Ligue 1 : L’OL s’est-il mis en danger avec ce mercato hivernal le plus dépensier d’Europe ?
FOOTBALL•En galère en Ligue 1 avant d’affronter l’OM dimanche (20h45), l’Olympique Lyonnais (16e) a dépensé plus de 55 millions d’euros cet hiver sur le mercato, ce qui constitue un record en 2024 dans les cinq grands championnats européensJérémy Laugier
L'essentiel
- Actuellement 16e en Ligue 1, l’Olympique Lyonnais se sait en grand danger avant d’affronter son rival marseillais, dimanche (20h45) au Parc OL.
- Le club présidé par John Textor vient d’investir comme jamais durant ce mercato hivernal, avec 56,13 millions d’euros dépensés au total en janvier pour attirer sept joueurs.
- A l’image d’Orel Mangala et de Saïd Benrahma, officialisés depuis moins de 24 heures par le club avec des prêts payants très conséquents, les risques économiques sont importants, alors que la DNCG veille.
Pas un club anglais pour regarder l’Olympique Lyonnais dans les yeux cet hiver. 56,13 millions d’euros posés sur la table pour sept joueurs en milieu de saison, maintenant que l’imbroglio autour du prêt payant de Saïd Benrahma (West Ham) est réglé, personne n’a fait mieux dans le top 5 européen. Et ce tout en n’obtenant dans le même temps que 250.000 euros de prêt payant pour Skelly Alvero (Werder Brême), soit un bilan qui aurait fait tomber de sa chaise Jean-Michel Aulas.
Et encore, on peut ajouter à cela pour les prochains mois les 13 millions d’euros de bonus qui pourraient tomber pour Malick Fofana et Gift Orban, arrivés de La Gantoise, et surtout 32 M€ pour acquérir définitivement cet été le milieu international belge Orel Mangala (prêté par Nottingham Forest) et donc l’ailier algérien des Hammers. Soit un package qui pourrait grimper au-delà des 100 millions d’euros en moins d’une saison, ce qui tranche avec les 36 années de règne de JMA, où la balance départs-arrivées était historiquement (très) positive. Ce gros investissement consenti cet hiver par John Textor, six mois après un encadrement très strict de la DNCG durant l’été, s’explique en premier lieu par l’urgence sportive dans laquelle se trouve l’OL, 16e et premier relégable après 19 journées de Ligue 1, et avant un choc dimanche (20h45) contre l’OM.
« On s’est retrouvé en hiver avec un budget de mercato d’été »
Mais une question centrale se pose naturellement : Lyon s’est-il mis en danger avec ce mercato démesuré ? « Nous avons obtenu le feu vert de la DNCG, qui continue de nous superviser et qui nous a permis de dépenser jusqu’à 65 millions d’euros sur ce marché des transferts, explique John Textor, ce vendredi après-midi en conférence de presse. On a eu cette flexibilité pour la trêve de la mi-saison, ce qui nous a beaucoup aidés dans cette période. » Et comment, le nouveau directeur sportif David Friio (ex-OM) a ainsi pu s’en donner à cœur joie avec la cellule recrutement pilotée par Matthieu Louis-Jean.
« On s’est retrouvé en hiver avec un budget de mercato d’été, confirme David Friio. La complexité, c’est qu’il s’agit normalement d’un marché d’ajustement, avec des prix qui ne sont pas les mêmes qu’en été, vu qu’on a moins de temps pour négocier. Mais on a réussi à faire ce qu’on voulait faire avec le budget imparti. Nous avions ciblé les besoins de l’équipe : trois joueurs offensifs, deux milieux de terrain et un défenseur central. Il nous fallait des joueurs capables d’impacter tout de suite l’équipe. » »
C’est ainsi que l’expérimenté milieu défensif Nemanja Matic (35 ans, Rennes), « la priorité des priorités » (dixit David Friio) et des profils reconnus en Premier League comme Saïd Benrahma (28 ans) et Orel Mangala (25 ans) correspondent bien à ce cahier des charges. On peut avoir plus de doutes sur la filière brésilienne de Botafogo 100 % « textorienne » Adryelson-Lucas Perri, avec deux profils qui vont tenter de s’imposer pour la première fois en Europe. Tout comme sur les deux jeunes recrues offensives de La Gantoise Malick Fofana (18 ans) et Gift Orban (21 ans), qui ont coûté cher (22 et 20 M€, bonus compris) au vu de leur expérience se limitant à des championnats « mineurs » (Norvège et Belgique).
