OL-OM : D’Eden Hazard à Rayan Cherki, Rudi Garcia est-il « un formateur dans l’âme » ?

FOOTBALL L’entraîneur de l’OL, qui retrouve l’OM ce mercredi (21h05), a lancé dans le grand bain ces dernières semaines Rayan Cherki (16 ans)

Jean Saint-Marc et Jérémy Laugier

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A Lyon, Rudi Garcia semble faire confiance à Rayan Cherki.
A Lyon, Rudi Garcia semble faire confiance à Rayan Cherki. — Photo : J. Spencer / SIPA. Paint : J. Lau & J.S.-M.
  • Grâce à son éternel adjoint Claude Fichaux, Rudi Garcia suit toujours de près l’évolution des jeunes joueurs du centre de formation, que ce soit au Losc, à l’OM, et désormais à Lyon avec notamment Rayan Cherki (16 ans).
  • En quart de finale de la Coupe de France, ce mercredi (21h05) au Parc OL, Rudi Garcia va notamment retrouver les Marseillais Maxime Lopez et Boubacar Kamara, qu’il a fait éclore en Ligue 1.

Etait-ce un cadeau empoisonné ? Rudi Garcia a titularisé pour la première fois en Ligue 1 le milieu offensif lyonnais Rayan Cherki (16 ans), dimanche au Parc des Princes (4-2), « pour lui montrer que quand il travaille bien, il peut être récompensé ». La preuve d’une pure démarche de formateur de la part de l’entraîneur de 55 ans, qui retrouve l'OM ce mercredi (21h05) pour un périlleux quart de finale de Coupe de France ?

Directeur du centre de formation du Losc à l’arrivée de Rudi Garcia en 2008, Jean-Michel Vandamme semble le penser : « Factuellement, Rudi avait son certificat de formateur avant d’obtenir le DEPF lui permettant d’entraîner au niveau professionnel. Quand il a fallu trouver un successeur à Claude Puel, LE coach-formateur absolu en France, c’est une des raisons pour lesquelles je suis entré en contact avec Rudi Garcia. Quand on voit comment il a installé Lucas Digne comme titulaire à 19 ans à Lille, on comprend qu’il n’est pas frileux pour lancer des jeunes. Il reste même un formateur dans l’âme ».

L'une des plus grandes réussites de Rudi Garcia en mode formateur est d'avoir révélé Lucas Digne en Ligue 1, de 2011 à 2013.
L'une des plus grandes réussites de Rudi Garcia en mode formateur est d'avoir révélé Lucas Digne en Ligue 1, de 2011 à 2013. - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

« En lançant Cherki, il se donne une image positive »

Bernard Gnecchi, ancien président de Rudi Garcia à Dijon, est plus sceptique : « Injecter (sic) des jeunes, cela permet aussi de faire des ondes positives… Dans le cas de Cherki, ce n’est pas lui rendre service que de le lancer face au PSG. A mon avis, Rudi savait qu’il allait perdre le match, mais en mettant des jeunes, il se donne une image positive… C’est aussi de la séduction ». Et un argument à dégainer en conf' d’après-match en cas de mauvaise performance ? Après sa défaite à Paris, il a ainsi estimé que les errements de la première période étaient liés à « un défaut de jeunesse ».

Rayan Cherki mis à part, le reste de l’équipe type pointait pourtant à 28 ans de moyenne d’âge dimanche. Très prometteur pour ses débuts avec Rudi Garcia, le milieu relayeur Maxence Caqueret (19 ans) a par exemple rongé son frein sur le banc lors de trois des quatre dernières rencontres. Et ce malgré des concurrents dans sa zone, Lucas Tousart et Thiago Mendes, loin d’être indéboulonnables. Brièvement apparus sous l’ère Garcia, le latéral Melvin Bard et l’attaquant Amine Gouiri (eux aussi âgés de 19 ans) semblent désormais loin de l’équipe pro.

« C’est un entraîneur de passage »

Rudi Garcia est à en croire Bernard Gnecchi un pragmatique : « C’est un entraîneur de passage, qui doit, à court terme, gagner des matchs. Il ne s’inscrit pas dans la durée comme un Stéphane Moulin (coach d’Angers depuis 2005) ». Rudi Garcia, dont le contrat avec l’OL ne court que jusqu’en juin 2021, doit avoir des résultats immédiats. Il ne peut pas « faire de la formation pour la formation », comme le précise Stéphane Jobard, actuel entraîneur de Dijon et ancien adjoint de Rudi Garcia à l’OM.

« ll n’est pas dans l’action sociale. S’il fait appel à des jeunes, c’est parce qu’il a décelé chez eux un niveau d’excellence », poursuit-il. Pour cela, Rudi Garcia s’appuie sur Claude Fichaux, ancien vainqueur de la Coupe Gambardella avec les U19 strasbourgeois, qu’il a présenté à son arrivée à Lyon comme son « œil du côté de la formation ».

Idrissa Gueye et Lorenzo Pellegrini, réussites en trompe l’œil ?

