Ligue 1 : Pourquoi Rayan Cherki a-t-il fini par exaspérer tout le monde à l’OL (et ailleurs) ?
FOOTBALL•Attendu comme un talent majeur du football français depuis son éclosion en 2020, le milieu offensif lyonnais de 20 ans n’a pas confirmé son potentiel sur la durée. Avant de défier l’OM, ce dimanche (20h45), il exaspère même les supporteurs de l’OLJérémy Laugier
L'essentiel
- Très mal en point en Ligue 1, avec une 16e place après 19 journées, l’Olympique Lyonnais va disputer un tournant, ce dimanche (20h45), avec un bouillant Olympico contre le rival marseillais.
- Alors que les dernières recrues d’un mercato fleuve côté OL (Orel Mangala et Saïd Benrahma) ne seront pas qualifiées pour ce choc, Rayan Cherki tentera de prouver qu’il peut encore être un élément moteur au sein de son club formateur.
- Lancé dans le grand bain à 16 ans, l’international Espoirs a si souvent déçu depuis son coup de maître, en janvier 2020 à Nantes (3-4), qu'il s’est mis une bonne partie du Parc OL à dos. 20 Minutes se plonge sur les raisons de ce désamour.
Son récital à la Beaujoire, le 18 janvier 2020, avec deux buts et deux passes décisives pour éliminer le FC Nantes en Coupe de France (3-4), avait officialisé l’avènement d’un phénomène du football français. Il ne pouvait pas en être autrement tant Rayan Cherki montrait, à seulement 16 ans, des facilités folles au moment de débouler dans le monde professionnel. Sauf que quatre années plus tard, le milieu offensif de l’OL n’a jamais reproduit une telle masterclass, malgré le cap symbolique des 100 matchs franchi en Ligue 1 avec son club formateur. Le temps file et avant le choc OL-OM, ce dimanche (20h45), l’effervescence unanime entourant les premiers pas du natif de Lyon a laissé place à un désenchantement tout aussi généralisé du côté des supporteurs de l’OL.
« On nous le présente comme un crack depuis longtemps, et son principal mérite a été d’apporter parfois du danger offensif, ce qui est devenu rare chez nous, raconte Richard (45 ans), un habitué du virage sud lyonnais. Mais en fin de compte, il ne fait jamais les bons choix et il contribue autant que Tolisso à ralentir notre jeu. Cette saison, je n’en peux plus : je me dis qu’il est finalement plus dangereux pour nous que pour l’adversaire. » Un sentiment illustré par les deux défaites de l’OL en 2024, au Havre (3-1) et contre Rennes (2-3), marquées par des pertes de balle de Rayan Cherki aboutissant à chaque fois à un but adverse.
« C’est limite impossible d’anticiper ses dribbles, mais il en surjoue parfois »
Quelques minutes avant sa dernière boulette en date, le numéro 18 lyonnais s’était « distingué » par une passe aveugle vers Diawara à l’entrée du rond central. Une pseudo highlight qu’a tenu à mettre en avant sur ses réseaux sociaux le compte officiel de la LFP, ce qui a provoqué des centaines de commentaires moqueurs. Régulièrement sifflé au Parc OL depuis plusieurs mois, le clivant meneur de jeu de 20 ans a pour principal défaut d’afficher des statistiques faméliques, avec seulement 5 buts et 13 passes décisives à son actif en 102 apparitions en Ligue 1 depuis octobre 2019.
D’ailleurs, son seul but cette saison sous le maillot lyonnais (en 21 matchs) a eu lieu le 7 janvier en Coupe de France contre les amateurs du CA Pontarlier (N3, 0-3). « On sent qu’il aime dribbler, c’est limite impossible d’anticiper ses dribbles vu qu’il a les deux pieds, estime Pierre Vannier-Simon, défenseur central ayant affronté l’OL ce jour-là. Il en joue mais il en surjoue parfois. Il m’a aussi donné l’impression d’être un peu dans son coin, de faire son truc à lui sans vraiment échanger avec ses partenaires. »
Bien plus de stats en Coupe de France et avec les Espoirs qu’en Ligue 1
Car Rayan Cherki est à part, comme le confirme en souriant Emilien Monney, piston gauche de Pontarlier ayant donc été au duel avec lui lors de ce 32e de finale de Coupe de France : « Il a une sacrée confiance en lui. Vers la 35e minute de jeu, il m’a dit : "Vous avez de la chance, on n’a pas encore trop joué de mon côté". Ce n’est pas méchant, mais il chambre bien ». Si le joueur du club amateur doubiste tient à nuancer la critique la plus répandue au sujet de l’intéressé, à savoir qu’il ne ferait « aucune différence », il confirme aussi qu’on a vite fait le tour du danger, même en National 3
« Au début, j’avais l’impression qu’il était un peu lourd, mais il ne faut pas croire, il file très vite. Sur l’un de ses dribbles, il avait tellement d’avance sur moi que j’ai dû sprinter pour le rattraper et que je me suis jeté. Mais au final, il fait toujours un crochet de trop et il permet à ses adversaires de se replacer. Il faudrait qu’il soit plus spontané car là, perso, j’ai immédiatement compris qu’il ne fallait jamais se jeter face à lui. » »
Ce qui saute aux yeux dans le parcours professionnel du plus jeune buteur de l’histoire de la Youth League (à tout juste 15 ans), c’est sa propension à « stater » lorsque l’adversité est faiblarde. Ce n’est ainsi pas un hasard s’il a davantage scoré en seulement 16 matchs de Coupe de France (8 buts) et en 20 sélections avec les Espoirs (11 buts) que durant cette centaine de rencontres disputées dans l’élite française.
