ASSE : Qui sont les principaux responsables du naufrage des Verts, passés de la Ligue Europa à la Ligue 2 en trois ans ?

FOOTBALL Battu dimanche par l'AJ Auxerre (1-1, 4-5 aux tirs au but) au bout d'une soirée cauchemardesque, l'AS Saint-Etienne sombre en Ligue 2 pour la première fois depuis la saison 2003-2004

Jérémy Laugier
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De Gabriel Silva à Miguel Trauco, tous les joueurs stéphanois ont été sonnés par le terrible dénouement de leur saison dimanche.
De Gabriel Silva à Miguel Trauco, tous les joueurs stéphanois ont été sonnés par le terrible dénouement de leur saison dimanche. — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
  • Après avoir perdu son barrage retour contre l’AJ Auxerre (1-1, 4-5 aux tirs au but), l’AS Saint-Etienne s’enfonce en Ligue 2, 18 ans après avoir retrouvé l’élite.
  • Comment le club stéphanois, habitué au Top 5 durant des années avec Christophe Galtier (de 2009 à 2017) et avec Jean-Louis Gasset (de 2017 à 2019), a-t-il pu connaître une telle chute ?
  • 20 Minutes dresse le niveau des responsabilités, au bout d’une saison marquée par l’échec Claude Puel et les multiples débordements causés par les ultras, jusqu’au chaos absolu vécu dimanche après le barrage retour.

Le poids de 10 titres de champion de France et de 18 saisons consécutives en Ligue 1 n’a pas suffi à sauver l'AS Saint-Etienne. Au bout d’un barrage sous très haute tension contre l’AJ Auxerre (3e de Ligue 2), conclu par l’échec de Ryad Boudebouz sur son tir au but (1-1, 4-5 aux tab) et par un chaos absolu sur la pelouse de Geoffroy-Guichard dans la foulée, les Verts sombrent en Ligue 2. Le dénouement quasi-logique d’une saison cauchemardesque à tous les niveaux, avec 20 défaites à la clé en championnat. 20 Minutes se penche sur les responsabilités de ce fiasco XXL à Sainté, et celui-ci ne se résume évidemment pas à barrage mal maîtrisé face à l’AJA.

Un duo de présidents en perdition

En seize années à la tête de l’AS Saint-Etienne, le binôme Roland Romeyer-Bernard Caïazzo s’est souvent montré déroutant dans ses choix. Son sens du timing a une nouvelle fois bluffé tout le monde, dimanche soir. Seulement 15 minutes après la défaite fatale des Verts contre l’AJ Auxerre, les actionnaires se sont fendus d’un communiqué bien entendu préparé, et qui n’a été suivi d’aucune déclaration devant la presse, que ce soit de la part de Roland Romeyer, de Pascal Dupraz ou des joueurs.

« Cet échec, il faut l’accepter. En tant qu’actionnaires principaux, nous en assumons l’entière responsabilité. Dans quelque temps, nous annoncerons une nouvelle importante concernant l’avenir du club et le nôtre. Une page essentielle de notre vie se tournera mais nous plaçons au-dessus de tout l’institution ASSE qui retrouvera très vite, nous en sommes convaincus, le chemin de l’élite », précisent les deux présidents, indiquant presque clairement qu’ils vont bientôt officialiser la vente du club, plus d’un an après avoir officiellement lancé ce processus.

Bernard Caïazzo et Roland Romeyer, lors de leur principal moment de joie partagé en 16 ans, avec la Coupe de la Ligue remportée en 2013 au Stade de France.
Bernard Caïazzo et Roland Romeyer, lors de leur principal moment de joie partagé en 16 ans, avec la Coupe de la Ligue remportée en 2013 au Stade de France. - GUY JEFFROY/SIPA

Si tant est que la relégation et la démonstration de force ultime des ultras stéphanois sur la pelouse dimanche ne dissuadent pas le milliardaire américain David Blitzer, ou tout autre repreneur, ce qui se comprendrait… Ce serpent de mer d’une vente qui n’aboutit jamais jusque-là a cristallisé la tension entre les supporteurs et la direction. Et si Bernard Caïazzo, qui vit depuis deux ans à Dubaï, est très loin de l’électrique contexte stéphanois, celui-ci pèse beaucoup sur Roland Romeyer (76 ans), de plus en plus marqué par les critiques et insultes récurrentes des principaux groupes de supporteurs, à l’image de sa maison taguée après la défaite contre Reims (1-2) le 14 mai.

