« Tout le monde en sortira grandi »… Décriés par l’OL, les play-offs de D1 peuvent-ils relancer le football français ?
FOOTBALL•Président de la nouvelle Ligue féminine de football professionnel, Jean-Michel Aulas défend son idée de phases finales, mal perçues à Lyon, qui vont selon lui augmenter la « compétitivité » du championnatJérémy Laugier
L'essentiel
- Souhaités par le président de la nouvelle Ligue féminine de football professionnel Jean-Michel Aulas, les premiers play-offs de D1 féminine vont se disputer samedi (PSG-PFC à 21 heures) et dimanche (OL-Reims à 17 heures).
- L’ancien président de l’Olympique Lyonnais explique à 20 Minutes pourquoi ces phases finales, visant à déterminer le champion de France 2024 et les qualifiés en Ligue des champions (du moins cette saison) sur des matchs à élimination directe, sont essentielles pour la « compétitivité » de la D1 féminine.
- Du côté de l’OL, qui comptait 26 points d’avance sur le Stade de Reims (4e de D1) à la fin de la saison « régulière », on regrette ce choix, qui a eu un rôle pour convaincre Canal + lors des négociations des droits TV de la D1 féminine.
Cette nouvelle saison de D1 féminine de football a livré mercredi son implacable verdict : l’Olympique Lyonnais a remporté son 17e titre de champion de France sur les 18 dernières éditions, avec un confortable matelas de 11 points d’avance sur le PSG. Alors oui mais non, car il ne s’agissait que de la fin de la saison « régulière », avant le début de play-offs inédits samedi et dimanche. N’allez pas vous imaginer d’interminables batailles au meilleur des sept matchs comme il y en a actuellement en NBA. Seules les quatre premières équipes de D1 s’affrontent dans une formule de quatre matchs secs, en demi-finales puis finales (le 17 mai).
Ce changement de cap a tout de même provoqué une petite révolution dans le monde du football féminin, habitué à voir la constance sur 22 matchs être récompensée. Là, les Lyonnaises vont jouer une grande partie de leur saison sur 90 minutes, dimanche (17 heures) au Parc OL, lors de leur demie contre le Stade de Reims (4e)… qu’elles devancent de 26 points au classement.
« La D1 féminine devait rester telle qu’elle était »
« Cette nouvelle formule n’est pas forcément négative, confiait le mois dernier à 20 Minutes la jeune attaquante de l’OL Melchie Dumornay. Ça permet à des clubs de se montrer, de faire leurs preuves avec l’opportunité de participer à une finale. Mais pour moi, la D1 féminine française devait rester telle qu’elle était. Ça faisait son identité, comme les autres championnats européens majeurs qui ont gardé leurs valeurs. »
Après avoir tant régné sur la D1 féminine en tant que président de l’OL, Jean-Michel Aulas est l’homme ayant entrepris l’année dernière cette réforme, qui existait dans un autre temps en France, de 1999 à 2004, soit bien avant toute esquisse de contrat professionnel.
« Les diffuseurs voulaient du suspense jusqu’au bout »
Officialisé le 29 avril comme président de la nouvelle Ligue féminine de football professionnel, celui-ci défend âprement ce choix si décrié au sein de son ancien club. Dans un entretien accordé lundi à 20 Minutes, JMA s’explique, sur fond de contexte de négociations des droits TV avant cette saison 2023-2024.
« A la FFF, on travaillait sur la promotion du football féminin professionnel. Dans les négociations avec les diffuseurs TV, il est apparu qu’on avait un petit handicap : ils souhaitaient qu’il y ait une plus grande compétitivité entre tous les acteurs et du suspense jusqu’au bout. La Fédé a donc souhaité présenter un produit plus vendeur. J’ai pensé que ces play-offs permettraient à tout le monde d’en sortir grandi, de mettre sous pression des clubs jusqu’à la fin. Dans la vie, la démocratie a toujours permis sur le moyen et le long terme de faire évoluer les choses. Là, 10 clubs sur 12 étaient favorables, donc on a considéré que c’était une majorité. » »
Vous n’aurez aucun mal à identifier les deux récalcitrants, à savoir Lyon et Paris, qui ont trusté les deux premières places de D1 lors de 12 des 13 dernières saisons. Si le PSG est plutôt discret médiatiquement sur le sujet, le directeur général de l’OL féminin Vincent Ponsot s’est montré très offensif vis-à-vis de ce choix… de son ancien boss, jeudi dans Le Progrès : « Les play-offs, ce n’est ni culturel, ni juste en termes de méritocratie. Et on nous a refusé d’avancer nos deux matchs d’un jour. A un moment, on arrive à saturation ».
« Lyon et Paris ne sont pas tout seuls »
Dans le camp opposé, on trouve par exemple David Fanzel, manager sportif du FC Fleury 91 (5e), tombeur inattendu de l’OL en demi-finale de Coupe de France en mars (0-0, 4-5 aux tirs au but), et qui rêvait d’un nouveau coup d’éclat en phases finales à Décines, jusqu’au revers fatal lors de l’ultime journée de D1 contre Montpellier mercredi (2-3).
