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PSG - Arsenal : « On a envie de lui dire de se calmer »… Comment le gentil Mikel est devenu l’insupportable Arteta ?
Ligue des champions•Tout récent champion d’Angleterre, Mikel Arteta s’attaque au PSG en finale de la Ligue des champions, avec une mentalité et un état d’esprit à des années-lumière de celui qu’il était quand il a débarqué à Arsenal en 2019Aymeric Le Gall
L'essentiel
- Tout récent champion d’Angleterre aux dépens de Manchester City, Arsenal a l’occasion de réaliser un doublé historique en cas de victoire face au PSG, samedi, en finale de Ligue des champions.
- Ce titre de champion d’Angleterre est le fruit de sept ans de travail de la part de Mikel Arteta, qui a su changer son fusil d’épaule pour proposer un jeu certes moins léché mais bien plus efficace.
- Mais le coach espagnol n’a pas seulement changé sa philosophie de jeu, il s’est aussi transformé d’un point de vue comportemental, remisant sa « cool attitude » au placard pour devenir une pile électrique qui agace de plus en plus en Angleterre.
Le titre de champion d’Angleterre serait-il déjà monté à la tête de Mikel Arteta ? Dans une vidéo qui a fuité sur les réseaux sociaux ces derniers jours, on y voit le coach espagnol d’Arsenal lors d’un événement privé, micro en main, assurer à son auditoire que « samedi soir, nous serons champions d’Europe ». Un excès de confiance qui serait plutôt mal passé auprès de certaines personnes aux clubs et de certains supporters, craignant que cela n’aiguise l’appétit carnassier des Parisiens, alors que se présente face à lui une équipe du PSG championne d’Europe en titre que tout le monde s’accorde à décrire comme la meilleure équipe du monde à l’heure actuelle.
Mais ce sont surtout les adversaires d’Arsenal qui tirent à boulets rouges sur les Cannoniers et leur coach, devenus en l’espace de deux saisons l’exact opposé de ce qu’il était quand il a pris les rênes du club en 2019. « Mikel Arteta a le don d’exaspérer les supporters avec ses tactiques basées sur la maîtrise, ses déclarations insipides et ses apparitions frénétiques sur le bord de la touche », a allumé le journaliste anglais du Guardian Barney Ronay.
Docteur Mikel and Mister Arteta
Ancien adjoint de Pep Guardiola, l’ancien milieu de poche du PSG était le prototype du coach moderne/gendre idéal, jovial, souriant et animé d’une philosophie de jeu offensive qui ne pouvait que le rendre adorable aux yeux des amoureux de beau jeu. Mais ça, c’était avant. Avant que son équipe ne se fasse trimballer par ses adversaires, échouant chaque saison à rivaliser avec les top teams de Premier League, Liverpool et Manchester City pour ne pas les citer, au point de devenir une sorte de loser magnifique cibles de toutes les moqueries outre-Manche.
Désormais, finis les grands sourires en conférence de presse et place à un homme plus fermé, plus cassant, plus sec aussi. En un mot, moins sympathique. Quelqu’un qui se montre même volontiers mauvais joueur et/ou de mauvaise foi, comme quand il expliquait que le PSG était avantagé par rapport à son équipe du fait qu’elle joue dans un championnat de seconde zone, quand ses joueurs, eux, affrontent chaque semaine les Avengers du foot mondial et qu’ils ont dû se battre jusqu’à l’avant-dernière journée pour arracher le titre à City. Oubliant au passage de préciser que Paris a enchaîné deux saisons complètes sans réelle pause estivale, après avoir été jusqu’en finale de la Coupe du monde des clubs, compétitions à laquelle Arsenal n’a pas participé.
