OL-OM : Peter Bosz et Jorge Sampaoli, vers la fin de l’état de grâce ?

FOOTBALL Arrivés cette année en Ligue 1, les deux entraîneurs ont vite bénéficié de la ferveur des supporteurs lyonnais et marseillais. Ils s’affrontent dimanche (20h45) dans un choc bouillant

Jérémy Laugier et Adrien Max
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Peter Bosz et Jorge Sampaoli font beaucoup de bien à la Ligue 1 depuis leur arrivée en 2021.
Peter Bosz et Jorge Sampaoli font beaucoup de bien à la Ligue 1 depuis leur arrivée en 2021. — Sipa
  • En pleine quête de podium en Ligue 1, l’OL (7e) et l’OM (4e) vont disputer dimanche (20h45) un sommet aux allures de tournant pour les deux clubs, voués à se disputer jusqu’au bout une place sur le podium.
  • Sur les bancs de touche, Peter Bosz et Jorge Sampaoli devraient se livrer une belle bataille tactique.
  • Arrivés cette année en Ligue 1, les deux techniciens s’attirent peu à peu des critiques de supporteurs pourtant très enthousiastes au moment de leur venue.

Tout ou presque oppose généralement l'OL à l'OM, qui s’affrontent dimanche (20h45) pour un bouillant choc de Ligue 1. Mais cette année, le choix d’entraîneur des deux Olympiques présente plusieurs similitudes. A Lyon (7e) et à Marseille (4e), Peter Bosz et Jorge Sampaoli ont été accueillis avec un certain enthousiasme par les supporteurs, avant que cet état de grâce ne s’effrite depuis quelques semaines. 20 Minutes décrypte la situation avec des supporteurs des deux camps.

Pourquoi ont-ils reçu un accueil aussi favorable ?

Arriver après Rudi Garcia et un André Villas-Boas méconnaissable sur sa deuxième saison vous assure de fait un capital sympathie. En mars dernier, Jorge Sampaoli débarque à Marseille pour reconstruire sur un tas de cendres. Les supporteurs ont envahi la Commanderie un mois et demi plus tôt, et Pablo Longoria vient de remplacer le détesté Jacques-Henri Eyraud à la présidence de l’OM. « Il y avait de la morosité dans le club, plus de jeu, plus d’envie, liste Wahid Dima, supporteur abonné en virage nord. Pas mal de joueurs attendaient la fin de saison avec impatience. Sampaoli est le symbole de ce renouveau, avec cette qualification arrachée pour la Ligue Europa pour faire oublier les derniers mois catastrophiques sous André Villas-Boas. »

Ici en train de pousser Mattéo Guendouzi à récupérer ce ballon contre Lorient, Jorge Sampaoli a amené beaucoup de caractère à cette équipe marseillaise.
Ici en train de pousser Mattéo Guendouzi à récupérer ce ballon contre Lorient, Jorge Sampaoli a amené beaucoup de caractère à cette équipe marseillaise. - Daniel Cole/AP/SIPA

Pour Teo, supporteur de l’OM originaire de Lyon, la forte attente envers le coach argentin vient aussi du tapage médiatique pour le comparer avec son compatriote Marcelo Bielsa, encore dans les cœurs des supporteurs après une seule saison à Marseille (en 2014-2015) : « Certains médias ont voulu nous mettre dans la tête que Sampaoli était le disciple de Bielsa avec un football total et offensif. En réalité, Sampaoli est beaucoup plus pragmatique, il s’adapte aux adversaires. On est plus solides défensivement qu’offensivement [2e meilleure défense de Ligue 1]. Si Bielsa n’avait jamais entraîné l’OM, il n’y aurait pas eu cette comparaison ».

A Lyon, Peter Bosz est immédiatement vu comme « un bon mec », avec un CV forcément alléchant depuis cinq ans (Ajax Amsterdam, Borussia Dortmund et Bayer Leverkusen). « Le bonhomme est arrivé avec une spontanéité et une fraîcheur qui en faisaient un peu l’anti-Garcia, sourit Vincent, supporteur de l’OL. Dans un club à ce point habitué au poker menteur, avec une ambiance malsaine qui rejaillissait en tribunes, tu ne peux que soutenir ce gars. Et puis c’est un bon meneur de groupe qui fait progresser les joueurs. Il n’y a qu’à voir la renaissance d’Houssem Aouar. J’espère qu’Aulas a compris qu’on veut des architectes passionnés comme Bosz, pas des gestionnaires de résultats comme Garcia. »

Un enthousiasme partagé par Antoine, lui accro à l’OL : « Bosz a un profil très intéressant pour le jeu qu’il propose, mais aussi pour l’exigence de travail qui l’accompagne. On s’est dit qu’on quittait le cocon pour les joueurs qui existait avec Genesio et Garcia pour entrer dans une nouvelle ère plus ambitieuse. »

Les premiers doutes apparaissent

Après des débuts emballants (2e, invaincu et avec 12 buts inscrits en 5 matchs), l’OM vit un coup d’arrêt à Angers (0-0). Teo n’a pas oublié cette soirée : « On a fait un match catastrophique offensivement, c’était un vrai coup de mou. Des rotations avaient été faites, elles n’ont pas donné satisfaction. Ça a arrêté notre belle dynamique, et juste après on perd contre Lens (2-3). Ça a un peu été la bascule vers l’inefficacité. »

Un constat qui s’est notamment confirmé, selon Wahid, avec le match à rejouer contre Nice (1-1), le 27 octobre. Les Aiglons constituent un pire souvenir pour les supporteurs lyonnais, avec cette fin de match infâme trois jours plus tôt (de 0-2 à la 80e à 3-2). « Ce match illustre autant les limites de l’effectif que celles de Bosz, estime Antoine. Les 8 points perdus en L1 dans les dernières minutes des matchs font très mal. »