Il occupait le même rôle à Lille, à l’AS Roma et à Marseille, et il compte d’après Rudi Garcia parmi ses principales réussites Divock Origi, Lucas Digne et Idrissa Gueye (Losc), Lorenzo Pellegrini (AS Roma), Maxime Lopez et Boubacar Kamara (OM). En y regardant de plus près, Idrissa Gueye (désormais au PSG) a dû attendre d’avoir 21 ans pour vraiment entrer dans la rotation du groupe pro lillois.

Quant au milieu international italien Lorenzo Pellegrini, il n’a disputé que 23 minutes en Serie A, à presque 19 ans, avec Rudi Garcia. « Il s’est révélé en partant à Sassuolo, avant de revenir à Rome, explique Andrea Di Carlo, journaliste pour la radio romaine TeleRadioStereo. Rudi Garcia s’appuyait sur un groupe très expérimenté à l’AS Roma et sa non-utilisation de jeunes talents a été une critique récurrente ici. »

Claude Fichaux et Rudi Garcia, ici lors de la défaite lyonnaise dimanche au Parc des Princes (4-2).
Claude Fichaux et Rudi Garcia, ici lors de la défaite lyonnaise dimanche au Parc des Princes (4-2). - FRANCK FIFE / AFP

« Pour Lopez et Kamara, Garcia n’avait pas le choix ! »

Suiveur des équipes jeunes de l’OM pour Chronos, Idriss Kasmi se souvient d’un Claude Fichaux « toujours présent à l’OM Campus et prenant beaucoup de notes, même pour les matchs des U13 ». Il regrette que le duo n’ait pas lancé le défenseur Abdallah Ali Mohamed (20 ans) ou le milieu Alexandre Phliponeau (20 ans) mais il reconnaît que « la porte ne s’est pas non plus ouverte pour eux avec André Villas-Boas ». Et Claude Fichaux et Rudi Garcia ont bien géré l’émergence de Maxime Lopez puis de Boubacar Kamara.

Après trois petites apparitions avec Franck Passi, le premier a été titularisé dès l’arrivée de Rudi Garcia en Provence, lors d’un match de Coupe de la Ligue en octobre 2016 à Clermont (1-2). Il a ensuite impressionné la Ligue 1 par son volume de jeu, à seulement 19 ans et malgré un frêle gabarit. Le second a été intégré plus progressivement, au gré des blessures dans un effectif marseillais assez âgé. « Avec Lopez et Kamara, on parle de cracks, avec des progressions très linéaires, juge Idriss Kasmi. Rudi Garcia n’avait pas le choix ! »

Un management paternaliste et « à la dure » avec les jeunes

Plus tôt dans sa carrière, il a tout de même osé quelques paris. « Les dirigeants du centre de formation du Losc ne comptaient pas sur moi, se souvient ainsi Gianni Bruno, actuel attaquant de Zulte Waregem (D1 belge). Sans l’intervention de Claude Fichaux et de Rudi Garcia, je n’aurais pas obtenu mon premier contrat pro à 19 ans à Lille. » Pour lui, « Rudi Garcia gère les jeunes un peu comme ses propres enfants », entre affection et sanction. Il résume sa méthode en une anecdote.

Lors d’un match, j’ai commis une erreur en ne serrant pas la main du partenaire qui me remplaçait. Rudi Garcia m’a alors passé un sacré savon et il m’a fait payer cette bêtise en ne me faisant plus jouer en L1 pendant trois mois. »

A Marseille, Maxime Lopez a aussi connu ce management « à la dure » : Rudi Garcia l’a ainsi longtemps forcé à se changer dans le vestiaire de l’équipe réserve, et non avec les pros, malgré ses bonnes performances. « C’est ce qu’il faut faire face cette jeunesse pressée, qui veut brûler les étapes : leur dire que l’aventure ne fait que commencer », apprécie Serge Obré, directeur sportif du Burel FC et très proche de Maxime Lopez.

« Eden Hazard aurait fait cette carrière avec ou sans Rudi »

Reste évidemment le cas Eden Hazard, lancé avec Claude Puel puis devenu star de notre Ligue 1 de 2008 à 2012 sous les ordres de Rudi Garcia. Quel mérite faut-il attribuer à Rudi Garcia dans l’éclatante trajectoire du phénomène belge ? « Rudi a su le responsabiliser très tôt et même lui donner les clés du jeu, estime Jean-Michel Vandamme. Mais que les choses soient claires, Eden Hazard aurait fait cette carrière avec Rudi, sans Rudi, comme avec Claude Puel ou sans Claude Puel. Au Losc, on n’a pas formé Eden Hazard, on n’a fait que l’accompagner. »

Même José Mourinho «himself» a-t-il déjà hurlé de la sorte sur Eden Hazard?
Même José Mourinho «himself» a-t-il déjà hurlé de la sorte sur Eden Hazard? - BAZIZ CHIBANE/SIPA

Un exemple particulier qui pousse Gianni Bruno à un parallèle : « Eden n’aimait pas s’entraîner et Rudi a surtout eu le mérite de le prendre dans le sens du poil. Eden, c’était la classe, et on voit bien qu’aujourd’hui, Rayan Cherki a lui aussi un don. Rudi s’en est vite rendu compte ». Quatre mois après son arrivée controversée à Lyon et une intrigante 9e place en Ligue 1, voici quasiment le seul mérite que lui reconnaissent les virages du Parc OL.