« Rayan a toujours été doué, mais il n’a pas été formé »
Les limites pour le haut niveau que montre Rayan Cherki, dont la carrière n’a pas (encore) décollé pour de bon malgré un passage encourageant sous Laurent Blanc début 2023, semblent remonter à sa formation. Celle d’un talentueux toujours surclassé/bichonné par l’OL, avant de (trop) vite bénéficier d’un salaire délirant au vu de son âge et de son statut, à savoir 300.000 euros brut mensuels. « La direction nous imposait de faire jouer Rayan en Youth League », confie même Gilles Rousset, entraîneur adjoint des U19 lyonnais en 2018-2019, avant qu’il ne développe.
« Rayan a toujours été doué mais il n’a pas été formé. Certains au club considéraient que vu qu’il était doué, il fallait le laisser jouer comme il le voulait. On avait des ordres d’en haut à respecter. On voit qu’il a pris de mauvaises habitudes. Il aurait fallu qu’il apprenne que le football ne se pratiquait pas qu’avec le ballon. Il est très bon dans les petits périmètres et dans le jeu combiné, mais ça ne débouche pas sur grand-chose. En Ligue 1, il n’arrive pas à être décisif. » »
Sorti à la mi-temps par Pierre Sage contre Rennes
Même lorsqu’il réalise son action masterpiece, avec une roulette en pleine surface contre Monaco (3-1) en mai 2023, il conclut mal en butant sur Nübel. « La saison passée sous Laurent Blanc, le grand public était extrêmement injuste avec lui. On lui demandait de dynamiter le jeu et il y avait forcément plus de déchets chez lui que chez ceux qui se planquaient dans cette équipe dépressive », note Vincent (32 ans), également supporteur de l’OL. Mais si ce dernier suivait dès les catégories jeunes ce talent générationnel supposé, il a à son tour saturé de « ses performances et de ses efforts sinusoïdaux ».
« Le souci, c’est qu’il lui manque la dimension physique, à la fois dans le coup de rein et dans le volume de jeu, regrette-t-il. Et puis sa finition est vraiment mauvaise pour un joueur aussi technique. Je veux bien tout faire pour le soutenir, mais là il déjoue trop souvent, c’est frustrant. »
« Le bon moment pour montrer pourquoi il est si spécial »
Entre ses tergiversations tête baissée et sa propension à pourrir des partenaires, il est tellement « frustrant » qu’il devient même très difficile, en 2024, d’encore trouver à Lyon un défenseur de Rayan Cherki, à qui il ne reste plus qu’un an et demi de contrat. Celui qui est conseillé depuis l’année passée par Fayza Lamari, la mère de Kylian Mbappé, n’aurait pas été retenu par le club en cas de bonne offre lors des deux derniers mercatos. « C’est le bon moment pour lui de se mobiliser, de contribuer à notre ambition collective, et de montrer aux gens pourquoi il est si spécial », indiquait à son sujet John Textor, mardi dans L’Equipe.
NOTRE DOSSIER SUR L'OLPour lui comme pour l’OL, qui a largement investi cet hiver, le sens de l’histoire voudrait qu’il change d’air dans cinq mois. « Je souhaite que ça marche pour Rayan mais ça va prendre plus de temps que prévu, explique Gilles Rousset. Ça pourrait surtout se concrétiser pour lui là où on ne l’attend pas comme la petite pépite ou le surdoué du centre de formation. » Il lui reste avant cela quatre mois pour permettre à son club d’éviter une relégation, et tenter de se réconcilier avec le Parc OL, who knows.


















