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« La Fifa avance à petits pas » sur la sonorisation, confie Eric Borghini

Sonorisation des arbitres : « La Fifa avance à petits pas », confie Eric Borghini

FOOTBALLLe président de la commission fédérale de l’arbitrage à la FFF évoque auprès de « 20 Minutes » la nouveauté de la sonorisation partielle des arbitres français, ainsi que le climat de tension actuel les concernant en Ligue 1
Jérémy Laugier

Propos recueillis par Jérémy Laugier

L'essentiel

  • La Fifa vient de permettre la sonorisation partielle des arbitres français.
  • Président de la commission fédérale de l’arbitrage à la FFF, Eric Borghini présente à 20 Minutes cette nouveauté, qui devrait officiellement voir le jour lors des play-offs de D1 féminine en mai.
  • Outre cette sonorisation partielle des arbitres, qui pourrait s’étendre à la Ligue 1 la saison prochaine, Eric Borghini revient sur le climat de tensions entourant actuellement l’arbitrage français.

Les arbitres français vont-ils enfin être intégralement sonorisés, afin qu’on puisse comprendre absolument toutes leurs décisions ? Ce n’est pas si simple que ça, puisque la grande nouveauté à venir au printemps, à l’occasion des play-offs de D1 féminine, ne concerne que les décisions après utilisation du VAR. C’est ce qu’explique ce jeudi à 20 Minutes Eric Borghini, président de la commission fédérale de l’arbitrage à la FFF. Celui-ci en profite pour revenir sur le climat très tendu en 2024 autour des arbitres de Ligue 1.

Le football français souhaite-t-il être précurseur au niveau de la sonorisation de ses arbitres ?

Oui, dès la nomination d’Antony Gautier à la tête de l’arbitrage français en janvier 2023, on a demandé à pouvoir sonoriser les arbitres. Mais la Fifa a refusé car elle tient à initier elle-même un tel changement. La Fifa avance toujours à son rythme donc elle a créé des groupes de travail, dans lesquels la France est évidemment représentée. Elle a décidé en 2023 de tester une partie de la sonorisation lors de la dernière Coupe du monde de football féminin et sur le Mondial U20. Et là, la France est autorisée pour être la nation test, vu que la Fifa a pu lancer ce dispositif sur ses compétitions et qu’elle souhaite à présent l’étendre.

En quoi consiste exactement ce dispositif de sonorisation partielle des arbitres ?

L’utilisation de la sonorisation se fait dans un cadre très précis : uniquement lorsque l’arbitre a pris sa décision après avoir visionné les images du VAR. Une fois tout le processus de visionnage terminé, il explique sa décision au micro, et tous les spectateurs peuvent donc l’entendre. En France, on pourra voir cela en mai lors des matchs de play-offs de D1 féminine, à la condition que ceux-ci se disputent dans des stades où le VAR peut être installé. Puis j’espère que ce sera possible aussi pour la finale de la Coupe de France masculine.

Eric Borghini (au centre), ici aux côtés de la ministre des Sports Amélie Oudea-Castera, en septembre dernier lors d'une visite à Marseille.
Eric Borghini (au centre), ici aux côtés de la ministre des Sports Amélie Oudea-Castera, en septembre dernier lors d'une visite à Marseille.  - LOUAI BARAKAT/SIPA

Quant à étendre cela à tous les matchs de Ligue 1 la saison prochaine, est-ce en bonne voie ?

On veut en tout cas sonoriser ces visionnages terrain en Ligue 1. On a proposé cela à la LFP pour la saison prochaine. Je ne sais pas ce que va décider la Ligue à ce sujet mais je pense que la grande majorité des clubs y sera favorable.

Dans votre esprit, ce n’est qu’une première étape, non ?

