OL Lyonnes - FC Barcelone : « On a monté le niveau d’exigence »… Lyon prêt à redevenir le boss final en Europe ?
Grande explication•OL Lyonnes, qui détient le record de sacres (huit) en Ligue des champions féminine, a vu son hégémonie être freinée par le Barça depuis cinq ans. La finale de C1 de ce samedi (18 heures à Oslo) s’annonce donc bouillanteJérémy Laugier
L'essentiel
- La finale de la Ligue des champions féminine oppose ce samedi (18 heures) à Oslo OL Lyonnes au FC Barcelone.
- Il existe une forte rivalité entre les deux références du football féminin en Europe, puisque leurs quatre derniers affrontements l’ont été en finale de C1 depuis 2019.
- Les histoires sont nombreuses à l’intérieur de ce nouveau choc, puisque le nouvel entraîneur lyonnais Jonatan Giraldez était le coach principal du Barça de 2021 à 2024, et que la défenseuse norvégienne d’OL Lyonnes Ingrid Engen affrontera à Oslo sa compagne Mapi Leon, latérale du club catalan.
Ingrid Engen va vivre une drôle de situation ce samedi (18 heures, sur 20minutes.fr évidemment), en affrontant sa compagne Mapi Leon lors de la finale de la Ligue des champions féminine entre OL Lyonnes et le FC Barcelone. Après quatre saisons du côté du Barça, l’une des neuf recrues du dernier mercato lyonnais a abordé ce sujet mardi lors d’un media day organisé au Parc OL. « On ne peut évidemment pas parler entre nous de tactique ou de la composition d’équipe qu’on imagine, sourit la défenseuse norvégienne. Plus on s’approche de cette finale et plus on va mettre tous nos sentiments de côté. »
Voici l’exemple ultime de LA rivalité la plus féroce de l’histoire du football féminin, alors que le nouvel entraîneur d’OL Lyonnes Jonatan Giraldez va retrouver le club catalan, avec qui il a soulevé à deux reprises la C1 en tant que coach principal (2023 et 2024). Chaque équipe est tout simplement le boss final pour l’autre, comme l’attestent leurs quatre derniers affrontements en date, à chaque fois en finale de la Ligue des champions (2019, 2022 et 2024 et donc 2026).
Le Barça truste finale de C1 et Ballon d’or depuis 2021
Ingrid Engen prévient : « Je connais bien les filles du Barça et je sais qu’il est très difficile de les arrêter car ce sont des joueuses de classe mondiale. Mais elles doivent ressentir la même menace de notre part ». Le FC Barcelone arrive sûr de sa force, puisqu'il n’a plus manqué le rendez-vous final européen depuis 2020, avec trois sacres à la clé.
Certes battu sur l’ultime marche l’an passé (0-1 devant Arsenal), le club blaugrana fait figure de nouvel épouvantail absolu du football féminin, comme le démontre aussi la récompense du Ballon d’or, trusté par ses deux joueuses majeures, Alexia Putellas (en 2021 et 2022) et Aitana Bonmati (2023, 2024 et 2025). Dans le camp lyonnais, il est temps de mettre fin, ce samedi à Oslo, à une période de vache maigre, à savoir trois années sans conquête de C1.
Jamais OL Lyonnes n’a fait plus longue disette depuis la création de la Ligue des champions en 2010. « C’est un signe, a malicieusement glissé l’inusable attaquante lyonnaise Ada Hegerberg, lorsqu’on l’a interrogée à ce propos. D’ailleurs, j’aime regarder les statistiques et on n’a pas perdu beaucoup de finales [seulement 3 sur 11 en C1 dans l’histoire du club]. J’y crois vraiment, on a toujours bien abordé les finales, avec un bon équilibre entre humilité et confiance en nous. »
Un fiasco contre Arsenal en 2025 avec Joe Montemurro
Ce qui n’avait pas empêché les Lyonnaises d’être débordées par le collectif blaugrana, il y a deux ans à Bilbao (0-2), contrairement aux deux précédentes éditions de ce même choc au bout de la C1, en 2019 (4-1) et en 2022 (3-1). « La différence, c’est que j’étais sur le banc pour cette dernière finale », se marre Ada Hegerberg. Plus globalement, la montée en puissance du Barça a épousé une période moins faste de l’OL, alors que la transition Jean-Michel Aulas-Michele Kang s’opérait à peine.
Ecrasé par Arsenal lors de la demie retour de C1 à Décines en avril 2025 (1-4, après un succès 1-2 à l’aller), l’entraîneur australien Joe Montemurro n’a pas convaincu. « Quand je suis arrivée à Lyon durant l’été, j’ai immédiatement senti que pour tout le monde au club, le moment était venu de reconquérir la Ligue des champions, raconte Ingrid Engen. Ça avait aussi fait mal aux joueuses de ne pas avoir gagné la Coupe de France deux années de suite. »
« J’ai compris qu’avec le coach, on n’allait pas blaguer »
Avec Jonatan Giraldez et un renouvellement de joueuses dense et inspiré cette saison, la Coupe de France 2026 et la toute nouvelle Coupe de la Ligue ont déjà fini dans l’armoire à trophées d’OL Lyonnes, alors que la finale des fameux play-offs du championnat se disputera contre le Paris FC, le 29 mai au Parc OL. Plus que quiconque, Wendie Renard (35 ans, en équipe première depuis 2007) est consciente du chemin parcouru.
