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« Plus j’ouvre ma tronche, plus ça sert », Rothen s’enflamme sans peur d’agacer

RMC : « Plus j’ouvre ma tronche, plus ça sert », Jérôme Rothen s’enflamme sans peur d’agacer

PORTRAITCo-animateur de l’émission « Rothen s’enflamme » diffusée sur RMC depuis trois ans, l’ancien joueur du Paris Saint-Germain s’est fait sa place entre Moscato et l’After, tout en jouant les trouble-fête dans le paysage du foot français
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Arrivé comme consultant en 2016, la verve de Jérôme Rothen s’est progressivement inscrite au patrimoine de RMC, pour qui il co-anime l’émission « Rothen s’enflamme », avec le journaliste Jean-Louis Tourre depuis 2021.
  • Ses saillies parfois rugueuses sur les joueurs, l’arbitrage ou les entraîneurs sont assumées mais peuvent « laisser des traces » et « couper de certains mecs », malgré quelques réconciliations récentes, notamment avec Emerse Faé.
  • Certains clubs, comme Lyon notamment, ne portent cependant pas l’ancien Parisien dans leur cœur. L’OL n’a pas vraiment digéré son dézingage de l’entraîneur Fabio Grosso il y a quelques mois.

Contours soignés, cheveux peroxydés, costume parfaitement taillé, montre de luxe apparente et portable à la main. Jérôme Rothen a une dégaine à monter dans le bus du PSG un soir de Ligue des champions mais c’est bien en tant que consultant à RMC qu’il nous a donné rendez-vous. « Désolé du retard, avec la pluie, je préfère ne pas faire de folie sur mon scooter. On n’est jamais à l’abri d’une glissade ». Il existe donc un domaine où l’ancien milieu de terrain parisien, véritable usine à avis tranchés depuis son arrivée chez RMC en 2016, a peur des dérapages.

Au micro, son amour prononcé du drift l’a conduit à une mise à l’écart ponctuelle en 2019 après le « débat parallèle » puant avec Daniel Riolo, épisode qui l’a – fort heureusement – ramené à la raison sur les sujets plus lourds. Sur le football, il n’est en revanche pas question de canaliser la bête. Ce serait gâcher. Une fois lancé sur le PSG, Mbappé, ou l’arbitrage, interrompre Jérôme Rothen devient un exercice aussi périlleux qu’une tentative d’incursion dans le cerveau de Luis Enrique. Sa transcendance emporte tout sur son passage, avec le risque de laisser échapper le mot de trop, celui qui blesse.

«  « J’assume ma personnalité. Je ne force rien à l’antenne, d’autant plus qu’aujourd’hui, il y en a moins qui me disent ‘'ferme ta gueule tu vas dire des bêtises'’. Au contraire. Plus j’ouvre ma tronche, plus ça sert. Ça fait du buzz, même si je ne fais pas ça pour le buzz. » »

Jérôme Rothen

Les chiffres de son émission, « Rothen s’enflamme », diffusée du lundi au vendredi, lui donnent raison : RMC revendique 752.000 auditeurs quotidiens, ainsi qu’une hégémonie chez les chauffeurs de taxis parisiens à l’heure où ces derniers, englués dans les bouchons, cherchent à faire passer le temps entre deux embrouilles avec des vélotafeurs.

Digne héritier de Larqué et Dugarry (devenus ses consultants)

Une réussite pour celui dont l’objectif premier au lancement de l’émission, en 2021, était de redonner vie au créneau 18h-20h, tranche horaire historique jadis occupée par Luis Fernandez et Christophe Dugarry, à laquelle avait succédé « Top of the foot ». « L’émission était basée sur un duo de journalistes, en l’occurrence Mohammed Bouhafsi et moi, raconte Jean-Louis Tourre, caution journalistique aux côtés de l'ancien milieu. Ça ne l’a pas fait pour diverses raisons, et il a fallu repartir sur un nouveau format. Je trouvais que c’était bien de repartir sur un consultant leader et le choix de Jérôme s’imposait parce qu’il a tous les codes RMC en lui. Le sens du débat, de la polémique, des avis tranchés. Et il n’a pas peur de se fâcher. »

Y compris avec ses chevaliers de la table ronde, de Dugarry à Eric Di Meco en passant par Emmanuel Petit, ou, pour les plus récents, Tony Vairelles et Andy Delort. Si la norme est au chambrage, les duels où l’on joue dur sur l’homme existent et peuvent, aux dires de Rothen, « laisser des traces » jusqu’à plusieurs heures après l’accrochage.

