France-Allemagne : Les envies d’ailleurs d’Hervé Renard peuvent-elles être un problème pour les Bleues ?
FOOTBALL•Sous contrat jusqu’en août prochain, le sélectionneur de l’équipe de France féminine de football, qui défie ce vendredi (21 heures) l’Allemagne au Parc OL, ne se projette pas au-delà des JO de Paris 2024. Est-ce un problème pour un groupe ?Jérémy Laugier
L'essentiel
- L’équipe de France féminine de football affronte l’Allemagne, ce vendredi (21 heures) au Parc OL de Lyon-Décines, pour la première demi-finale de la Ligue des Nations de l’histoire.
- Sur le banc des Bleues, Hervé Renard va diriger son premier match depuis l’imbroglio de la CAN 2024, lorsqu’il avait manifesté en janvier son envie d’entraîner la Côte d’Ivoire lors de la deuxième partie de la compétition.
- Alors que son contrat ne court que jusqu’en août prochain, le sélectionneur tricolore ne se projette pas au-delà des JO de Paris 2024, et songerait déjà à d’autres projets de sélections ensuite. Cette situation peut-elle être perturbante pour ses joueuses dans une telle année charnière ?
L’aventure d’Hervé Renard à la tête de l’équipe de France féminine de football a-t-elle connu un brutal coup d’arrêt en janvier ? Présent en Côte d’Ivoire pour assister à certains matchs de la Coupe d'Afrique des Nations, celui-ci avait manifesté son envie de prendre la succession de Jean-Louis Gasset, en tant que sélectionneur intérimaire des Éléphants pour la fin la compétition. S’en est suivi en pleine CAN 2024 un imbroglio entre les fédérations française et ivoirienne, qui n’ont pas trouvé d’accord au sujet de l’entraîneur de 55 ans.
Comment cet épisode pour le moins hors du commun a-t-il donc été perçu par ses joueuses, alors que se profilait la demi-finale de la Ligue des Nations féminine, qui verra les Bleues défier l’Allemagne, ce vendredi (21 heures) au Parc OL de Décines ? « Cela n’a pas vraiment été un sujet, assure cette semaine Delphine Cascarino à l’AFP. S’il veut aller gagner la CAN avec une équipe, il peut y aller tant qu’il est disponible ensuite pour nous. Etant donné que ce n’était pas au même moment, franchement il fait ce qu’il veut. Il n’a pas été irrespectueux envers le football féminin, bien au contraire. »
« Je ne pense pas avoir offensé qui que ce soit »
La position de l’ailière lyonnaise s’entend au sujet de ce coach de coups, qui a multiplié les courtes expériences à la tête de sélections africaines, jusqu’à des projets plus longs au Maroc (de 2016 à 2019) et en Arabie saoudite (de 2019 à 2023). « Les défis font partie de ma carrière qu’on peut qualifier de chaotique, de différente, rappelait il y a une semaine l’intéressé. Il faut parfois accepter les différences, accepter d’être plus tolérant. Je ne pense pas avoir offensé qui que ce soit. » Il n’empêche que cette histoire pourrait laisser des traces, vu qu’elle s’ajoute à la tendance tenace dans les médias de voir l’ancien double vainqueur de la CAN quitter les Bleues après les JO de Paris 2024, quoi qu’il s’y passe.
« Pour l’instant, je suis en contrat jusqu’à la fin du mois d’août 2024, évoque à ce propos le sélectionneur tricolore. En six mois, je ne sais pas ce qu’il peut se passer, on verra bien. » Alors que même la belle affiche et l’enjeu de ce vendredi n’emportent pas un réel engouement populaire (il y aura moins de 30.000 spectateurs à Lyon-Décines), on ne sent pas Hervé Renard aussi convaincu/épanoui qu’à son arrivée en mars 2023. Cela pose une question majeure : est-ce un frein pour un groupe de sentir que son guide a des envies d’ailleurs ?
L’écroulement des Girondins en 2010 avec Lolo White
Tout en haut des exemples les plus célèbres d’écroulements d’équipes, en parallèle du probable départ de leur entraîneur, on pense aux Girondins de Bordeaux 2009-2010. Championne de France en titre, capable d’être leader à la trêve hivernale avec huit points d’avance sur son dauphin (l’OM), la bande à Yoann Gourcuff se permettait même alors de survoler sa poule de Ligue des champions contre le Bayern Munich et la Juventus Turin. Mais ça, c’était (étrangement) avant que n’apparaisse dès janvier 2010 la rumeur insistante d’un accord entre la FFF et Laurent Blanc pour que celui-ci prenne les rênes des Bleus cinq mois plus tard.