S’endurcir pour ne plus être le loser magnifique
Consultant pour Canal + au micro de nombreux matchs d’Arsenal, Christophe Jallet voit dans cette transformation comportementale le reflet de sa mue philosophico-sportive. « Il y a une évolution flagrante dans la personnalité qui déteint aussi sur le sportif. Au départ son équipe déployait du beau jeu, un peu avec l’ADN espagnol, la possession, beaucoup de projections, et on a la sensation que petit à petit il a compris que pour gagner, pour être performant et espérer remporter la Premier League, il fallait être plus pragmatique, moins flamboyant, avec une défense ultra solide. »
S’il a toujours été surexcité sur son banc de touche, « là on atteint quand même des sommets », poursuit l’ancien latéral parisien. « Au point que ça en devient fatigant. La fin de match à Madrid en demi-finale retour contre l’Atlético, on le voyait quasiment à un mètre des latéraux espagnols qui effectuaient les touches, il sautait partout, il entrait sur le terrain. Il y a des fois on a envie de lui dire ''calme-toi, stp''. Je pense que ça vient de la frustration de ces dernières années, à force de finir second derrière City, d’être un peu passé pour le loser malgré les énormes moyens financiers mis à sa disposition. Inconsciemment ça fait ressortir chez vous un côté plus stressé, plus nerveux. »
« Un peu plus de maîtrise de soi, ce n’est pas plus mal »
Ancien coach du PSG reconverti dans le coaching mental, Denis Troch sait mieux que personne ce que traverse l’entraîneur des Gunners, lui qui s’était lancé dans le métier en se promettant d’être « un entraîneur cool », avant de finalement basculer rapidement vers le côté obscur de la force. « Au bout d’un an ou deux, en prenant conscience de ce qu’est véritablement ce métier, de la pression qu’il y a autour, j’ai compris que ce n’était pas le bon plan (rires) ! Et donc je suis devenu plus dur, voire très dur, à tel point qu’on m’appelait Caucescu. » Ce n’est qu’en rejoignant Arthur Jorge au PSG, qu’il finira par faire son introspection et choisira d’opter pour la voie du milieu, de l’équilibre, ni trop urbain, ni trop zinzin.
« « C’est à ce moment-là que j’ai compris qui j’étais et que j’ai enfin pu avancer comme je le souhaitais, j’étais en paix avec moi-même, détaille-t-il. Ce n’est pas impossible qu’Arteta en soit là de sa réflexion. Il est peut-être plus distant, moins ouvert aujourd’hui, mais ça ne veut pas dire qu’il en sera ainsi à l’avenir. On ne devient pas le coach que l’on souhaite d’un simple claquement de doigts. C’est un long chemin, un apprentissage. » »
Véritable kangourou sous ecstasy sur son banc de touche, Arteta vit ses matchs avec une passion dévorante, un peu à l’image de Luis Enrique, qu’il retrouvera à quelques mètres de lui samedi.
Une surexcitation pas toujours bénéfique
« Je ne suis pas à sa place ni dans son corps pour ressentir ce qu’il traverse, mais parfois un peu plus de maîtrise de soi ce n’est pas plus mal, avance Jallet. Là, ça donne l’impression de quelqu’un qui n’est plus dans le contrôle. Franchement les trois quarts du temps quand on est joueur et qu’on est proche du banc, comme c’était mon cas, et qu’on a un coach un peu trop expressif, ça saoule. Vraiment. On a hâte à la mi-temps pour changer de côté. »
Le football est un monde qui rend fou, « il est donc nécessaire de se protéger, soi-même et son groupe, et de sécuriser l’environnement qui nous entoure, embraye-t-il. Comment on fait ça ? Ça peut être en esquivant les questions qui nous déplaisent, en étant plus fermé ou en attaquant l’adversaire », liste Denis Troch.
Agaçant de l’extérieur, Arteta doit cependant passer des nuits paisibles, lui qui a mis fin à vingt-deux ans de disette d’Arsenal en Premier League et qui fait office de dieu vivant pour les supporters des Gunners. C’est le cas de notre ami Ridler Tshibangu, créateur de contenu et supporter des Gunners depuis toujours. « Il a compris ce qu’il fallait faire pour gagner, quitte à employer tous les moyens du bord. Il défend constamment son équipe, c’est un patron. Et grâce à lui on est champion d’Angleterre, on ne peut plus nous traiter de mauviettes. On sait désormais ce qu’il faut faire pour devenir champions. C’est tout ce qui compte. » Espérons que les Parisiens seront lui remettre les pieds sur terre et calmer ses ardeurs.



















