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Tchouaméni, le « regen » de Toni Kroos que vous n’aviez pas vu venir

France – Portugal Euro 2024 : Tchouaméni, le « regen » de Toni Kroos que vous n’aviez pas vu venir

FOOTBALLTitulaire indéboulonnable depuis le match face aux Pays-Bas, Aurélien Tchouaméni est loin de n’être qu’un simple milieu déf croqueur de ballons, il pourrait même se rapprocher à certains égards d’un certain Toni Kroos, son coéquipier au Real
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Victime d’une fracture de fatigue au métatarse en fin de saison, le milieu du Real n’a pas mis longtemps à redevenir indispensable.
  • Dans une équipe qu’on dit en manque de créateur au milieu du terrain, on oublierait presque que Tchouaméni à de sacrés atouts à faire valoir, notamment au niveau du jeu de passe.
  • Au point de faire penser à la légende Toni Kroos, son ancien coéquipier à Madrid ? Possible, mais en fait pas vraiment. On vous explique.

De notre envoyé spécial à Hambourg,

Ce n’est peut-être pas le joueur français dont on parle le plus dans cet Euro, mais c’est pourtant rien que pour son joli minois que Didier Deschamps se creuse la soupière depuis des semaines pour trouver un système dans lequel il n’aurait pas à s’en passer. Arrivé blessé en début de compétition, Aurélien Tchouaméni a travaillé dur pour revenir au plus vite, lui, la pièce de base du milieu de terrain des Bleus depuis le Mondial au Qatar. On aurait pu penser que le retour de N’Golo Kanté allait lui mettre des bâtons dans les roues mais il n’en fut rien. Dès le deuxième match contre les Pays-Bas, il posait sa tente « 2 secondes » dans le onze de départ pour ne plus la bouger.

Désormais sûr de son milieu à trois, qu’il va reconduire contre le Portugal en quarts de finale et plus si affinités, sauf catastrophe nucléaire ou attaques de sauterelles géantes, Deschamps sait tout le bien que le Madrilène fait à son équipe. Et qu’importent les critiques toujours plus nombreuses, pas tant sur ce milieu en béton armé que sur le manque de créativité de cette soporifique équipe de France. Car DD le sait, Tchouaméni n’est pas qu’un puissant milieu défensif qui ratisse du ballon.

Bien plus qu’un aspirateur à ballons

Contre la Belgique, dans l’organisation du jeu et la distribution de ballon, avec notamment ses délicieuses ouvertures longues pour son pote et ancien coéquipier à Bordeaux Jules Koundé, le Tchou a poussé Grégoire Margotton à tenter la comparaison avec un certain Toni Kroos. Si cela peut prêter, non pas à sourire car on connaît le talent du garçon – le Real Madrid se trompe rarement quand il claque 80 patates sur un milieu de terrain de 21 ans – mais à hausser les sourcils, au fond, ce parallèle n’est pas dénué de sens.

Comme son homologue du Real Madrid, à qui il a rendu un joli hommage lorsque celui-ci a annoncé sa retraite après l’Euro – « L’un des meilleurs de tous les temps ! Je me sens béni de pouvoir dire que j’ai joué avec toi dans ma vie » – Tchouaméni est le joueur que ses coéquipiers cherchent le plus dans le cœur du jeu. Avec 95 ballons touchés en moyenne par match depuis le début de la compétition, le natif de Rouen est le Français le plus abreuvé dans l’équipe, loin devant Rabiot (71), Kanté (71) ou Griezmann (51).

Mais là où la comparaison avec la légende du Real prend tout son sens, c’est quand on regarde le nombre de passes dites « progressives », celles qui font avancer le jeu vers le but adverse. Avec 8,6 passes progressives en moyenne par match, Tchouaméni est sur la deuxième marche du podium dans ce domaine lors de cet Euro, derrière un certain… Toni Kroos, certes loin devant (15,3).

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Contre les Belges, lors d’une première période fermée à double tour et jouée sur un rythme d’Ehpad à l’heure de la soupe, Tchouaméni a été celui par lequel sont venues toutes les situations offensives, soit grâce à une première passe entre les lignes qui oblige ses copains à se bouger, soit par des ouvertures sublimes sur les côtés, deux domaines dans lequel excelle celui que l’on surnomme « Iceman » au Real.