« Je vais être très court et très poli parce qu’il le faut : je démens tout ce qui a été dit, point barre », lâchait en conférence de presse notre Lolo White début février 2010. En vain, la machine médiatique s’emballe, le sujet envahit le Haillan, et ses Girondins se crashent, en dégringolant à la sixième place en Ligue 1 au printemps, avec à la clé une cruelle élimination en quart de finale de C1 contre l’OL (1-3 ; 1-0). Un ancien membre du club, alors proche du vestiaire, raconte cet épisode :
« On a connu une première partie de saison sur un nuage, sur la lancée de notre titre. J’avais l’impression qu’on était intouchables, que rien ne pouvait nous atteindre. OK, la rumeur du départ de Laurent Blanc était énormément reprise dans les médias et elle a fini par impacter le groupe. Les dirigeants lui avaient d’ailleurs mis un ultimatum pour connaître son avenir. Mais selon moi, ça n’a pas été l’élément déclencheur, ni le principal problème. Je n’ai jamais compris ces six mois bizarres : tout s’est inversé pour nous. On s’était sans doute vus trop beaux. L’élimination en Ligue des champions a été un déclic : on a senti qu’on allait tout perdre à partir de là. » »
Lorient et Clermont en galère cette saison
Cette spirale de la lose, avec en toile de fond le départ quasi acté d’un entraîneur emblématique, Jérémy Clément l’a vécue au printemps 2017 avec l’AS Saint-Etienne, à la fin de l’ère Christophe Galtier. « Là oui, on a fini un peu en roue libre, admet l’ancien milieu de terrain des Verts. Il n’y avait plus de place européenne à aller chercher. Et en plus, on sentait que le coach n’allait plus être là à la rentrée, donc on ne se projetait pas sur la saison suivante. » Encore 5e de Ligue 1 après 25 journées, l’ASSE finit sur une série cata de deux victoires sur les treize derniers matchs, et une 8e place finale.
« Je pense que le départ quasiment acté d’un coach joue sur les performances d’un groupe, poursuit Jérémy Clément. Peut-être que les joueurs en font inconsciemment un peu moins car ils sentent qu’ils vont bientôt avoir un autre entraîneur. Le niveau d’investissement est parfois différent à partir de là. » Cette saison de Ligue 1 compte d’ailleurs déjà deux exemples allant dans ce sens.
- La première partie de saison désastreuse du FC Lorient (17e à la trêve) fait suite au départ avorté durant l’été de son entraîneur Régis Le Bris vers Nice.
- Equipe surprise en 2022-2023 (8e), Clermont est cette saison en souffrance dans la zone rouge (18e), alors que son coach depuis 2017 Pascal Gastien a d’emblée annoncé qu’il s’agissait de sa dernière année au club. Clermont lui cherche d’ailleurs un remplaçant cette semaine.
« Les entraîneurs ne se projettent pas super loin »
Désormais entraîneur adjoint de Bruno Irles à Molenbeek (D1 belge), Jérémy Clément se souvient avoir vécu à nouveau cette problématique, mais cette fois dans la peau de l’entraîneur sur le départ. « Ma dernière saison comme coach de Bourgoin-Jallieu (N3), j’avais envie d’autre chose, confie-t-il. J’aspirais à intégrer un staff de club professionnel et ça, mes joueurs l’ont vite ressenti. Ce n’est pas bon car ceux-ci ont pu se mettre à douter de mon investissement aux entraînements. Après, il ne faut pas être hypocrite : de nos jours, les entraîneurs ne se projettent pas super loin. »
NOTRE DOSSIER SUR L'EQUIPE DE FRANCE FEMININELa grosse différence dans le cas de l’équipe de France féminine, c’est cette perspective des JO de Paris 2024, un an après la déception de la Coupe du monde en Australie (élimination en quart de finale contre le pays hôte aux tirs au but). « Tout le monde atteindrait un truc ultime avec un premier titre de championnes olympiques, note Jérémy Clément. C’est un objectif magnifique et ce groupe aura ensuite tout le temps de se projeter. » Vraisemblablement sans Hervé Renard, mais avec autour du cou cette consécration après laquelle Wendie Renard, Eugénie Le Sommer et consorts courent depuis plus de dix ans.


















