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Le Mondial peut-il faire (re)décoller le football féminin français ?

Equipe de France féminine : La Coupe du monde 2023 peut-elle faire décoller pour de bon le football féminin français ?

FOOTBALL FEMININAprès plusieurs saisons décevantes, en raison du virage manqué de la précédente Coupe du monde 2019 à domicile, le football féminin français mise en partie sur ce Mondial australien (premier match dimanche contre la Jamaïque) pour se relancer
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • L’équipe de France de football féminin va entrer dans sa Coupe du monde dimanche (12 heures) en affrontant la Jamaïque à Sydney.
  • Après avoir accueilli le précédent Mondial en 2019, le football féminin français a sérieusement besoin de se relancer, tant son championnat (et son organisation) est critiqué, à la fois par les joueuses et le nouveau sélectionneur Hervé Renard.
  • Cette Coupe du monde semble constituer un tournant, tant un beau parcours des partenaires de Wendie Renard pourrait avoir des répercussions, notamment sur l’attractivité de la D1 féminine.

Pensez-vous que la latérale droite des Bleus Eve Périsset, qui va débuter dimanche (12 heures) sa Coupe du monde contre la Jamaïque, regrette d’avoir quitté le championnat de France ? En restant dans son club formateur (l’OL), ou dans celui où elle s’est révélée (le PSG), la joueuse de 28 ans aurait vu perdurer la rivalité de deux références sur la scène européenne, et notamment pu s’offrir des finales de la Coupe de France tenant tout le pays en haleine. OK, nous sommes démasqués en plein trolling : le football féminin français s’est ridiculisé en programmant le 13 mai cet OL-PSG (2-1) dans le petit stade de la Source à Orléans (8.000 places)...pendant que Le jour suivant, Eve Périsset remportait avec Chelsea la finale de la Coupe d’Angleterre contre Manchester United (1-0)… devant 77.390 spectateurs à Wembley !

« Quand tu rentres dans un stade aussi mythique, et avec une telle ambiance, la sensation est juste incroyable, confiait l’intéressée à 20 Minutes début juillet. Le seul problème, c’est qu’on n’arrivait pas à s’entendre sur le terrain, il a fallu s’adapter. Mais il n’y a pas que pour la finale de FA Cup que les stades sont pleins, même s’ils sont bien entendu plus petits le reste du temps. C’est quasiment sold out partout chaque semaine en championnat. »

« On se sent impuissantes »

Un autre monde en comparaison avec la D1 française, vous l’aurez compris. Même le joli record hexagonal, le 30 avril 2022, avec la demie de C1 PSG-OL (1-2), est avec ses 43.254 spectateurs très loin de certaines fracassantes affluences du Barça à plus de 90.000 personnes au Camp Nou. Et surtout très loin d’un quotidien quasi dans l’anonymat en France, où le football féminin n’a occupé l’espace médiatique ces derniers mois qu’en raison de l’affaire Diallo-Hamraoui. La milieu de terrain américaine de l’OL Lindsey Horan livre son ressenti : « C’est un combat continu quand on voit certains terrains sur lesquels on a pu jouer cette saison. On fait tout notre possible pour provoquer du changement ».

C'est dans un stade quasiment champêtre que l'OL de Vanessa Gilles et Ada Hegerberg ont remporté le 13 mai la finale de la Coupe de France contre le PSG.
C'est dans un stade quasiment champêtre que l'OL de Vanessa Gilles et Ada Hegerberg ont remporté le 13 mai la finale de la Coupe de France contre le PSG.  - Pauline FIGUET/SPP/Shutterstock/SIPA

A en croire les joueuses parisiennes et lyonnaises, qui ont participé à la folle aventure orléanaise, le « combat » s’est symboliquement accentué le 13 mai. « Jouer une telle finale dans un stade si petit, c’est désolant, regrette ainsi la jeune joueuse du PSG Oriane Jean-François, finalement forfait pour cette Coupe du monde. Franchement, on se sent impuissantes face à ça parce que ce n’est pas de notre ressort. » Sa coéquipière sous le maillot parisien Sakina Karchaoui valide le coup de gueule : « Ça ne faisait pas très sérieux. » Au-delà de ce couac ultime de la Fédération française de football (FFF) quant au choix du stade pour cette finale attendue, Eve Périsset nous éclaire sur la différence structurelle entre le foot féminin français et son homologue britannique, qui a clairement le vent en poupe.

« Il n’y a pas photo. A Chelsea, on a des infrastructures incroyables, des terrains d’entraînement qui sont tous des billards, des staffs très fournis. Il y a près de 40 personnes en permanence autour de notre équipe. On voit que l’Angleterre a réussi à se servir de son Euro à la maison pour impulser un vrai virage, chose qu’on n’a pas su faire en France. Aujourd’hui, des pays comme l’Angleterre ou l’Espagne nous sont passés devant, alors qu’on avait de l’avance sur eux. » »

Ce déclin a priori inéluctable du football féminin français reste tout de même à nuancer : l’Olympique Lyonnais et le Paris Saint-Germain ont certes tous les deux étés sortis dès les quarts de finale de la Ligue des champions au printemps, mais Chelsea a arraché en mars sa place dans le dernier carré de la Ligue des champions face à l’OL (1-0, 1-2 [4-3 aux tirs au but]), grâce à un penalty extrêmement litigieux au bout du temps additionnel. Néanmoins, de l’avis général, l’après Coupe du monde 2019 tricolore n’a pas été une franche réussite, à l’image de l’élimination prématurée dans la compétition.