« On prend un grand risque si jamais ces prêts ne fonctionnent pas »
« Il y a parfois des opportunités que nous devons saisir en investissant sur des jeunes joueurs, assume David Friio. On ne maîtrise jamais les timings. » Reste à maîtriser a contrario les risques financiers, et le montage pour parvenir à s’offrir un international belge comme Orel Mangala ne peut qu’interpeller. On est tout simplement face au probable plus cher prêt payant de l’histoire pour seulement quatre mois de compétition avec ces 11,7 millions d’euros, bien plus donc que les 10 M€ lâchés par Chelsea pour Joao Félix un an plus tôt. A un degré moindre, la problématique est la même concernant Saïd Benrahma, officialisé ce vendredi soir par le club pour 6 M€ de prêt payant et 14,4 M€ d’option d’achat.
« On a évidemment mis beaucoup d’argent dans ces prêts, reconnaît John Textor. On prend un grand risque si jamais ils ne fonctionnent pas. On avait par exemple payé une somme significative pour le prêt de Diego Moreira [2,8 M€] et comme il a déjà été rappelé par Chelsea, cet argent est perdu. Là, le même risque existe mais ces joueurs viennent avec beaucoup plus d’expérience que lui. Ça diminue les risques et on aimerait lever les options d’achat si tout se passe bien. » »
Les précédents hivernaux de l’ASSE 2018 et de l’AS Monaco 2019
Cette perspective vertueuse passera évidemment par un maintien en Ligue 1, alors que l’OL est retombé dans la zone rouge après deux défaites de rang pour commencer l’année 2024. On peut imaginer qu’après un tel mercato, on serait au-delà de l’anomalie si Lyon ne lâchait pas vite au classement Toulouse, Metz, Clermont et Lorient. Il n’empêche, comment les cadres défaillants de cette équipe, comme Lovren, Tolisso, Caqueret, Cherki et même Lopes vont-ils réagir à cette nouvelle concurrence ? « Abondance de biens ne nuit pas dans le football, sourit David Friio. Nous préférons donner à notre coach la possibilité de choisir avec ces postes tous doublés. Les joueurs arrivés apportent tous une plus-value à l’effectif. Ils vont donc amener de la qualité, de la concurrence et de l’émulation. »
NOTRE DOSSIER SUR L'OLLe discours rempli d’optimisme s’entend, alors que ce mois de janvier a donc montré « le pouvoir d’attraction » intact de l’OL, et que John Textor rappelle les perspectives de ventes de la franchise féminine américaine d’OL Reign et de la LDLC Arena. Bien déterminé à « se concentrer sur le football », ce nouvel OL a encore grimpé le curseur dans l’histoire récente des spectaculaires chamboule-tout hivernaux qu’avaient choisi d’effectuer l’ASSE en janvier 2018 (M’Vila, Subotic, Debuchy, Ntep) et l’AS Monaco en janvier 2019 (Ballo Touré, Naldo, Gelson Martins, Nkoudou, Fabregas…). 16e et 19e à mi-saison, les deux clubs s’étaient sauvés avec des trajectoires très différentes, en finissant 7e et 17e en L1. Si son propriétaire américain se refuse d’évoquer le spectre de la Ligue 2, l’OL reste bien conscient du danger, comme l’assure David Friio. « Depuis décembre, nous sommes en mission, insiste celui-ci. Nous ne sommes pas sauvés, il ne faut pas s’enlever cette mission de la tête. » Pas sauvés mais a priori renforcés comme aucun club européen durant l’hiver.


















