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Le lent, mais progressif, développement du football féminin en Espagne

FC Barcelone – OL : « C’est une bataille »…Le foot féminin espagnol se remet-il de la crise de l'an passé ?

FootballLa finale de la Ligue des champions, ce samedi entre le Barça et Lyon, se disputera à guichets fermés à Bilbao. Mais, en Espagne, le football féminin peine encore à vraiment décoller
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • La finale de la Ligue des champions, entre l’OL et le Barça, se dispute ce samedi à 18 heures au stade de San Mamès, à Bilbao.
  • Malgré les titres en sélection et la professionnalisation du championnat, le football féminin espagnol peine à se développer rapidement.
  • Infrastructures, moyens, affluence, affiliation au club masculin… De nombreux leviers sont encore à activer.

Jean-Michel Aulas a tranché. Alors que les joueuses de l’OL disputent la finale de la Ligue des champions samedi face à Barcelone, l’ancien président des Gones a décidé de se faire porter pâle pour être à Lille, le même jour, à l’occasion de la finale de la Coupe de France masculine entre Lyon et le PSG. Dommage. Car le vice-président de la FFF et patron de la nouvelle Ligue féminine aurait pu prendre des notes auprès de ses homologues espagnols qui ont professionnalisé leur championnat il y a déjà deux saisons.

« Le déclic a surtout été il y a sept ou huit ans avec la création d’une association de clubs, nous explique Maider Castillo, ancienne joueuse et directrice du football à la UD Levante. Cela a aidé les clubs féminins à avoir une structure. Avant, il y avait beaucoup d’aides économiques qui entraient dans le club, mais tu ne savais pas où ça finissait. Le passage au professionnalisme a été rapide, on est sur le bon chemin. »

Un salaire minimum pour les joueuses a été établi, après une grève réalisée en début de saison dernière, il a été décidé que tous les clubs de Liga F devront évoluer sur une pelouse naturelle à partir du prochain exercice et un comité de coordination a été créé mardi entre la Liga, la Liga F et la Fédération espagnole (RFEF) pour « faire croître le football espagnol ». Alors, tout va bien dans le meilleur des mondes ? Pas vraiment, pas encore.

« Ce n’est pas normal qu’on soit derrière les Etats-Unis »

« Ça évolue lentement. Il y a beaucoup de plaintes sur la professionnalisation de la compétition, des installations déficientes, une mauvaise visibilité à la télévision, et une moyenne de spectateurs relativement faible, à l’exception du Barça », témoigne Marta Griñan, journaliste à AS. Si les Catalanes remplissent à chaque fois l’Estadi Johan-Cruyff (4.000 places) et font le plein à l’extérieur, c’est beaucoup plus compliqué pour les autres clubs, même si quelques délocalisations à succès dans les stades des équipes masculines sont réalisées, comme à la Real Sociedad, à Levante et même à La Corogne, pourtant en deuxième division.

« Le football féminin est dans une croissance incroyable, mais ce n’est pas normal qu’en Europe, le berceau du foot, on soit derrière les Etats-Unis. Ils remplissent les stades, parce qu’ils vendent un spectacle. Mais ici, nous en sommes incapables. On doit vendre une expérience et pas seulement pousser les gens qui aiment le foot masculin à aller voir du foot féminin. »

Josep Borrel, président de Levante Las Planas, club de première division, dans la banlieue de Barcelone

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Au-delà des stades, les équipes féminines affiliées à une structure masculine, hormis le Barça, sorte d'Ovni de ce championnat, sont encore trop souvent tributaires des résultats des hommes. « Il faut que tous les clubs de football féminin soient autosuffisants et autonomes, estime Maider Castillo. C’est important pour croître et surtout vendre le produit. » L’ancienne défenseuse est bien placée pour le savoir. A Levante, des coupes budgétaires ont été effectuées dans la section féminine, qui fait partie des historiques, à cause de la mauvaise saison des Granotas, qui ne devraient pas monter en Liga.

La RFEF pointée du doigt

De leur côté, les clubs indépendants (3 sur 16 en première division) souffrent aussi. Comme celui de Levante Las Planas : « Je ne sais pas si nous survivrons longtemps, mais c’est une bataille dans laquelle nous sommes engagés, nous explique Josep Borrel, le président. On est une équipe d’une ligue professionnelle, avec les coûts d’une équipe pro, mais sans les revenus d’une équipe pro, ni d’aide de la part des instances. »

Les instances, notamment la RFEF, et son ancien président Luis Rubiales, a longtemps été pointé du doigt, non seulement pour son agression sur Jenni Hermoso après le titre mondial de la Roja en août dernier, mais aussi pour sa volonté de mettre le championnat sous tutelle de la Fédé.

« C’était la ruine absolue. On s’est tous plaints. Les cartons jaunes qui coûtent 100 euros sont passés à 1.000 euros, ils demandaient 20 % des droits de télévision qu’on recevait… Regardez comment les fédérations font. Certaines ne donnent rien, mais ne prennent pas non plus. Si tu me donnes 3 et que je dois te rendre 1,5, ça n’a aucun sens. »

Josep Borrel.

Le dirigeant prend exemple sur la Women's Super League qui a aidé financièrement les clubs féminins à se développer, avant de les laisser voler de leurs propres ailes une fois qu’une certaine stabilité ait été trouvée. Aujourd’hui, un club comme Arsenal va disputer au moins onze matchs la saison prochaine à l’Emirates, le stade occupé à l’année par les hommes. Cette saison, les six matchs joués par les Gunners à l’Emirates ont réuni en moyenne 52.000 spectateurs.

Des énormes résultats pour les sélections

D’autant que les droits TV ne parviennent pas à faire gonfler de manière significative le budget des clubs. Selon le site Relevo, lors de la saison 2022-2023, 5,7 millions d’euros ont été répartis entre les clubs de Liga F, dont 600.000 euros pour le Barça, qui a terminé champion, et 254.428 euros pour un club comme Levante Las Planas. En France, les droits du football féminin (équipe de France + D1 Arkéma) ont été attribués à 5,3 millions d’euros annuels. En Angleterre, on atteinte les 8,1 millions par an.

Alors, comment faire pour que cette Liga F passe un cap et se rapproche de la Premier League ? Le changement au sein de la Fédération, et la création du comité de coordination sont un premier pas. « Si tu veux générer un bon produit, il faut l’améliorer et donner une visualisation, des ressources économiques pour que ce soit attirant, reprend Borell. Il manque des gens qui parient sur le développement du football féminin, qui investissent sur le marketing, la visibilité. Quand il y aura de l’argent, ça sera plus facile de bien faire les choses. »

D’autant que les résultats sur le terrain sont déjà très probants. Le Barça postule chaque année à un titre en Ligue des champions pendant que la Roja domine le football des sélections. « On est championnes d’Europe U17, U19, championnes du monde U17, U20 et avec l’équipe A, conclut Marta Griñan. Il manque juste que le reste soit à la hauteur des joueuses. » Et, si tel est le cas, il faudra impérativement que Jean-Michel Aulas se déplace en Espagne pour essayer de copier le modèle.