OL-Lorient : « Le club lui a fait sauter des étapes »… Pourquoi Rayan Cherki a-t-il peiné avant de briller à Monaco ?

FOOTBALL Avant d’affronter Lorient samedi (17 heures), le milieu offensif lyonnais s’est illustré en inscrivant, à 17 ans, son premier but en Ligue 1 dans un match clé, la semaine passée à Monaco (2-3)

Jérémy Laugier

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Rayan Cherki n'a connu que quatre titularisations cette saison en Ligue 1, dont la dernière à Reims (1-1) où Rudi Garcia l'a remplacé dès la mi-temps.
Rayan Cherki n'a connu que quatre titularisations cette saison en Ligue 1, dont la dernière à Reims (1-1) où Rudi Garcia l'a remplacé dès la mi-temps. — Christophe Saidi/Sipa
  • Attendu comme le nouveau phénomène de l’académie lyonnaise depuis 2019, Rayan Cherki (17 ans) vient d’inscrire son premier but en Ligue 1, dimanche dernier à Monaco (2-3), lors d’un choc décisif dans la course à la Ligue des champions.
  • Avant OL-Lorient samedi (17 heures), 20 Minutes revient sur le parcours du talentueux milieu offensif dans son club formateur.
  • Selon l’un de ses anciens formateurs en U19, Gilles Rousset, Rayan Cherki a bénéficié « de passe-droits nocifs » durant son cursus à Lyon.

Lorsque Rayan Cherki a parfaitement ajusté Benjamin Lecomte (2-3, 89e), dimanche à Monaco, on s’est tous surpris à penser que le milieu offensif lyonnais avait « enfin » débloqué son compteur en Ligue 1. Car oui, on en oublierait presque que ce phénomène de l’académie lyonnaise n’a que 17 ans, et qu’il est devenu le deuxième plus jeune buteur de l’histoire de l’OL dans l’élite après Bernard Lacombe.

Il faut dire que la signature de son contrat professionnel remonte déjà à juillet 2019, trois mois avant ses premières minutes en Ligue 1 contre Dijon (0-0). Il aura donc fallu attendre la 30e apparition (seulement 5 titularisations) en championnat de Rayan Cherki pour le voir trouver le chemin des filets. Mais s’il compte déjà 6 buts et 3 passes décisives en deux campagnes de Coupe de France, il ne s’imaginait clairement pas devoir attendre autant pour se montrer décisif en Ligue 1.

« J’allais mettre deux ou trois petits ponts, et après ça allait dérouler »

« En arrivant en professionnel, je me suis dit que j’allais faire comme en U17, en U19 et en N2 : j’allais jouer deux matchs, marquer deux ou trois buts, mettre deux ou trois petits ponts, et après ça allait dérouler, racontait l’intéressé, dimanche sur Téléfoot, juste avant Monaco-OL. Mais le foot pro, ça n’est pas du tout comme ça. Il y a des moments de doute, et tu peux passer du tout au tout en un quart de seconde. » Une sortie médiatique symbolisant bien l’impatience et la grande confiance en lui du garçon, qui espère enchaîner samedi (17 heures) contre Lorient.

La Coupe de France a permis à Rayan Cherki de se distinguer, comme ici en mars avec un doublé contre Sochaux (5-2).
La Coupe de France a permis à Rayan Cherki de se distinguer, comme ici en mars avec un doublé contre Sochaux (5-2). - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

« Lorsqu’il a intégré la catégorie U19, à 14 ans, Rayan avait la certitude d’être meilleur que tous les autres joueurs, et pour lui, il devait jouer, confie Gilles Rousset, entraîneur adjoint des U19 lyonnais en 2018-2019. Mais il y a quand même des étapes à franchir. D’autres méritaient autant que lui de jouer en Youth League, mais dès la pré-formation, il avait déjà un statut au club, et des passe-droits qui pouvaient agacer certains de ses coéquipiers. »

« On nous imposait de le faire jouer »