Bien sûr, la France souhaite bien plus que cela, et c’est selon moi le sens de l’histoire. Imaginez à quel point ce serait bénéfique d’entendre les dialogues entre arbitre et joueurs en direct. Quand je me rends au stade pour un match de Ligue 1, j’entends tous ces échanges qui sont sonorisés, mais actuellement non diffusés. On découvre comment l’arbitre manage son match, comment il décrypte et apaise les situations.

Ça changerait l’image qu’ont les arbitres aux yeux des spectateurs et ça permettrait de faire comprendre leurs décisions. Ça rendrait donc le spectacle plus attractif et ça serait une grosse plus-value pour les spectateurs. D’ailleurs, en pleine négociation des droits TV de la Ligue 1, si on avait obtenu la sonorisation complète des arbitres, ça aurait été un gros plus pour les diffuseurs.

Sentez-vous la Fifa totalement fermée sur la question ?

La Fifa est responsable de tout le football mondial et elle a l’habitude d’avancer à petits pas. Elle commence par cette sonorisation des visionnages terrain, puis elle autorisera sans doute un jour davantage. Mais ça n’arrivera qu’une fois qu’elle a testé cela sur une de ses propres compétitions. Ça sera peut-être le cas sur une prochaine Coupe du monde, avant que ça ne puisse être étendu ensuite dans différents championnats.

Cette petite nouveauté intervient dans une période tendue entre les arbitres et les clubs de Ligue 1, comme on l’a vu le week-end dernier avec Franck Haise [qui demandait d’ailleurs cette sonorisation] et Jean-Pierre Rivère…

Oui, j’appelle au calme. Nous traversons une période de perturbations et toutes les occasions sont bonnes pour polémiquer. Il faut que tout le monde se reconcentre sur son cœur de métier, les arbitres comme les joueurs, les entraîneurs et les dirigeants.

Comment expliquez-vous que l’utilisation du VAR fasse toujours autant débat en France ?

La goal line technology est un outil technologie binaire : soit le ballon est dedans, soit il est dehors. C’est clair, net et précis. Pour le VAR, il y a toujours une appréciation, à la fois de l’arbitre VAR et de l’arbitre de terrain. Le facteur humain intervient forcément.

Mais pourquoi le VAR génère-t-il plus de polémiques en Ligue 1 depuis deux mois que sur toute la phase aller ?

Des insuffisances ont été constatées au niveau de l’arbitrage et une réunion a dans ce sens eu lieu le 15 février, pour tout mettre sur la table, au moment du Comex de la FFF. Avant cela, l’année 2023 s’était parfaitement déroulée, de l’avis des clubs y compris. Là, c’est comme s’il y avait eu un dérèglement dans l’arbitrage français en 2024.

Mais d’où viendrait-il, des tensions relayées dans la presse entre les deux patrons de l’arbitrage Antony Gautier et Stéphane Lannoy ?

Les arbitres sont des sportifs de haut niveau, des mécaniques de précision. Ils sont comme des voitures de Formule 1 : le moindre grain de sable peut perturber la machine. Certains d’entre eux m’ont sollicité pour que je participe à l’un de leurs stages [les arbitres professionnels français se réunissent toutes les trois semaines] en novembre dernier. Ils se plaignaient que la ligne technique varie d’un stage à l’autre. Ils sont actuellement un peu perdus et réclament plus de cohérence sur cette ligne technique.

Pourquoi n’a-t-on pas vu Clément Turpin et d’autres s’exprimer face aux médias après les récentes polémiques, vu qu’ils sont autorisés à le faire depuis l’an passé ?

Les arbitres ont toujours bien le droit de s’exprimer, et certains l’avaient fait la saison passée. Mais actuellement, ils sont moins en confiance qu’il y a quelques mois. Le contexte est beaucoup plus tendu. Il faut qu’ils retrouvent une sérénité optimale pour venir donner aux médias leurs explications, qui seraient intéressantes, après telle ou telle décision. Là, on est beaucoup trop dans la polémique et l’agitation.