Après avoir eu le mérite de stabiliser le club sur le plan économique, avec comme boussole le fameux salary cap, et réussi des choix humains majeurs sur le banc, avec Christophe Galtier et Jean-Louis Gasset, Roland Romeyer et Bernard Caïazzo se sont ensuite plantés dans les grandes lignes. A partir de Ghislain Printant, ex-adjoint de Gasset, l’ASSE s’est systématiquement retrouvée à batailler pour le maintien dans l’élite. Les intérims de Julien Sablé n’ont pas porté leurs fruits, tout comme le choix de Pascal Dupraz, et surtout celui de Claude Puel avant lui, installé avec les pleins pouvoirs sportifs, dans un poste de manager très rare (et donc très risqué) en Ligue 1.

Le terrible passage de Claude Puel

Quoi de mieux pour comprendre le décalage abyssal entre les ambitions affichées par Claude Puel et la réalité sportive qu’une interview datant de janvier 2020, soit trois mois après son arrivée sur le banc ? « L’objectif, c’est la Ligue des champions. Viser la cinquième place ne m’intéresse pas. Il faut bâtir quelque chose pour essayer d’aller beaucoup plus haut », annonçait-il alors sur Eurosport. Au final, il a certes emmené les Verts au Stade de France (0-1 contre le PSG lors de la finale de la Coupe de France 2020), mais il a été sauvé la même année par l’arrêt prématuré de la Ligue 1 (10 journées avant la fin) en raison du Covid-19, avec une 17e place. 11e en 2021 (à 6 points du barragiste), l’ancien coach lyonnais était 20e avec 12 points en 17 journées lorsqu’il a été limogé, le 5 décembre dernier, après une rouste mémorable contre Rennes (0-5).

Claude Puel a quitté l'ASSE par la toute petite porte, en décembre dernier.
Claude Puel a quitté l'ASSE par la toute petite porte, en décembre dernier. - VALERY HACHE / AFP

A sa décharge, il n'a pas pu s'appuyer sur la moindre recrue d'envergure durant son bail stéphanois, et la perte tardive et contre son gré de Wesley Fofana (vendu pour 40 M€ à Leicester) a plombé une partie de sa saison 2020-2021. Mais de son règlement de comptes rapide avec Stéphane Ruffier à sa gestion désastreuse de cadres supposés comme Wahbi Khazri et Ryad Boudebouz, Claude Puel n’a jamais semblé en mesure d’impulser au club sur la durée un projet d’envergure lisible et tourné vers les jeunes. Même s’il n’est plus au club depuis six mois, il a joué un rôle central dans la dégringolade de l’ASSE, passée en trois ans de la Ligue Europa à la Ligue 2, comme l’ont rappelé en banderoles les Magic Fans dimanche.

Un recrutement à côté de la plaque

Sorti du célèbre mercato de l’hiver 2018 made in Jean-Louis Gasset, à coups de vieux briscards faisant basculer les Verts de la course au maintien à celle pour l’Europe en cinq mois (Subotic, M’Vila, Debuchy), Sainté fonce directement dans le mur à chacun de ses choix ou presque depuis cinq ans. En vrac, les gros investissements consentis au niveau salarial pour des joueurs dans le dur et sans perspective de revente (Boudebouz, Khazri) voire en bout de course (Cabaye), une indemnité de transfert record pour un crack supposé se révélant être un flop colossal (Diony), ou encore un coûteux pari signé Claude Puel avec Adil Aouchiche (ex-PSG). Mais l’apothéose de la disaster class du recrutement stéphanois a eu lieu cet hiver, sous la direction de Loïc Perrin.