Les terrains de D1 féminine « pas acceptables »

« La France a très clairement raté le coche après le Mondial, lâche la latérale gauche des Bleues Sakina Karchaoui. Nous joueuses, nous avons notre part de responsabilités. Si on avait remporté le tournoi à la maison, c’est certain que ça aurait donné plus envie aux petites filles de se mettre au foot et aux gens de nous regarder. Après, c’est à tout le monde, clubs, instances, médias, d’apporter leur touche pour que la D1 retrouve l’avance qu’elle avait, quand l’OL dominait le football européen. » Ce temps n’est pas si lointain puisque Lyon a remporté six des huit dernières Ligues des champions depuis 2016. L’homogénéité du championnat de France, tant espérée depuis une quinzaine d’années, n’a par contre pas vraiment vu le jour, tout comme la qualité des pelouses de D1, la retransmission des matchs à la télévision, et plus globalement la mise en lumière du football féminin français.

« Je suis très surprise des terrains sur lesquels nous avons dû jouer cette saison, ça n’était pas acceptable, peste la Néerlandaise de l’OL Daniëlle van de Donk, qui évoluait à Arsenal de 2015 à 2021. La Ligue anglaise est en plein boom, je conseille aux dirigeants français d’apprendre de cet exemple… » On peut se demander si l’attractivité historique des deux locomotives OL et PSG ne se trouve pas en danger dans ce contexte négatif, à l’image du récent choix de la jeune Américaine Catarina Macario de quitter Lyon pour rejoindre Chelsea. Si elle a personnellement choisi de poursuivre l’aventure à l’OL, la Canadienne Vanessa Gilles est consciente de ces risques.

« Je peux comprendre que les joueuses choisissent désormais l’Angleterre plutôt que la France, que ce soit pour le marketing, la qualité du championnat, les infrastructures et les investissements. Si la France ne réagit pas très vite, ça va être compliqué d’attirer des top joueuses. C’est frustrant mais l’argument d’attirer des filles en disant qu’on peut remporter la Ligue des champions à Lyon ou Paris, ça ne va plus être suffisant. J’espère que la [future] Ligue professionnelle et la FFF vont mettre tout autant d’investissement que l’OL l’a fait ces dernières années. » »

Evincé de la présidence de l'OL quelques jours plus tôt par John Textor, Jean-Michel Aulas a célébré le 13 mai la Coupe de France avec son club. Avant de devenir bientôt le véritable boss du football féminin français ?
Evincé de la présidence de l'OL quelques jours plus tôt par John Textor, Jean-Michel Aulas a célébré le 13 mai la Coupe de France avec son club. Avant de devenir bientôt le véritable boss du football féminin français ? - Pauline FIGUET/SPP/Shutterstock/SIPA

Grosse attente autour de l’arrivée d’Aulas à la tête de la Ligue pro

Car oui, l’une des éclaircies espérées vient de cette Ligue pro, annoncée pour 2024, avec un certain Jean-Michel Aulas à sa tête. « Quand j’ai vu que M. Aulas allait prendre en mains cette nouvelle Ligue professionnelle, j’ai eu le sourire car je sais mieux que quiconque ce qu’il a fait pour le football féminin en France. On attend beaucoup de lui », lance l’ancienne Lyonnaise Sakina Karchaoui, au PSG depuis deux ans. S’il est bien trop tôt pour être certain que l’OL restera aussi compétitif avec sa nouvelle boss Michèle Kang qu’avec lui aux manettes, difficile de ne pas imaginer JMA faire beaucoup de bien au football féminin dans les instances françaises. Le récent choix du sélectionneur des Bleues semble déjà plaider en sa faveur. Au même titre qu’Aulas, Hervé Renard pourrait justement être l’autre homme fort impulsant le redressement du foot féminin français.

NOTRE DOSSIER SUR LA COUPE DU MONDE FEMININE 2023

Sauf cataclysme durant cette Coupe du monde, il sera encore sur le banc de l’équipe de France aux Jeux olympiques de Paris. Et il n’hésite pas à donner son avis sur l’épineux sujet de l’attractivité qui dépasse a priori sa fonction. « Mon avis ne va peut-être pas faire plaisir à tout le monde, mais avant de rechercher des moyens supérieurs et d’avoir des sponsors plus importants, il faut d’abord construire, expliquait-il sur beIN Sports le 14 mai [tiens tiens, au lendemain de la fameuse finale à Orléans]. Il faut une meilleure réalisation, de meilleurs stades, et ça part des présidents de clubs. On ne peut plus avoir une D1 féminine filmée dans des stades de 3e ou 4e niveau masculin. Là, on ne peut pas avoir du football de qualité. Le football féminin français n’a pas assez évolué. Il y a une prise de conscience, mais il faut qu’elle soit totale. » Dans ce contexte, un bon parcours des Bleues cet été en Australie, mettons un dernier carré, ne ferait de mal à personne.