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BLEUS« Une denrée rare et chère »… Il est urgent de former des latéraux chez les Bleus

France - Pays-Bas : « Une denrée rare et chère »… L’urgence de former des latéraux de métier dès le plus jeune âge

BLEUSAlors que Malo Gusto a été appelé par Deschamps et que Jonathan Clauss fait son grand retour en Bleu, le sujet de la pénurie de latéraux de métier n’en reste pas moins toujours d’actualité, même si les choses sont doucement en train de changer
Appelé par Deschamps après la blessure d'Upamecano, Malo Gusto est le seul latéral droit de métier de ce groupe France.
Appelé par Deschamps après la blessure d'Upamecano, Malo Gusto est le seul latéral droit de métier de ce groupe France.  - FRANCK FIFE  / AFP
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • L’équipe de France affronte les Pays-Bas en éliminatoires de l’Euro 2024, vendredi, avant de recevoir l’Ecosse, en amical, à Lille, mardi prochain.
  • Lors de ce rassemblement, Deschamps a de nouveau pointé du doigt la pénurie de latéraux de métier, excuse bien pratique pour celui qui n’aime rien moins que de mettre des golgoths sur les côtés.
  • Il n’en reste pas moins que la pénurie de latéraux de métier reste un sujet qui n’est pas pris à la légère par les éducateurs et les formateurs français.

Attention, nous allons briser des rêves d’entrée de jeu : si vous avez déjà joué au foot en amateur et que votre coach vous a immédiatement positionné en latéral, désolé mais ce n’est pas pour votre technique soyeuse, votre pointe de vitesse ou vos capacités à centrer, non, c’est juste parce que vous n’étiez pas le crampon le plus limé de la chaussure. Depuis toujours ou presque, en effet, les éducateurs ont cette vilaine tendance à mettre leurs meilleurs éléments dans l’axe du terrain, lieu privilégié pour contrôler l’échiquier et faire parler au maximum leurs qualités.

Avec le risque, en bout de chaîne, de créer des manques sur les côtés de la défense, comme c’est le cas en équipe de France depuis de nombreuses années, Willy Sagnol restant la dernière référence de métier au poste de latéral droit.

Depuis, Didier Deschamps ne s’emmerde même plus et positionne la plupart du temps des défenseurs centraux de métier à ce poste, allant jusqu’à se passer des rares spécialistes bouffeurs de ligne, à l’image de Jonathan Clauss, absent lors du dernier Mondial au Qatar au prétexte que celui-ci jouait en tant que piston à l’OM. Mais à la faveur d’un changement de coach et de système à l’OM cet été, l’ancien Lensois joue désormais à droite dans une défense à quatre, ce qui lui a valu d’être rappelé par DD pour les deux prochains matchs des Bleus.

Il devrait d’ailleurs démarrer titulaire vendredi face aux Pays-Bas en raison de l’absence de Jules Koundé. Mais aussi beau et précieux soit-il sur une aile, Clauss n’en reste pas moins un joueur de trente piges qui aura sa carte à jouer pour le prochain Euro, mais probablement pas au-delà. Il s’agirait donc de construire dès aujourd’hui les flèches de demain, le seul hic étant que ce poste ne bénéficie toujours pas d’un sex-appeal « bouleversifiant ».

Un poste de latéral délaissé par les jeunes

Gilles Bibé connaît le problème mieux que personne. Directeur sportif de l’AC Boulogne-Billancourt (ACBB), l’un des plus grands clubs formateurs et pourvoyeurs de talents pour les centres de formation, il constate au quotidien le peu d’entrain des jeunes à occuper le poste de latéral. « C’est toujours la même problématique : c’est dur de trouver de bons latéraux qui pensent d’abord à bien défendre avant d’attaquer. Nous, on le voit, nos équipes prennent beaucoup plus de buts, notamment parce que nos latéraux se prennent pour des ailiers et ils pensent plus à attaquer qu’autre chose, parce qu’ils ont l’impression que ce poste n’est pas valorisant. Ils rêvent tous de devenir footballeur professionnel et ils pensent qu’ils ont plus de chance de taper dans l’œil des recruteurs s’ils attaquent à outrance. » Un constat que partage Amaury Barlet, coach adjoint des U19 de l’Olympique Lyonnais.

