PSG : Mbappé donne une leçon de communication (et assure ne pas avoir les plein pouvoirs)

FOOTBALL Présent en conférence de presse ce lundi, Kylian Mbappé a expliqué les raisons qui l'ont poussé à prolonger son contrat au PSG au lieu de rejoindre le Real Madrid

Aymeric Le Gall
— 
Kylian Mbappé a parfaitement maîtrisé sa communication lors de sa conférence de presse au Parc des Princes.
Kylian Mbappé a parfaitement maîtrisé sa communication lors de sa conférence de presse au Parc des Princes. — FRANCK FIFE / AFP
  • Kylian Mbappé et Nasser Al-Khelaïfi avaient donné rendez-vous aux journalistes ce lundi, pour une conférence de presse exceptionnelle.
  • Le joueur est revenu sur les raisons qui l’ont poussé à préférer rester au PSG plutôt que de rejoindre le Real Madrid.
  • Si l’on comprend que Paris a fait de Mbappé le centre de son projet, les deux partis ont assuré que celui-ci n’avait pas les pleins pouvoirs sportifs au club.

Au Parc des Princes,

Pour reprendre un poncif (gros sabots) du milieu footballistique, c’était une conférence de presse à montrer dans toutes les écoles de communication. Sur la scène de l’auditorium du Parc des Princes, lundi après-midi, devant une petite centaine de journalistes, Kylian Mbappé s’est prêté pendant une bonne demi-heure au jeu des questions-réponses avec une habileté déconcertante. On en oublierait presque que le garçon n’a que 23 ans et qu’à son âge, nos seules préoccupations étaient d’arriver à peu près frais (et à l’heure) le vendredi matin à la fac après la soirée étudiante du jeudi.



Dans son costard de luxe de chez « chut, chut, pas de marque », Mbappé a savamment distillé les messages qu’il souhaitait faire passer, avec le sourire, et non sans de jolies pointes d’ironie qui ont amusé la galerie. Comme quand il a profité de la question de ses droits d’image – qui ont occupé une bonne partie des négociations avec le PSG mais aussi en équipe de France – pour en glisser une petite au président de la Fédération française de foot, Noël Le Graët.

« Ce qui est drôle, c’est qu’avant ce rassemblement de mars, je crois que personne n’a fait un article, même pas une brève, sur le droit à l’image. Il a fallu qu’il se passe ça pour qu’il y ait pas mal de trucs [qui sortent à son sujet] : il ne veut pas faire ci, il ne veut pas faire ça, il a un problème avec untel, il veut plus de primes que les autres joueurs de l’équipe de France. Le président en a parlé aussi, non ? J’ai entendu. Ouais, j’ai entendu [rires] ! Mais il n’y a pas de problème […] Il y a eu ce petit quiproquo en sélection, mais on va le régler avec intelligence car il y a une compétition qui arrive, on ne va pas se créer des problèmes pour rien, on a un pays à faire gagner. »

« Le projet du club a changé »

Ce passage nous aurait presque fait oublier qu’on était avant tout là pour parler du PSG et de sa prolongation de contrat, après des mois d’une telenovela aux milliers de rebondissements. Sur le fond, on n’a rien appris de plus que ce qu’on savait déjà plus ou moins ces dernières heures. Que son choix définitif s’était fait dans les derniers jours précédant l’annonce au Parc des Princes contre Metz et qu’il avait tenu à appeler personnellement Florentino Perez, le président madrilène bafoué, pour lui annoncer la nouvelle. « Ils ont tout bien fait pour moi, ils ont essayé de me rendre le plus heureux possible, de faciliter mon arrivée et, pour ça, je les remercie, a-t-il expliqué. En tant qu’homme respectueux, c’était de mon devoir de lui parler personnellement. »

Pour le reste, rien de bien foufou. Mbappé a justifié son changement de point de vue par rapport à l’été dernier, quand il avait demandé à quitter le PSG pour rejoindre Madrid, par un classique mais toujours efficace « les années se suivent mais ne se ressemblent pas ». Ok, Platon. S’il a changé d’avis, dit-il, c’est que le contexte a changé. En plus du côté « sentimental » qui fait qu’il est attaché à son pays – et qu’il viendra y couler ces vieux jours – le numéro 7 parisien a surtout évoqué le changement de paradigme en cours au Paris Saint-Germain depuis samedi soir. « Le projet a changé, a-t-il assuré. Le club a envie de changer pas mal de choses sur le plan sportif et ça m’a donné envie de continuer. Je pense que mon histoire ici n’est pas terminée et j’ai encore de beaux chapitres à écrire. »

Mbappé et les « plein pouvoirs sportifs »

Après avoir eu (sans officiellement la demander) la tête de Leonardo​, avec lequel l’entourage de Mbappé n’entretenait plus la moindre relation depuis des semaines, voire des mois, et vu le PSG nommer Luis Campos, dont il est proche depuis que ce dernier l’a fait venir à Monaco en 2013, Mbappé a compris que Paris était raccord avec sa volonté de faire de lui le centre de son projet. S’il ne le dira jamais, bien sûr, sa prolongation de contrat est intimement liée au fait que Paris basera désormais ses futures décisions sportives sur leur compatibilité avec l’enfant-roi. Rien de plus logique, finalement. Même si cela ne sera pas aussi grossier qu’un appel nocturne de Mbappé à Al-Khelaïfi pour dire « Hé Nasser, ce coach-là ? Moi, vivant, jamais. »

C’était d’ailleurs le message central de cette conférence de presse. Interrogé par un confrère sur « les plein pouvoirs sportifs » accordés ou non à Mbappé pour prolonger au PSG, Nasser Al-Khelaïfi a noyé le poisson avec plus ou moins d’agilité, rappelant que depuis le premier jour qu’il le connaît, « ce qu’aime Kylian, c’est de parler football, rien d’autre ». Puis l’international français s'est penché au micro pour remettre personnellement les pendules à l’heure.

« Je me permets d’intervenir, même si la question n’est pas pour moi. Je reste quand même un joueur de foot, je suis ancré dans un collectif, même s’il y a des statuts (différents) dans une équipe, et je n’irai pas au-delà de cette fonction. Bien sûr, si on est amené à parler football… J’aime le football, tout le monde connaît ma passion et sait que j’aime parler foot, mais je n’irai jamais au-delà de ma fonction de joueur de foot », a-t-il tenu à clarifier. Idem pour le capitanat, dont il n’a pas besoin pour « donner [s] on point de vue et montrer l’exemple sur le terrain ». A l’arrivée, tout a été fait pour montrer que le club n’a pas vocation à devenir le Kylian Saint-Germain. Ce n’est pourtant pas ce que dit le logo dessiné à l’occasion de l’annonce de sa prolongation : « Kylian, c’est Paris ».