« C’est une fierté pour nous, les anciennes, avec Ada [Hegerberg] et Selma [Bacha], de retourner en finale. On sait les galères qu’on a pu connaître ces dernières saisons, les tristesses, les déceptions. Quand il y a des perturbations en interne, tu as moins de stabilité, moins de confiance aussi. Tu perds de l’énergie sur du hors football et ça se voit, tu es moins performante et moins lucide. Pour être honnête, j’ai douté du fait qu'on puisse revivre une finale de Ligue des champions parce que chaque saison, il y avait énormément de changements au club. »
Mais ça, c’était avant l’arrivée du technicien espagnol Jonatan Giraldez (34 ans), plus jeune que l’emblématique capitaine lyonnaise. « Quand j’ai vu la signature de notre nouveau coach cet été, et dès notre premier échange, j’ai compris que cette année avec lui, on n’allait pas blaguer, poursuit la Martiniquaise. Ça allait travailler dur et on allait monter le niveau d’exigence. C’est parfait pour tout le monde. »
Le « vice » du Barça de Giraldez avait agacé l’OL en 2024
« Une des choses qu’on a immédiatement évoquées avec Wendie était de récupérer la mentalité et l’identité du club, a confié l’intéressé durant ce même media day. On ne peut pas gagner seulement avec le logo OL, la priorité, c’est de bien jouer. Le plan de jeu est la clé, et il faut que tout le monde parle la même "langue du football". J’ai vu une incroyable évolution dans ce sens cette année. A la vidéo, quand je montre une situation du jeu, je pose la question aux joueuses et tout le monde voit maintenant les mêmes espaces pour attaquer. »
L’Haïtienne Melchie Dumornay, arrivée à Lyon en 2023, en plein prime catalan, confirme cette nouvelle ère : « Il y a eu beaucoup de remises en question, toutes ensemble, pour essayer de comprendre pourquoi on n’a pas remporté cette C1 en trois saisons. Le club a pris en considération nos retours et on a envie de montrer un autre visage que sur la finale de 2024, avec beaucoup plus de caractère ». Car l’octuple champion d’Europe avait alors subi un sommet à sens unique, dans le jeu et les intentions.
Ce que Jonatan Giraldez n’a pas manqué de rappeler à ses anciennes grandes rivales cette semaine. « Ah oui, on en a parlé de ce match, c’est sûr, sourit ainsi Wendie Renard. Des choses sur le terrain ne nous avaient pas plu ce jour-là, avec ce vice en face. Mais c’est aussi ça que le coach nous apporte, et puis il est vraiment pointu. Avec lui, c’est au détail près, d’autant plus qu’il connaît très bien cette équipe. »
« Beaucoup de respect » entre les deux clubs
Encore dans le vestiaire de ce Barça il y a un an, Ingrid Engen note « une mentalité de gagnants similaire » dans les deux clubs. « Quand j’étais là-bas, je voyais clairement Lyon comme notre plus grand rival et notre plus grand défi, indique la Norvégienne. Il y a beaucoup de respect entre les deux clubs, vu la domination incroyable de l’OL pendant de nombreuses années, et à présent les six finales d’affilée de Barcelone. »
Consultante pour Disney+ (diffuseur de cette finale 2026), l’ancienne internationale tricolore Laura Georges voit ce Lyon new-look capable de l’emporter à Oslo : « On sent qu’avec Giraldez, le jeu est très structuré. Il a apporté beaucoup de sérénité et de constance, et il n’a pas hésité à mettre en place un turnover et beaucoup d’analyses de matchs. Le Barça a selon moi un léger avantage, mais ces deux équipes sont ce qui se fait de mieux en Europe. »
Le rôle d’outsider convient bien à Selma Bacha
A en croire les médias internationaux, et surtout les sites de paris sportifs, OL Lyonnes se présente pourtant en victime désignée, après avoir souffert pour sortir Wolfsburg et Arsenal lors des tours précédents.
Notre dossier sur OL Lyonnes« Franchement, je m’en fous, lâche spontanément Selma Bacha. C’est bien de parler mais c’est sur le terrain qu’il faut agir. Moi, j’aime bien être dans le rôle de l’outsider, comme ça, on se fait un peu oublier. C’était le cas à Turin [pour la finale de 2022] et on avait gagné. C’est l’équipe qui aura le plus faim qui remportera le trophée, ça va se jouer sur ça. » Et gare à cette faim de Lyon.



