Ici lors de son entrée en jeu plutôt intéressante dimanche contre l'AJ Auxerre, Enzo Crivelli, longtemps blessé à son arrivée, n'a pas su relancer l'attaque stéphanoise durant la phase retour de Ligue 1. JEFF PACHOUD
Ici lors de son entrée en jeu plutôt intéressante dimanche contre l'AJ Auxerre, Enzo Crivelli, longtemps blessé à son arrivée, n'a pas su relancer l'attaque stéphanoise durant la phase retour de Ligue 1. JEFF PACHOUD - AFP

Outre le choix du coach Pascal Dupraz, le Big Three Mangala-Crivelli-Gnagnon (piste voulue par Puel) a rejoint le groupe pour l’aider dans son opération maintien. Eliaquim Mangala est à des années-lumière de son niveau de Porto et de Manchester City. Enzo Crivelli n’a pas inscrit un but dans un match officiel depuis décembre 2020 et a sans surprise confirmé sa disette dans le Forez, qui plus est après être arrivé blessé. Quant à Joris Gnagnon, il affichait une bonne quinzaine de kilos superflus sur chaque photo tournant en boucle sur les réseaux sociaux, et il a vu son contrat être coupé il y a trois semaines, sans la moindre apparition avec le groupe professionnel. Avec de tels sauveurs, plus la faillite chronique d’un cadre supposé comme Timothée Kolodziejczak, la terrible issue de dimanche n’est pas une réelle surprise.

Pascal Dupraz, le pompier n’a plus la flamme

Il y a évidemment eu un effet Dupraz, avec ces 4 victoires en 6 matchs de Ligue 1 au cœur de l’hiver, très loin de l’encéphalogramme plat de la phase aller avec Claude Puel. Le coach savoyard a remobilisé un groupe mentalement et a su redonner confiance à un joueur comme Denis Bouanga. Mais en seulement cinq mois avec l’ancien sauveur de l’ETG (en 2013 et 2014) et de Toulouse (2016), on a déjà senti des signes d’usure au sein du vestiaire stéphanois. Un temps remonté à la 17e place, son équipe a totalement plongé à deux reprises, à Lorient (6-2) et à Nice (4-2), après avoir systématiquement mené de deux buts.

Dans son opération maintien, Pascal Dupraz n'aura pas connu la même réussite que six ans plus tôt avec le TFC. SALOM-GOMIS
Dans son opération maintien, Pascal Dupraz n'aura pas connu la même réussite que six ans plus tôt avec le TFC. SALOM-GOMIS - AFP

Des coups durs pour lesquels le frileux Pascal Dupraz a une part de responsabilités indéniable, tout comme dans la gestion du sprint final, à l’image du couac contre Reims (1-2) et de cet ultime match non maîtrisé face à Auxerre (1-1, 4-5 aux tirs au but), malgré un score favorable en Bourgogne (1-1). L’aventure Dupraz va déjà s’arrêter là à Sainté et on a l’impression que personne ne le regrettera vraiment, que ce soit du côté des dirigeants, des joueurs ou des supporteurs. Alors qu’il ne s’est pas présenté en salle de presse dimanche soir, il a dans la foulée supprimé son compte Twitter, comme pour mieux disparaître des radars.

Le 12e homme, vraiment ?

Le battle entre les groupes de supporteurs ayant causé du tort à leur club fait rage cette saison en Ligue 1. Mais franchement, les ultras de l’ASSE devraient rafler la mise, tant des épisodes ont plombé l’avantage supposé des Verts d’évoluer dans leur Chaudron. Deux huis clos et des interdictions de déplacements ont suivi les démonstrations de pyrotechnie auxquelles tiennent tant Magic Fans et Green Angels, avec des incidents et des sanctions prises contre Angers, à Jura Sud puis face à Monaco. Le maintien du 30e anniversaire des Green Angels, avec fumigènes sortis et interruptions de match, a comme on s’y attendait entraîné un huis clos total pour la 37e journée cruciale contre Reims. La défaite (1-2) ce soir-là a failli coûter une place de barragiste aux Stéphanois.


Les chaos constaté après ce match, et plus encore après celui face à Auxerre, prouvent une nouvelle fois à quel point les ultras n’en font qu’à leur tête à Saint-Etienne. Dans quelques jours, on se doute que les Verts vont prendre une nouvelle ration de huis clos. Autant dire que l’entame de saison en Ligue 2, déjà hasardeuse, sera quoi qu’il arrive plombée par plusieurs matchs à domicile sans soutien, voire pire. Comment ouvrir d’une pire manière cette nouvelle ère en Ligue 2 ? Le mot de la fin dans cette fin de cycle à l’envers est pour Eliaquim Mangala, qui assurait, à son arrivée en janvier : « Rendez-vous en mai pour la finale de la Coupe de France et le maintien ». Bergerac et l’AJ Auxerre sont passés par là et ont eu raison de cette ASSE à la dérive.