« « Dans la soirée ça peut rester dans la tête quand les propos ont pu être durs. Mais avec l’expérience, le lendemain c’est oublié. Avant, parfois il me fallait la nuit, le lendemain et après j’avais encore envie de déchirer le mec… Mais c’était plus avec Daniel Riolo, quand je faisais l’After. Par moments, heureusement qu’il partait vite sur son scooter… » »

Jérôme Rothen

Jérôme Rothen est bien conscient que parmi les gens qu’il a un jour rêvé d’attraper par le colbac, beaucoup nourrissent les mêmes velléités à son égard. Fair play, l’ancien joueur estime que toute attaque, à commencer par les siennes, mérite réponse. « A condition que l’on respecte ma personne. » Un code de l’honneur qu’il dit désormais s’appliquer avant de taper sur le premier joueur venu. « Avec le recul, je sais que ça peut faire mal quand un ancien joueur va loin dans la critique. J’essaye d’éviter de dire des trucs comme "ce mec-là a les pieds carrés", "ce mec-là n’a aucun talent". Je me dois de mettre les formes sur les critiques techniques. »

L’OL n’a pas digéré son ingérence dans le dossier Grosso

C’est un peu moins vrai pour les arbitres ou les entraîneurs. Le « melon » de Clément Turpin et le « boulard » de Rudi Garcia sont autant d’exemples récents dont la forme discutable porte préjudice au fond d’un propos potentiellement pertinent. « Jérôme Rothen peut être très tordu, se plaint en off un entraîneur qu’il a un jour égratigné. Les mots qu’il avait eus à mon égard, je les avais trouvés agressifs, démesurés et délirants. C’est pour ça qu’il est attaqué par plein de gens. » « Ça peut nous couper de certains mecs, c’est sûr, concède Tourre. Mais tu ne peux pas faire une émission d’opinion et être bien avec tout le monde. C’est pas possible. Quand tu vas émettre un avis pas aseptisé, tu vas te fâcher avec des gens. » Voire avec des clubs.

Si l’ancien finaliste de C1 avec Monaco entretient de bonnes relations avec certaines équipes de L1, comme Lens, où il avait délocalisé le plateau de son émission il y a deux ans, ou Rennes, ses entrées dans les vestiaires de Ligue 1 sont perçues par d’autres comme une forme d’ingérence. Ses informations sur l’altercation entre Michel Der Zakarian et Mamadou Sakho, par exemple, avaient permis de nuancer la version officielle des faits, même si elle n’a pas empêché le départ du défenseur central.

A Lyon, où l’on ne souhaite pas évoquer directement le sujet Jérôme Rothen, les dirigeants n’avaient pas du tout apprécié son dézingage de Fabio Grosso, en octobre. A l’époque, en quête de « taupe(s) », ce dernier avait carrément annulé un entraînement en réaction à une info balancée à l’antenne par Rothen selon laquelle le vestiaire avait (déjà) lâché le coach italien. Plus globalement, c’est tout son traitement du club lyonnais à l’antenne qui n’est pas apprécié par l’OL. Le revers d’un traitement principalement bipolaire du football français (Paris-Marseille) qui n’a pas toujours été ce qu’il est : le duo de présentateurs aime rappeler l’époque où Juninho s’asseyait à leur table et « les Lyonnais étaient au taquet sur l’émission », pour paraphraser Jean-Louis Tourre.

Emerse Faé et Jérôme Rothen, le grand pardon

De manière générale, il n’est pas à exclure que ceux qui tournent aujourd’hui le dos à l’ancienne patte gauche parisienne lui soient moins hostiles dans le futur. Rothen sait courber l’échine devant ses victimes, ne serait-ce que par intérêt. « Quand tu veux inviter des gars que tu as égratignés, ils ont du mal à venir dans l’émission, dit-il. Ce que je peux comprendre. » Pour recoller les bouts cassés, l’émission avait lancé « le grand pardon » à l’été 2023, dont le but était de se réconcilier avec une personnalité du football. Avec assez peu de réussite mais moyennant quelques séquences amusantes.

Une victoire tout de même pour Jérôme Rothen le casque bleu : sa paix des braves signées il y a quelques semaines avec Emerse Faé sur RMC. Précédé par sa réputation jusqu’en Afrique, l’animateur avait essuyé les critiques acerbes du sélectionneur ivoirien, fraîchement couronné champion d’Afrique (« il ne comprend rien au foot. Quand on regarde la carrière internationale qu’il a eue… Je ne suis pas étonné. Je l’ai laissé parler, il s’est fait remarquer, il a fait son intéressant »), après avoir pesté contre le scénario de la CAN. « J’avais dit ça après les 8es de finale où toutes les grosses équipes ou presque avaient été sorties. Après, on a eu un échange sympa, Emerse a aussi reconnu son erreur et dit qu’il avait mal réagi sur le coup. L’essentiel, c’est qu’il a eu conscience que je ne l’ai pas fait gratuitement. L’erreur est humaine. »