Borussia Dortmund – PSG : Paris peut-il décemment être un prétendant après cette bouillie en phase de poule ?
football•Qualifiés avec huit points, les Parisiens sont passés par la toute petite porte pour accéder aux 8e de finaleNicolas Camus
L'essentiel
- Le PSG n’a pu faire mieux qu’un match nul mercredi soir sur la pelouse du Borussia Dortmund (1-1). Un résultat qui lui permet de se qualifier pour les 8e de finale de la Ligue des champions, mais qui le laisse à la deuxième place du groupe.
- Il y a donc un grand risque d’affronter un grand d’Europe en février prochain, une perspective qui fait peur au regard des carences affichées lors de cette première phase.
- Les Parisiens n’ont remporté aucun match à l’extérieur et semblent manquer de repères pour avoir des ambitions, mais Luis Enrique en est persuadé, ses joueurs « seront beaucoup plus forts en février ».
De notre envoyé spécial à Dortmund,
Au moins cette fois, on ne pourra pas faire les surpris si jamais ça ne se passe tout à fait comme prévu en 8e de finale. Placé dans une poule dense, certes, mais pas non plus injouable quand on voit la situation des trois autres clubs dans leur championnat respectif, le PSG s’en est sorti vraiment ric-rac, comme jamais encore sous l’ère QSI. Huit points, c’est autant que Lens qui s’est fait éjecter en Ligue Europa mardi, et le troisième total le plus faible de l’histoire du club en Ligue des champions après des campagnes parfaitement oubliables du début des années 2000. Ça la fout mal, quand même, pour une équipe censée figurer parmi les prétendants au titre.
Peut-on encore la classer comme telle, d’ailleurs ? Le doute est permis, si l’on compare avec le premier tour joué en chaussons par le Real Madrid, le Bayern Munich ou Manchester City. Mais même sans aller jusqu’à regarder chez les voisins, il y a dans ce PSG version 2023-2024 des carences énormes qu’il va falloir gommer.
Déjà, les Parisiens n’y arrivent pas à l’extérieur, ce qui peut être vite rédhibitoire en confrontation aller-retour. A Newcastle comme à Milan, ils ont pris l’eau, trop facilement déstabilisés, pris de vitesse, bousculés, y compris dans les airs où Marquinhos et surtout Skriniar devraient pourtant faire la loi. Même face à ce Dortmund diminué et d’abord appliqué à ne pas perdre, Donnarumma a eu beaucoup de boulot – et parfois de la chance que les Allemands se montrent aussi inspirés que Kolo Muani. « Il y a beaucoup de choses à améliorer », reconnaît Marquinhos, qu’on a vraiment connu plus serein que sur cette première phase.
Luis Enrique imperturbable
Il faut dire quand même que l’équipe est en train d’assimiler les méthodes de Luis Enrique, qui peuvent se révéler dangereuses quand elles sont mal maîtrisées. « On veut avoir le ballon, presser haut, on prend des risques derrière, on est souvent à un contre un, reprend le défenseur brésilien. C’est normal, on travaille sur notre force qui n’est pas d’attendre derrière l’adversaire, le coach focalise sur ça. C’est notre philosophie, le coach dit toujours qu’on est loin de ce qu’il veut pour son équipe. »
L’Espagnol garde une foi inébranlable en ses idées, et ce n’est pas les difficultés rencontrées lors de ce premier round qui le feront bouger d’un iota. Il en est persuadé, ses joueurs « seront beaucoup plus forts en février ». Qu’est-ce qui lui fait dire ça ? « Mon expérience, répond-il. J’ai entraîné douze saisons, mes équipes se sont toujours améliorées. Je le répète, il y a eu onze transferts, l’idée de jeu est différente de ce que les joueurs ont l’habitude de voir en France. J’ai confiance dans le club, dans ce groupe. »
Patience…
C’est cohérent avec ce que l’on avait découvert avant la rencontre en fouillant un peu dans sa façon de procéder. Arrivé l’été dernier, l’ancien coach de la Roma et du Barça aime prendre son temps, tester pas mal de choses et de joueurs, à différents postes, afin de trouver le système le plus juste et que tout le monde soit au même niveau d’intégration.
En attendant, son équipe manque d’une base solide, de références, notamment au milieu de terrain, où ça joue parfois à deux parfois à trois, où Vitinha est baladé un peu partout, Lee Kang-In titularisé pour un match capital au poste de relayeur après avoir été davantage utilisé comme ailier, et Ugarte écarté sans prévenir alors qu’un peu de muscle ne ferait pas de mal. Ça bouge également beaucoup devant, les hommes comme les positions, avec pour le moment une seule constante : un manque criant d’efficacité.
Ça pour le coup, on ne peut pas le mettre sur le dos de l’entraîneur, même si on peut s’interroger sur la gestion de Kolo Muani et Gonçalo Ramos (qui était malade mercredi), par exemple. « Cela ne me préoccupe pas du tout, coupe Luis Enrique. Nous sommes l’équipe qui se crée le plus d’occasions. Ce qui me préoccupe, c’est le manque de contrôle, quand on perd les ballons, quand le match devient un match d’allers-retours. Je réfléchis aux solutions. Mais pas l’inefficacité. Nous avons de grands buteurs. »
Pas de raison de baisser la tête, donc. Comme on dit, il faut laisser sa chance au produit et on verra en février si le PSG arrive avec davantage de certitudes face à une opposition qui s’annonce bien plus consistante. Il y a de la vie dans cette équipe, un gardien brillant quand on ne lui demande pas (trop) de jouer avec ses pieds, un gamin ébouriffant au milieu en train de confisquer les clés, et un duo de feu devant (Mbappé-Dembélé) qui vaut bien mieux que la feuille de stats rendue jusqu’à maintenant.
« C’est petit à petit qu’on va grandir »
Face à Dortmund, Paris a aligné son onze de départ le plus jeune (24,7 ans de moyenne) en Ligue des champions depuis plus de 20 ans. « C’est petit à petit qu’on va grandir, martèle Marquinhos. Il y a quand même de l’amélioration dans notre prestation à l’extérieur ce soir [mercredi], c’était très important après Newcastle et Milan. Il faut travailler d’ici à la prochaine étape pour être meilleurs. » Le président Nasser Al-Khelaïfi, qui avait fait le déplacement en Allemagne, garde toute confiance en son coach et ce projet lancé l’été dernier. « Depuis le premier match qu’on a joué avec Luis Enrique, on est très satisfait, assure-t-il. Il fait un très bon travail, on a un style de jeu offensif. On a signé avec lui pour ça. » Et pour voir au-delà de l’hiver en C1, quand même.


