Concrètement, sa première belle campagne européenne jusqu’en quart de finale U19, avec un premier but alors synonyme de record de précocité, à 15 ans et 33 jours, en septembre 2018 à Manchester City (1-4), a-t-elle été un enjeu majeur à la tête du club ? « On nous imposait de faire jouer Rayan Cherki, assure Gilles Rousset. Notre N + 1 [le directeur de l’académie Jean-François Vulliez] nous le demandait car des promesses avaient été faites auprès du joueur et de son entourage. Le club lui a fait sauter des étapes. A cette époque, soit il pouvait vite s’entraîner avec le groupe pro, soit il quittait l’OL. »

Rayan Cherki est devenu le plus jeune buteur de l'histoire de la Youth League, en septembre 2018 à Manchester City.
Rayan Cherki est devenu le plus jeune buteur de l'histoire de la Youth League, en septembre 2018 à Manchester City. - Ryan Browne/BPI/REX/Shutterstock/SIPA

Un choix tranché au club en faveur de celui qui annonce vouloir « être le numéro 10 de l’OL le plus longtemps possible ». Son éblouissant match de Coupe de France, le 18 janvier 2020 à Nantes (3-4), marqué par deux buts et deux passes décisives, avait des allures de véritable décollage de sa carrière au haut niveau. Sauf que la saison actuelle a le plus souvent été frustrante pour Rayan Cherki, lié à l’OL jusqu’en 2023, à l’image de ses deux seules titularisations, sans éclat, depuis sept mois, à Angers (0-1) et Reims (1-1). Gilles Rousset a son explication sur cette période délicate pour le jeune ambidextre.

Rayan a toujours joué sur son talent et il s’est formé tout seul. Les promesses du club ont été nocives pour lui. En s’entraînant très tôt avec les pros, il s’est dit qu’il était prêt à jouer avec eux. Mais Karim Benzema s’était ouvert tout seul les portes du monde professionnel à l’OL par ses performances. Des joueurs comme Alexandre Lacazette, Corentin Tolisso et Nabil Fekir ont dû se construire sur le plan mental à Lyon, et lui n’est pas passé par là. »

Habitué aux buts décisifs dans les grands rendez-vous

Ce but en Principauté va-t-il être le début d’un nouveau chapitre pour le natif de Lyon ? En tout cas, Rayan Cherki a choisi le moment idéal pour se mettre en valeur, deux minutes après son entrée en jeu, synonyme de course à la Ligue des champions relancée pour les Lyonnais (4es à un point de l’ASM). Etre déterminant dans les dernières secondes d’un match bouillant a souvent été une caractéristique du jeune talent lyonnais, que ce soit pour un derby U17 à Saint-Etienne (1-2, 83e), ou pour des succès majeurs en Youth League en 2019-2020 contre le Benfica (1-2, 90e+4) et l’Atalanta Bergame (3-3, 90e+4 puis 3-5 aux tirs au but).

Rayan Cherki n'avait 17 ans que depuis deux jours lorsqu'il s'est retrouvé à disputer quelques minutes d'une demi-finale de Ligue des champions, en août 2020 contre le Bayern Munich de Benjamin Pavard à Lisbonne.
Rayan Cherki n'avait 17 ans que depuis deux jours lorsqu'il s'est retrouvé à disputer quelques minutes d'une demi-finale de Ligue des champions, en août 2020 contre le Bayern Munich de Benjamin Pavard à Lisbonne. - Miguel A. Lopes/AP/SIPA

« C’est un joueur instinctif qui aime le jeu et l’enjeu des grands rendez-vous, confirme Gilles Rousset. Il n’a pas le moindre complexe, ce qui peut être une force quand on voit comment son geste est relâché sur son but à Monaco. Il est capable d’essayer de passer un petit pont à Sergio Ramos comme il le faisait dans les matchs U17. » Il lui reste trois matchs de championnat pour espérer défier pour la première fois ce bon vieux Sergio, la saison prochaine en Ligue des champions.