« Ça donne du piment à notre saison, mais aussi à celle de plusieurs clubs [seulement six points ont séparé Reims (4e) du 7e Saint-Etienne] qui étaient jusqu’au bout dans la course aux demi-finales, apprécie cet ancien coach au FC Metz. Je trouve cette initiative géniale pour le foot féminin français, à qui on a beaucoup reproché la faible adversité de son championnat. Lyon et Paris ne sont pas tout seuls et si le foot féminin veut grandir, il a besoin de tout le monde. Il faut être solidaires et ne pas penser qu’à son seul intérêt. »
Le Stade de Reims pourra songer à la Ligue des champions pour la première fois de son histoire s’il remporte l’un de ses deux matchs de play-offs. Car le futur champion de France sera qualifié directement pour la phase de groupes de C1, tandis que le finaliste et le vainqueur du match pour la troisième place passeront par des tours préliminaires pour en être. Un scénario un brin ubuesque pourrait donc voir l’OL soulever sa 9e Coupe d'Europe, le 25 mai contre le Barça… sans être qualifié pour l’édition suivante, en cas de revers dimanche puis lors de la finale pour la troisième place en D1. « Pouvoir à la fois perdre le titre et ne pas être européen la saison prochaine, c’est une hérésie totale », peste Vincent Ponsot.
« OK, les play-offs ne serviront plus à rien dès 2025 »
Enfin ça, ce n’est que pour cette première version de phases finales, puisque Jean-Michel Aulas vient de nous annoncer « une évolution » dès la saison prochaine. « L’UEFA considère que les qualifiés en Ligue des champions doivent être les trois premiers du championnat. On a donc décidé de faire évoluer notre formule vers une solution mixte : le champion sera bien celui des play-offs mais les qualifiés seront les trois premiers du classement après 22 journées. »
Un aménagement perçu comme un sacré pas en arrière par David Fanzel, subitement moins enthousiaste lorsqu’on lui apprend la nouvelle : « OK, ça veut dire que les play-offs ne serviront plus à rien dès 2025. Il n’y aura plus le moindre intérêt si les places en Coupe d'Europe ne sont plus en jeu ». JMA défend évidemment ce choix, déterminant selon lui pour « avoir la meilleure compétition possible et la meilleure valorisation des droits TV ».
Pour toucher plus de droits TV, la Ligue ne doit plus voir l’OL et le PSG écraser la D1
Depuis l’accord de 2023 pour la diffusion de la D1 féminine sur Canal + jusqu’en 2029, la formule de play-offs est d’ailleurs garantie dans le contrat avec la chaîne cryptée. Ce n’est pas sa seule décision visant à faire décoller pour de bon le foot féminin en France. Le vice-président de la FFF cite en ce sens l’instauration d’une licence qui empêchera les clubs de « ne pas avoir des infrastructures humaines et techniques satisfaisantes ». Comprendre que la nouvelle Ligue féminine de football professionnel va partir à la chasse aux mauvaises pelouses, va interdire les terrains synthétiques, et va s’assurer que la retransmission télévisuelle des matchs pourra se faire dans des conditions optimales.
A la clé, il y a « des bonus à atteindre » auprès de Canal + en fonction de critères liés aux audiences TV générées mais aussi au « respect de la compétitivité ». En clair, les deux équipes de tête en D1 doivent totaliser moins de points que leurs homologues anglais, espagnols, allemands et italiens, à terme. Autre objectif pour JMA : le passage d’une D1 de 12 à 14 clubs qu’il souhaite dès la saison 2025-2026.
De 50 à 70 M€ consacrés au foot féminin sur cinq ans
« J’ai personnellement regretté qu’on n’ait pas assez surfé sur la Coupe du monde 2019 en France, résume-t-il. Là, on a bien l’intention de le faire après les JO de Paris 2024, grâce aussi à un modèle économique qui a été complètement transformé pour que cette Ligue professionnelle soit la meilleure d’Europe, devant l’Angleterre. J’ai fait voter au dernier Comex de la FFF un investissement sur cinq ans entre 50 et 70 millions d’euros afin de donner cette dynamique au football professionnel féminin. »
Si le FC Barcelone vient de facilement s’adjuger son cinquième titre de rang en Espagne, et que le Bayern Munich et Wolfsburg occupent sans cesse les deux premières places outre-Rhin depuis neuf ans, l’Angleterre apparaît bien comme l’exemple à suivre, puisque Manchester City, Chelsea et Arsenal se tiennent en cinq points en plein sprint final. Place au premier grand test des play-offs à la française, samedi (21 heures) au Parc des Princes pour PSG-PFC, avec VAR et sonorisation des arbitres en prime, pour voir s’il rend joueuses et (télé)spectateurs aussi enthousiastes que Jean-Michel Aulas.


