« Les jeunes se disent jamais ''je veux devenir le futur latéral de l’OL'', ils veulent être attaquant, milieu, gardien voire défenseur central. Le poste de latéral ne fait pas encore rêver, même si ça évolue au fil des années, nous dit-il avant de réfléchir aux causes. Le foot à effectif réduit (à 7) ne permet pas forcément de mettre ce poste en valeur, il est un peu délaissé. Ce qui est sûr, c’est factuel, c’est que les latéraux le sont surtout par défaut au départ et qu’ils arrivent à ce poste sur le tard. » »

Ce fut le cas de Malo Gusto, le latéral français de Chelsea et ancien lyonnais, passé des Espoirs aux A cette semaine après la blessure de Dayot Upamecano. Ailier rapide et technique avant de débarquer du côté de l’OL, le gamin est repositionné au poste de milieu relayeur, avant de glisser à droite et de s’imposer en tant que latéral à seulement 17 ans, en Ligue 1, lors de la saison 2022-2023.

« Il n’était pas très chaud pour jouer à ce poste au départ, admet Barlet. Il a fallu lui faire comprendre qu’il avait des caractéristiques qui pourraient peut-être lui permettre d’aller au haut niveau à ce poste-là, plus que s’il persistait au milieu du terrain. L’argument a fait mouche mais ça a mis du temps, parce que Malo avait ce besoin de toucher beaucoup de ballons, c’est quelqu’un de très généreux qui courait partout au milieu et qui récupérait plein de ballons. Et en le mettant sur le côté, il a senti qu’on l’isolait. Mais au fil des semaines et des mois il a vu où était son intérêt, il s’y est mis à fond et il y a pris goût. »

Un besoin de cohérence dans la politique sportive fédérale

Conscient de cette pénurie depuis belle lurette, Landry Chauvin a toujours porté une attention particulière à la formation au poste de latéral. Et il se félicite aujourd’hui de voir que le Stade Rennais, dont il a dirigé le centre de formation entre 2015 et 2019, joue aujourd’hui avec quatre latéraux formés au club (Assignon, Truffert, Doué et Belocian).

« Moi, c’était mon leitmotiv quand j’étais à Rennes. Je leur disais '' Si tu veux réussir demain dans un grand club européen, il y a de la place à prendre à ce poste-là ''. Aujourd’hui, le latéral arrive juste après les attaquants dans les postes les plus recherchés par les clubs. Les jeunes ne sont pas fous, ils rêvent tous de jouer dans des grands clubs européens, c’est donc un discours qu’ils comprennent assez vite, assurent le coach des U20 de l’équipe de France. Et, plus globalement, je pense qu’on est en train de franchir un cap, les clubs ont pris conscience de l’importance de former de bons latéraux de métier, car ils sont très demandés et qu’ils ont, de fait, une valeur marchande importante. »

« Ce sont des postes très prisés, confirme Gilles Bibé. A chaque fois que je discute avec des directeurs sportifs de club pro ou avec des recruteurs, ils nous demandent sans cesse '' tu connais pas un bon latéral droit ou gauche ? ''. C’est une denrée rare, les clubs pros sont en manque. Il est donc nécessaire que nous, éducateurs, fassions comprendre aux jeunes que ce poste est hyper intéressant et qu’il permet de bons débouchés. » « Mais pour cela, encore faut-il jouer avec quatre défenseurs, note Chauvin. C’est ce qu’on fait de notre côté avec les équipes de France jeunes à Clairefontaine afin de préparer l’avenir. » Il en est de même à l’ACBB, où les coachs sont obligés de jouer à quatre derrière afin de faciliter la formation de latéraux dès le plus jeune âge.

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Si Landry Chauvin se montre « optimiste » à ce sujet pour l’avenir, ça n’a pas empêché Didier Deschamps de pointer du doigt le problème persistant lors de sa dernière conférence de presse, lundi, à Clairefontaine. « Des joueurs formés comme latéraux, il n’y en a pas beaucoup. J’en parlais avec Titi (Henry), ce n’est pas facile à trouver, il faut souvent aller les chercher ailleurs (à d’autres postes) ». L’entente entre les deux anciens champions du monde et d’Europe peut-elle être à même d’accélérer le développement d’une politique sportive commune aux Espoirs et aux A ?

« On peut se dire que c’est une bonne chose d’avoir deux sélectionneurs aussi proches, acquiesce Amaury Barlet. Il y a l’air d’avoir une certaine cohérence dans les passerelles entre Espoirs et A. » Titulaire à droite de la défense de Thierry Henry, Malo Gusto a tout pour devenir ce premier pur produit de l’entente DD-Titi, d’autant que, selon son ancien coach en jeunes à l’OL, « il a une vraie carte à jouer à ce poste en équipe de France ». Encore faudrait-il que le sélectionneur arrête de nous mettre des centraux sur les côtés à toutes les sauces. Mais ça c’est un problème de philosophie, pas de formation.

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