait, c’est normal, on commente entre 50 et 70 matchs par an, mais il vaut mieux que ce ne soit pas dans un moment crucial d’un match. C’est dans ces moments-là qu’il faut être bon parce que, en une seconde, voire en une demi-seconde, il faut capter l’importance d’une action, d’un but. C’est là que tout le travail éditorial en amont nous sert, parce que commenter ce n’est pas seulement crier dans un micro. Il faut se demander en une fraction de seconde ce qui fait que ce but est important ou beau, ou les deux à la fois. Et quand les mots viennent vite et qu’ils font mouche, c’est que du plaisir.
Y a-t-il un commentaire en particulier qui vous a marqué dans votre enfance ?
C’est difficile à dire car c’est mon métier et que j’en ai beaucoup écouté et réécouté. De Jean-Michel Larqué sur le but de Giresse en 1982, à Thierry Roland en passant par Thierry Gilardi ou Grégoire Margotton avec les Bleus, ils m’ont tous nourri et marqué d’une certaine manière. Mais je dois en choisir un, c’est “la lumière est venue de Laurent Blanc !” de Gilardi contre le Paraguay en huitièmes de finale de la Coupe du monde 98 à Bollaert. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai sept ans, je suis dans le salon chez mes grands-parents, j’étais assis sur un bout de fauteuil et j’ai pleuré de joie quand Laurent Blanc marque le but en or.
Quelle est la part de préparation dans un commentaire et la part d’instinct ?
La préparation en amont, dans les jours qui précèdent un match, c’est 90 % de préparation. Là, je vais commencer à sortir mon carnet et noter des choses importantes, des infos à ne pas rater pour samedi. Après, si on parle de la préparation d’un commentaire sur un but ou de l’entrée des joueurs, du coup de sifflet final, là je ne prépare rien par écrit. Je me refuse d’écrire des choses en amont que je répéterai à l’antenne.
Même pour l’entrée des joueurs ?
Pour l’entrée des joueurs j’ai quelques images en tête, quelques idées, mais j’attends d’être au stade pour réfléchir à la bonne manière de faire. A Bilbao, le stade est surnommé la cathédrale, dans la journée je réfléchis à quelque chose qui tourne autour de ça et me vient l’idée de l’expression “Paris vaut bien une messe”, et voilà, j’ai tissé quelque chose en partant de ça. Il faut trouver une belle manière de plonger les téléspectateurs dans le match, plutôt que de dire « bonsoir, on est au stade de Bilbao pour la 4e journée de la Ligue des champions ». Donc je n’écris rien mais je note des idées dans la vie de tous les jours, en lisant un bouquin, en écoutant une musique, etc. J’ai donc un carnet dans lequel je note tout ça, c’est une manière de garder ça dans un coin du cerveau, même si je ne relis pas forcément mes notes. Si tu commences à tout écrire, à mon sens, ça va s’entendre à l’antenne et ça va faire un peu fabriqué. A moins d’être un super acteur, ce que je ne suis pas.



















