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On vous raconte la séance de pénos de dingo des Bleus face au Portugal

France – Portugal : « C’était dingue ! »… On vous raconte la séance de pénos de dingos des Bleus

FOOTBALLRestés sur trois échecs lors des grandes compétitions en 2006, 2021 et 2022, les Bleus ont enfin mis un terme à leur scoumoune légendaire dans l’exercice des tirs au but, vendredi, face au Portugal
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Les Bleus ont mis fin à une disette de 26 ans aux tirs au but après cette victoire face au Portugal, vendredi, à Hambourg.
  • Un exercice que Didier Deschamps a décidé de prendre différemment depuis la défaite en finale du Mondial face à l’Argentine.
  • Et ça paye car, vendredi, les Bleus ont tout bien fait. On vous raconte pourquoi et comment.

De notre envoyé spécial à Hambourg,

Il y a des choses comme ça dans la vie qui ne s’expliquent pas. Tout simplement parce qu’elles ne s’expliquent littéralement pas. La science n’y parviendra jamais car c’est du domaine de l’imperceptible, de l’insondable. C’est un pressentiment, une sensation, appelez ça comme vous voulez. Ainsi donc, vendredi, au moment où l’arbitre de ce palpitant France-Portugal a mis un terme à 120 minutes d’un match qui se refusait à désigner un vainqueur.

Tout comme deux ans plus tôt, au Qatar, on avait compris avant même que la séance de tirs au but contre l’Argentine ne commence que l’affaire était pliée, merci pour ce moment messieurs et bravo aux Argentins, cette fois-ci on était persuadé que la balance allait pencher du bon côté. C’est donc tout à fait sereinement qu’on a assisté à ce bout d’histoire de l’équipe de France, elle, la lose personnifiée qui n’avait plus remporté un tel exercice depuis le quart de finale de Coupe du monde contre l’Italie, en 1998, à Saint-Denis. Voici donc ce moment de kif décortiqué à la loupe.

  • Deschamps range sa loterie dans le placard à âneries

Après la séance perdue contre l’Albiceleste à Doha, Deschamps est rapidement devenue la cible d’une bonne partie des supporters français, qui lui reprochent de penser que gneu-gneu-gneu-les-pénos-c’est-que-de-la-loterie. S’il y a bien une part d’incontrôlable dans l’exercice, comment expliquer que de plus en plus d’équipes et de sélections travaillent cela de manière presque scientifique à l’entraînement ? C’est d’ailleurs ce qu’appelait de ses vœux Hubert Fournier, le DTN de la FFF, que DD avait pris soin de taillader en place publique avant le départ en Allemagne. Pourtant, dans les faits, le sélectionneur a mis de l’eau dans son vin depuis.

Interrogé à ce sujet, il l’a admis du bout des lèvres. Et encore… « On se nourrit forcément de tout ce qu’on a connu, notamment la dernière (séance, contre l’Argentine) », a-t-il marmonné. Pour les aveux complets, on s’est alors tourné vers Ousmane Dembélé, le premier à s’être élancé avec sang-froid : « Oui, on les a travaillés à l’entraînement ». Bah voilà, ce n’était pas si compliqué de l’admettre. Il n’y a pas de honte à faire les choses bien.

  • Les Bleus mettent toutes les chances de leur côté

Et si Deschamps a du mal à cracher sa Valda, car ce serait admettre par la même occasion qu’il s’est planté par le passé, il y a dans la séance de tirs au but de vendredi des signes qui ne trompent pas. Comme ces quelques secondes prises par chaque tireur (à part Barcola) après leur péno pour aller taper dans la main de Mike Maignan avant de revenir vers le rond central.

Or, des études ont prouvé que ce type de comportements augmentait les chances de s’en tirer avec la victoire. Cela donne à la fois de la confiance au gardien avant qu’il ne se dirige vers sa ligne, mais ça met aussi une petite pression supplémentaire sur le tireur adverse qui va se présenter face à lui. On peut y voir de la masturbation intellectuelle, il n’empêche, vendredi, c’est l’équipe qui est allée câliner son gardien qui l’a emportée. CQFD.

  • Giroud qui saute, où quand le destin choisit son camp

Si les tirs au but sont une formidable machine à sensations fortes, c’est aussi parce que la science et les études ont leurs limites. Il faut alors parfois un petit coup de pouce du destin. Vendredi, celui-ci se nommait Michael Oliver, l’arbitre anglais de la rencontre. Alors que Deschamps avait décidé de faire entrer Olivier Giroud, un des rares tricolores à maîtriser un tant soit peu le bazar, spécialement pour la séance de péno, l’arbitre ne lui en a pas laissé le temps en sifflant la fin du match quelques secondes avant.

