France – Gibraltar : Après sa mue réussie à l’Inter, Marcus Thuram peut-il devenir le futur numéro 9 des Bleus ?
FOOTBALL•Après avoir testé Randal Kolo Muani lors du dernier rassemblement des Bleus, Didier Deschamps devrait offrir une chance à Marcus Thuram, reconverti en numéro 9 depuis une saison et demi, en pointe de l’attaque tricoloreAymeric Le Gall
L'essentiel
- L’équipe de France affronte Gibraltar (samedi) et la Grèce (mardi prochain) dans le cadre des deux derniers matchs de qualifications à l’Euro 2021.
- A cette occasion, Marcus Thuram devrait être titularisé en pointe samedi soir du côté de l’Allianz Riviera de Nice.
- Celui qui a choisi de se fixer au poste de numéro 9 réussit un début de saison plus que prometteur du côté de l’Inter. Au point d’en faire de même en Bleu ?
Contrairement au Christ, son guide bien-aimé, Olivier Giroud n’est pas éternel. Et même si le buteur milanais ne compte pas laisser sa part aux chiens et repousse autant que possible le jour de la quille, il va quand même bien falloir imaginer un jour la vie sans lui et préparer sa succession en équipe de France en vue des prochaines échéances. Ça tombe bien, les Bleus avancent dans cette dernière fenêtre internationale de l’année en charentaises, la pipe au bec, après avoir déjà validé leur qualif pour le prochain Euro, il y a un mois face à l’Irlande. Deschamps va donc avoir tout le loisir de tester les candidats potentiels face à Gibraltar, samedi, et en Grèce, la semaine prochaine.
Sur les braises encore fumantes de la finale de Coupe du monde perdue par les Bleus en décembre dernier, dans notre légendaire retenue (faux), encore tout émoustillés par ce que venait de nous offrir Randal Kolo Muani – malgré ce foutu face-à-face perdu contre Martinez –, on se frottait déjà les mains en prédisant que la relève était assurée. Problème, le néo-Parisien n’est plus que l’ombre de son fantôme ces derniers mois et ce n’est pas son match face au Pays-Bas qui serait de nature à nous faire relativiser ce constat.
S’il garde encore une longueur d’avance dans l’esprit du sélectionneur, qui l’a encore défendu cette semaine en conférence de presse contre les vilains journalistes qui ne « l’aiment pas », le natif de Bondy pourrait vite sentir le souffle de Marcus Thuram lui chatouiller la nuque, lui qui devrait être titularisé en pointe de l’attaque tricolore samedi soir. Dernier sélectionné lors du Mondial au Qatar, le fiston de Lilian a désormais une belle carte à jouer pour un éventuel poste de titulaire. Pas mal en un peu moins d’un an.
Car après avoir longtemps évolué sur les côtés, l’ancien Guingampais a opéré une mue assez spectaculaire ces derniers mois en choisissant de se spécialiser au poste de numéro 9 pur et dur, avec une certaine réussite si l’on en juge son début de saison du côté de l’Inter (5 buts et 5 passes décisives toutes compétitions confondues en Italie). « Ce qu’il fait maintenant à l’Inter en s’étant fixé en pointe, c’est assez unique », juge son ancien coach Jocelyn Gourvennec. S’il a toujours eu cet objectif dans un coin de sa tête, « Tikus » a cependant eu besoin de temps avant de sauter le pas. Une histoire de manque de maturité mais aussi un besoin de prendre son pied en participant à la construction du jeu de son équipe.
L’Inter et les numéros 9, une histoire d’amour
« A Guingamp je l’ai utilisé deux ou trois fois en pointe mais, en analysant avec lui ses performances à ce poste, on a convenu que le moment n’était pas encore venu, il n’était pas prêt, se souvient Joce. C’est un rôle très compliqué, tu vas au charbon, t’es souvent seul face à deux centraux, c’est beaucoup de duels, avec pas mal de jeu ingrat dos au but. Comme il était plus jeune, il avait envie de plus toucher le ballon, de se retrouver libre sur le côté à partir dans des un contre un à dribbler, un domaine où il est très fort. Mais aujourd’hui il est prêt et sûr de son choix, et c’est ça le plus important. » A en croire le joueur formé à Sochaux, c’est justement pour ça qu’il a choisi de rejoindre les Nerazzuri l’été dernier, un club qui touche un peu sa bille question attaquant axial de classe mondiale. De Ronaldo à Christian Vieri, en passant par Adriano et Diego Milito, ou Lautaro Martinez aujourd’hui, l’Inter voue un véritable culte aux numéros 9.