Tchouaméni, tout en contrôle

Reste un domaine dans lequel l’élève ne dépassera jamais le maître – mais qui le peut, en réalité ? – c’est la qualité de passe en profondeur. C’est que détaille un ancien membre du staff de l’AS Monaco, qui a eu Tchouaméni sous ses ordres. « Kroos a sans doute une meilleure palette de passes notamment pour lancer la profondeur. C’est peut-être le domaine où Aurélien doit encore progresser. Il a le renversement, il a la passe progressive – même si l’équipe de France ne donne pas beaucoup de solutions dans cette zone –, il a les progressions courtes diagonales, mais dans le jeu en profondeur, Kroos est le maître absolu. »

Pour le reste, et c’est la différence entre nous, journalistes, et un spécialiste de la performance de club pro, notre témoin à du mal à valider le parallèle que nous faisons entre les deux hommes. « Déjà parce qu’il y en a un qui a six Ligues des champions et qui est un des rois de ce sport au milieu de terrain, mais aussi parce qu’ils n’ont pas les mêmes caractéristiques défensives, observe-t-il. Aurélien a des caractéristiques défensives que ni Kroos, ni Rodri, ni les autres meilleurs numéros 6 de la planète ont. La lecture du jeu défensive, l’anticipation, la capacité à tacler. Il est capable de tout lire, de tout scanner et de tout intercepter. Il apporte une stabilité exceptionnelle. C’est pour ça que son profil séduit autant Didier Deschamps, qui aime tant contrôler les matchs. »

Autre différence, celle de la projection dans les espaces laissés libres par l’adversaire. « En club, Aurélien laisse souvent Toni Kroos décrocher et, de facto, il se retrouve plus entre les lignes. Avec le ballon, il est capable de se déplacer dans les intervalles, là où Kroos adore être l’organisateur, face au jeu », juge l’analyste des datas et de la performance. Le Français fait partie de cette race (rare) de joueurs capables de prendre dix fois l’information en autant de secondes avant de recevoir le ballon.

Il est tout à fait fascinant de voir les mouvements de têtes incessants de Tchouaméni sur le terrain pour scanner en temps réel la position de ses coéquipiers et celle de ses adversaires. Les études menées par le professeur norvégien Geir Jordet laissent entendre que la fréquence des prises d’information est ce qui sépare les bons joueurs des très grands.

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On ne peut que vous conseiller de regarder cette séquence de jeu pour comprendre ce qui fait de Tchouaméni un joueur à part.

L’accélérateur de particules

Forcément, quand on voit tout plus vite que les autres, la vitesse du jeu s’en ressent. « Aurélien est une sorte de scientifique du jeu. Il ne va faire la passe que s’il pense en amont qu’elle peut apporter un plus par rapport au risque de perte éventuelle. Il est vraiment capable de calculer ça en live sur le terrain, salue l’ancien de l’ASM. Et il a une vraie obsession du tempo. C’est un accélérateur de jeu, encore plus que Kroos. Il a un vrai impact sur le rythme de circulation de balle de son équipe et il a toujours l’idée de faire les choses plus vite que les autres. »

A l’arrivée, ça fait pas mal de différences entre Kroos et Tchouaméni, et notre postulat de départ semble finalement tomber à l’eau, même si notre spécialiste finit par l’admettre : « Toni Kroos a été un joueur qui nous a beaucoup inspirés quand Aurélien était à Monaco. On recherchait énormément à développer cette capacité à faire des passes progressives, à organiser le jeu. Que Kroos soit une inspiration pour Tchouaméni avec le ballon, c’est une évidence. » Tout de même, merci !

Mais pour savoir de qui Tchouaméni est le digne héritier, le plus simple est encore l’écouter parler du joueur qu’il souhaitait être, dans les colonnes de l’Equipe, en novembre 2021. « Un joueur complet, disait-il alors. Quand il y a un milieu qui excelle dans un secteur, je m’en inspire pour progresser. En sélection, N’Golo Kanté excelle à la récupération et Paul Pogba dans tout ce qui est créativité. À l’entraînement, je regarde donc comment Paul fait pour voir le jeu avant tout le monde et délivrer un bon ballon, et comment N’Golo se déplace pour récupérer le ballon et être agressif. » Il y a pire comme mix, après tout.