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From Abergel to Iniesta, la folle progression de Vitinha sous Luis Enrique

PSG – FC Barcelone : D’Abergel à Iniesta « prime », la folle progression de Vitinha sous Luis Enrique

FOOTBALLEn difficulté sous Galtier, Vitinha a retrouvé des couleurs sous Luis Enrique, au point de devenir le joueur le plus utilisé par l’entraîneur espagnol. Ses qualités entrevues à Porto s’expriment enfin à Paris
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Le PSG reçoit mercredi soir le FC Barcelone en quart de finale aller de Ligue des champions
  • Paris pourra compter sur Vitinha, un de ses hommes forts du moment, pour viser les demies, que le club n’a plus revu depuis 2021
  • Timide sous Galtier, le Portugais a repris confiance sous Luis Enrique, au point de devenir un des chouchous de l’Espagnol. Sa polyvalence et son intelligence sont particulièrement appréciées

Si avoir joué avec Cristiano Ronaldo et Messi est une chance pour la poignée de concernée il y a un prix à payer pour être aux premières loges. Répondre aux épuisantes questions sur le débat autour du « GOAT » en fait partie, comme le sait désormais Vitinha. De passage face à la presse lors d’un rassemblement avec le Portugal, début septembre, le Parisien n’avait pas su trancher. « Ce sont deux joueurs à part, deux extraterrestres. J’ai le privilège d’avoir joué avec les deux, et je pourrai le raconter à mes petits-enfants. »

Une déclaration qui dit beaucoup de l’amour du Portugais pour les passes latérales, un penchant pas vraiment apprécié par des détracteurs prêts à lui coudre une laine pour remédier à cette frilosité qu’ils portent en horreur, quitte à basculer dans l’obsession. Parmi les extraits vidéo du dernier OM-PSG (où il a été buteur) qui ont tourné après le classique, un petit numéro de jonglerie de Viti au milieu de trois Marseillais que n’aurait pas boudé un Pastore de gala. Mais dans son génie, le Portugais a eu le tort d’enchaîner sur une passe en retrait, essuyant les critiques de ceux qui auraient sans doute préféré qu’il envoie une saucisse improductive à Randal Kolo Muani.

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Vitinha, l’intello du foot « parfait » pour Luis Enrique

Il n’y a pourtant pas plus adapté au football de conservation du Paris Saint-Germain que cette prudence, aussi frustrante soit-elle. Au Portugal, sa compréhension du jeu lui vaut d’être comparé à Bernardo Silva, convoité en vain par le PSG. Un mal pour un bien pour Vitinha, qui aurait été sommé de s’asseoir gentiment sur le banc, car ces deux-là ne sont pas faits pour cohabiter, comme le rappelle une tribune de l’hebdomadaire Expresso. « Vitinha et Bernardo ne pourront que difficilement jouer en même temps. C’est dommage. Avec tant d’intelligence, notre milieu [de la Seleção] pourrait entrer à Oxford. » Un savoir footballistique que l’ancien portista cultive.

« Je pense que j’ai un peu d’entraîneur en moi, mais comme chaque joueur, parce que de nos jours, notre formation nous l’oblige, déclarait-il lors du dernier rassemblement avec son équipe nationale. Peut-être qu’individuellement, j’en ai un peu plus, oui, parce que je m’intéresse [au jeu], j’aime ça et je pose des questions, je m’informe beaucoup. »

Pas étonnant, dès lors, qu’il soit considéré comme le joueur parfait par son entraîneur en club. « Luis Enrique demande souvent à ses joueurs de ne pas perdre le ballon et Vitinha lui offre énormément de garanties sur cet aspect, analyse l’ancien Parisien José Karl Pierre-Fanfan, aujourd’hui consultant pour Canal +. C’est une qualité de savoir ce qu’on peut faire et ne pas faire sur un terrain. Ne pas prendre de risque, c’est aussi éviter de perdre le ballon bêtement et de concéder une situation dangereuse. » La perfection, donc, selon Enrique.

« « Vitinha, c’est un joueur parfait pour un entraîneur de mon style. Il ne perd pas le ballon, c’est exactement ce que l’on veut faire dans notre style. Puis, il est capable de se mettre entre les lignes, de fixer, de se détacher, de marquer… Je dois le féliciter et le pousser à rester à ce niveau et même à hausser ce niveau. » »

Luis Enrique

Meilleur en meneur reculé

Si elle devait s'arrêter là pour cette saison, la progression sur moins d’un an du joueur formé à Porto reste stupéfiante. Quoi qu’il advienne de Luis Enrique au PSG, la gestion de Vitinha restera comme une de ses grandes réussites, même si l’histoire retiendra que tout a commencé par l’attribution ingrate de ce faux rôle d’ailier gauche pour compenser la paresse défensive de Kylian Mbappé.

« C’est contre Dortmund qu’il a réellement franchi un cap, explique l’ancien Parisien Tripy Makonda, qui commente aujourd’hui les matchs du PSG. Il est passé de ce poste hybride avec Mbappé à un positionnement en numéro 6. Il a tout de suite pris beaucoup plus d’importance et le jeu n’en a été que beaucoup plus fluide. Il sait jouer sous pression dans ces conditions, et ça lui a permis de jouer vers l’avant, chose qu’il ne faisait pas entre les lignes. »

Un coup tactique répété en seconde période du 8e de finale aller de Ligue des champions contre la Real Sociedad, qui finira de convaincre Luis Enrique de la pertinence de ce positionnement de Viti, au détriment d’Ugarte, l’homme fort du début de saison devant la défense. « Mais attention, Luis Enrique est très cyclique avec ses joueurs, prévient Pierre-Fanfan. Ugarte est un bon exemple. En début de saison, on avait l’impression que c’était son joueur, et il a eu le malheur de rater 2-3 matchs, puis on ne l’a plus revu. »

Comme tous les autres, Vitinha a un temps fait les frais des bizarreries du technicien espagnol : après le récital de Dortmund, il s’est retrouvé sur le banc des remplaçants pour le Classique au Parc des Princes, suscitant l’incompréhension du petit moustachu. Une scène racontée par Enrique en personne à PSG TV. « Je me souviens qu’il s’est approché de moi dans le vestiaire, en me disant : “Quelque chose ne va pas ?” Je lui ai dit : “Non non, rien.” »

Libéré par les départs de Messi et Neymar

On serait à peine surpris d’apprendre que la manœuvre avait pour but de tester la personnalité du joueur, estampillé trop gentil, pas assez audacieux ni imbu de lui-même comme l’exige ce sport pratiqué au plus haut niveau. Bref, tout ce qui aurait pu expliquer son adaptation difficile, l’année dernière, passé le premier trimestre encourageant sous Galtier et les premières bassesses de Messi à l’entraînement (à moitié démenties par la victime).

« Entre les joueurs historiques et les stars mondiales à l’image de Neymar ou Messi, c’était difficile malgré tout d’exister » théorise Pierre-Fanfan, rejoint par Makonda : « Avec les trois stars devant lui, c’était plus dur pour lui de s’exprimer comme à Porto, où il était la pièce maîtresse. En matière de prise de décision ça change beaucoup de choses, il a dû apprendre à se mettre au service des autres. Alors qu’il était très influent à Porto, avec des prises de balle assez bas tout en étant souvent à l’avant-dernière passe. »

Autant d’armes que l’on retrouve chez le Portugais depuis qu’il a repris des couleurs avec le PSG, en plus d’une qualité de frappe à mi-distance appréciable qui lui a permis d’inscrire sept buts cette saison. Pas trop mal, pour un joueur qui ne fait que des pas de côté.