« Il faut savoir qu’il y a deux ans, l’Inter m’avait contacté, j’évoluais au poste d’ailier mais eux m’identifiaient déjà comme un 9. Cette vision-là, ils étaient peu à l’avoir. Ils avaient une connaissance très précise de ma potentielle évolution. L’Italie m’apprend à être spécifique au poste. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai choisi l’Inter. Ça va vraiment me permettre de me fixer à ce poste axial », disait-il chez nos confrères de L’Equipe en octobre. Après s’être injecté en intraveineuse les spécificités du poste en regardant les vidéos des exploits de Ronaldo, Ibrahimovic ou David Trézéguet, le cadet de la fratrie Thuram assure aujourd’hui penser « à marquer des buts à chaque seconde de la semaine ».
« La bascule pour lui, à mon sens, c’est qu’il est passé d’un joueur qui aime le jeu, qui est là pour s’amuser, à un joueur qui est là pour gagner, valide Gourvennec. Psychologiquement, il ne se contente plus d’être heureux de jouer, il veut gagner, faire gagner et marquer des buts, et dans un club comme l’Inter c’est ce qu’on va attendre de lui. » Son golazo de furieux dans le derby milanais a donné un avant-goût de ses qualités de buteur aux supporters de l’Inter, qui l’ont définitivement adopté ce jour-là. Ce n’était pourtant pas gagné d’avance.
Plus de difficultés seul en pointe ?
Suiveur de l’Inter pour le Corriere Della Sera, Paolo Tomaselli évoque à la fois « la curiosité » et « les doutes » des tifosi à son arrivée au club en juillet. « Tout le monde pensait que Lukaku allait revenir pour former un duo de feu avec Lautaro Martinez, explique-t-il. Ils ne voyaient pas du tout Thuram dans la peau d’un titulaire. Et ses matchs amicaux (zéro but marqué) n’ont pas aidé à rassurer les supporters. Mais son début de saison a mis tout le monde d’accord. Les gens ont été très agréablement surpris. Ce qui m’épate, c’est la vitesse à laquelle il a intégré les principes de jeu de l’Inter. Il s’est fondu dans le moule, il est totalement connecté à ses coéquipiers et il arrive à rendre Lautaro Martinez encore meilleur. On dirait un couple qui vit ensemble depuis de nombreuses années ! ».
Pour ne rien vous cacher, on ne misait pas non plus sur une telle réussite, du moins pas aussi vite, pour un joueur qui tournait à dix buts de moyenne du côté de Mönchengladbach. Reste maintenant à savoir s’il peut réitérer cela en équipe de France, lui qui a eu besoin de onze (bout de) matchs pour inscrire son premier but en sélection, c’était au Parc des Princes, face à l’Irlande, le 7 septembre dernier (victoire 2-0). Et ce soir-là, Thuram était entré pour occuper seul la pointe de l’attaque, contrairement à la Coupe du monde, ou DD le faisait jouer sur les côtés.
Le dernier doute qui subsiste – au-delà de ses choix vestimentaires à la Sexion d’Assaut, évidemment – c’est justement sa capacité à briller et peser sur les défenses en étant seul en pointe, dans le 4-2-3-1 et les 4-3-3 de Deschamps. « Il sera toujours plus à l’aise à deux, à mon avis. Il faut qu’il ait des solutions autour de lui, des relais en phase de possession », affirmait son ancien coach à Sochaux, Albert Cartier, chez nos confrères de So Foot en septembre.
« Je ne crois pas que ça puisse être un problème pour Marcus, avance le coach breton. C’est un joueur qui sait à peu près tout faire, il a une grande capacité d’élimination, il est fin techniquement. Il est certes grand, costaud et puissant, mais il est aussi très habile balle aux pieds. » Il faudra au moins ça pour percer la forteresse gibraltarienne. Si pour les péquins lambda comme vous et nous, ce match a à peu près autant d’intérêt qu’une soporiphique journée de championnat de France, pour « Tikus », c’est un rendez-vous à ne surtout pas manquer.



