A l’image de Tino Kadewere, hors du coup toute la rencontre à Nice et finalement expulsé à un moment-clé (1-2, 85e), les supporteurs reprochent à Peter Bosz ses changements très tardifs. « Oui, il est un peu lent à réagir, et même passif quand ça tourne mal dans un match, regrette Antoine. Quand tu vois qu’à Nice, le premier changement arrive à la 88e minute de jeu, alors qu’on a joué à Prague (3-4) trois jours avant… C’est simple, je n’ai pas souvenir d’un seul choix tactique ayant vraiment changé un match. »

Hormis l’entrée en jeu d’un Lucas Paqueta tout juste descendu de l’avion pour offrir la gagne contre Monaco (2-0) le 16 octobre. A ce sujet, le replacement en pointe du meneur de jeu brésilien après les blessures de Moussa Dembélé et Islam Slimani pose légitimement question. « Il vaut mieux mettre ton meilleur joueur là où le ballon passe le plus, non ? », lance Vincent, également frustré par le faible temps de jeu de Rayan Cherki et de Malo Gusto, surtout au vu du rendement de Xherdan Shaqiri et Léo Dubois (forfait dimanche après s’être blessé avec les Bleus) dans leur zone.

Peter Bosz félicite Lucas Paqueta, durant un match contre Clermont cet été (3-3). Le Brésilien vient d'être sacré meilleur joueur du mois d'octobre en Ligue 1.
Peter Bosz félicite Lucas Paqueta, durant un match contre Clermont cet été (3-3). Le Brésilien vient d'être sacré meilleur joueur du mois d'octobre en Ligue 1. - Mourad ALLILI/SIPA

Attention, faille chronique identifiée

Une gestion de l’effectif discutable, c’est aussi le lot de Jorge Sampaoli à Marseille. Teo considère même que le principal souci de l’OM de Sampaoli se situe là : « Amine Harit joue contre Galatasaray, rentre contre Lille, puis tu ne le vois plus pendant cinq matchs, avant qu’il ne se retrouve lancé dans le grand bain contre la Lazio. C’est pareil pour Luis Henrique. » Mais aussi Konrad de la Fuente, en perte de vitesse après son bon début de saison, ou Bamba Dieng, tonitruant contre Monaco avec son doublé (0-2), et qui a progressivement disparu avec le retour d’Arkadiusz Milik.

De son côté, la solidité défensive lyonnaise n’a jamais réellement fait son apparition cette saison. Si bien qu’après la déroute à Rennes (4-1) le 7 novembre, Opta s’est fait plaisir en livrant pas moins de trois stats qui tuent au sujet de la friabilité collective de l’OL, pire élève des cinq grands championnats européens dans ce registre. « Le problème, c’est qu’on n’a pas que des bêtes de pressing, lance Vincent. Quand il y a des vents contraires, on est ultra-fragiles. Et encore, je n’ose pas imaginer si on avait un gardien moyen cette saison… »

Seul Lyonnais dans le coup en Bretagne, Anthony Lopes a évité une humiliation encore plus grande à son équipe. « On a l’impression que l’OL ne trouve jamais le bon équilibre, s’interroge Antoine. Le jeu de Bosz est très risqué, surtout vu nos problèmes en transition défensive. Quand tu vois qu’à 0-2 à Nice, on trouve le moyen de prendre le but qui change tout sur un ballon en profondeur pour Atal. Pourquoi conserver l’envie de presser à ce moment-là du match alors qu’un joueur comme Emerson était cuit ? » Allez comprendre pourquoi, l’OL a à la fois la 16e défense de Ligue 1 et la 5e de la Ligue Europa, tous groupes confondus (OK, les Rangers, le Sparta Prague et Bröndby seraient sans doute loin du Top 5 dans notre championnat).

Les supporteurs croient-ils encore en leur coach ?

Wahid reste optimiste quant à la suite de la saison de l’OM de Sampaoli. Il imagine en effet certains joueurs hausser leur niveau : « Milik, je ne pense pas que ce soit une question de confiance, mais plus de physique. Il n’a pas joué pendant quatre mois puis il revient dans une période où on enchaîne les matchs compliqués. Un mec comme Gerson n’est pas encore au niveau, et Lirola n’a pas retrouvé celui qui était le sien en fin de saison dernière. Et je suis sûr que ces joueurs vont bien revenir. » Wahid croit donc en « un bon cycle » à venir, au contraire de certains Lyonnais, encore quasi-traumatisés par le (non) match à Rennes.

Arkadiusz Milik, ici contre Metz le 7 novembre, peine à retrouver son meilleur niveau depuis son retour sur les terrains le mois dernier.
Arkadiusz Milik, ici contre Metz le 7 novembre, peine à retrouver son meilleur niveau depuis son retour sur les terrains le mois dernier. - Daniel Cole/AP/SIPA

« Autant à Rennes, la thèse de l’accident était plausible selon moi, autant une défaite contre l’OM entraînerait des doutes et un possible effondrement, redoute Vincent. Bosz craint peut-être un peu de revivre ses précédents échecs en Bundesliga et il essaie de faire de l’entre-deux. Mais son jeu ne peut peut-être pas tolérer l’entre-deux, comme on l’a vu à Rennes où il a voulu tenir compte de l’adversaire en nous sortant un 4-3-3 inhabituel avec Thiago Mendes. » Finalement, qu’est-ce qui est le plus préjudiciable avant pareille affiche : avoir son directeur sportif qui annonce son départ quasi acté à six mois du terme de la saison, ou l’incapacité de l’OM à l’emporter à Lyon depuis 14 ans ?