« Je voulais faire tirer Olivier, qui est un des cinq tireurs (attitrés de cette équipe) mais l’arbitre ne l’a pas enregistré assez tôt, donc il n’a pas pu y être », a expliqué DD après le match. On peut se demander si c’était là l’idée du siècle. Pas simple en effet d’un point de vue psychologique pour un joueur d’entrer en jeu juste pour ça. Bukayo Saka et Jadon Sancho l’ont appris à leur frais lors de la séance malheureuse des Three Lions lors de la finale de l’Euro 2021 contre l’Italie.

  • Comment les tireurs ont été choisis ?

Giroud à la trappe, Mbappé et Griezmann sortis en cours de match, il ne restait plus grand monde d’expérimenté pour prendre ses responsabilités. Et pourtant, le choix des tireurs ne fut pas compliqué pour le sélectionneur. Ousmane Dembélé nous raconte : « C’est moi qui ai pris la décision de tirer, les autres joueurs aussi et chacun a demandé au coach. On avait une telle confiance avant de les tirer et au final tout le monde a bien géré, je crois qu’on a tous pris le gardien à contrepied. » Mention spéciale à Jules Koundé, dont le tir du droit expédié dans la lucarne de Diogo Costa fut un modèle du genre.

  • Koundé, l’homme le plus zen du monde

Il faut dire que le garçon est un spécialiste (absolument pas). « C’est mon premier penalty, a-t-il annoncé fièrement au micro de beIN Sports. J’en n’avais pas tiré en compétition depuis les U19 ! Mais c’est un geste que je travaille assez régulièrement à l’entraînement à Barcelone, j’aime bien ça. C’est tout naturellement que j’ai demandé au coach si je pouvais tirer, voilà, ça m’a réussi. » A le voir allongé pépouze sur la pelouse avant le début de la séance, en train de tailler le bout de gras avec Clauss pendant qu’il se faisait masser, on était à deux doigts de lui commander un mojito. Koundé, la zénitude incarnée.

  • Mbappé, stress et conseils

Tout le contraire de Kylian Mbappé, remplacé à la mi-temps de la prolongation et qui a vécu cette séance en spectateur comme un supplice. « C’est pire que de tirer, nous a-t-il confiés en zone mixte. Parce que t’es loin de la cage, tu n’entends même pas les coups de sifflet. Je préfère y aller (rires) ! Maintenant je comprends ce que vivent les gens qui regardent ça de loin. Mais les gars ont super bien tiré, c’était dingue. » En bon capitaine, c’est quand même lui qui a rassemblé les troupes et distillé quelques mots.

Mbappé et Dembélé ont foncé vers Théo Hernandez après son tir au but.
Mbappé et Dembélé ont foncé vers Théo Hernandez après son tir au but.  - Bruce WHITE/Colorsport/Shutterst

Lesquels ? « Il fallait faire abstraction de la forêt de supporters portugais derrière. Le plus important, c’était la tranquillité. C’est ce qu’a dit Kylian à l’ensemble de ceux qui allaient être amenés à tirer », a révélé le coach après le match. Plus tendu que la moyenne sur le banc, celui-ci n’a cessé de répéter « mets-le, mets-le » quand Théo Hernandez s’est élancé pour inscrire le but de la qualif. Une fois au fond, le « Kyks » a finalement retrouvé les jambes de ses vingt ans, et tout le groupe avec lui, pour se jeter dans les bras du défenseur Milanais et de « Magic Mike ».

  • Maignan, la terreur des tireurs

Un Mike Maignan qui n’a pas d’ailleurs pas sorti le moindre tir, lui qui est pourtant un grand spécialiste de l’exercice. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pour rien dans la qualif des Bleus en demie. De par son match de maboule, déjà, mais aussi, peut-être, par la peur qu’il instille chez ses adversaires. C’est la théorie défendue par Kylian Mbappé, décidément très bavard vendredi soir dans les entrailles du Volkparkstadion de Hambourg. « Je n’ai pas l’explication exacte, mais je pense que Mike fait peur, avance, les mains dans les poches, le capitaine. Quand Joao tire sur le poteau, il sait qu’il a en face de lui un gardien qui peut aller la chercher. Moi, je suis tireur, et quand je sais quand en face il y a un super gardien, je vais essayer d’aller chercher le plus près possible du poteau. »